Un niveau record depuis 13 ans. Ces dernières semaines, les prix du gaz sur le marché européen s’enflamment. A 36 euros du mégawattheure sur le marché néerlandais TTF, ils ont plus que doublé depuis le début de l’année. Pour les consommateurs, les conséquences se font déjà sentir. Les prix réglementés du gaz en France ont augmenté de 10 % au 1er juillet, après +4 % en juin. Et l’envol des prix n’est peut-être pas près de se calmer.
« Structurellement, on sort de 4 à 5 ans de prix vraiment bas », reconnaît Marc-Antoine Eyl Mazzega, le directeur du centre énergie et climat de l’Ifri. Bien plus que le pétrole, la consommation de gaz est dépendante de la météo. L’Europe dispose d’importantes capacités de stockage, en Ukraine notamment. Mais après avoir largement puisé dedans cet hiver, le niveau des stocks est au plus bas en Europe. Et les opérateurs doivent maintenant les reconstituer en prévision de l’hiver.
C’est dans ce contexte que le géant russe Gazprom entend avancer ses pions. « Gazprom sort d’une année 2020 catastrophique, avec un prix moyen de livraison parmi les plus bas de ces 10 dernières années », rappelle Marc-Antoine Eyl Mazzega. Ces dernières semaines, il a réduit ses livraisons vers l’Europe et livre au minimum de ses contrats de long terme. En réduisant les quantités, il s’agit de faire monter les prix. « Gazprom cherche à renchérir les opérations de remplissage des stockages, qui ont lieu de mi-mai à mi-septembre», souligne le chercheur.
Soutenir Nord Stream 2
Pour Gazprom, l’autre intérêt de restreindre ses exportations tient aussi à Nord Stream 2. Les derniers kilomètres du gazoduc, détenu en totalité par Gazprom, doivent être achevés si tout va bien d’ici l’automne. Il pourrait entrer en service à la fin de l’année. « En retenant du volume, leur intérêt est de remplir Nord Stream 2 lorsqu’il sera opérationnel », pointe Marc-Antoine Eyl Mazzega.
A court terme, le géant russe est gagnant. L’Europe a peu d’alternatives sous la main. Sa production est en baisse. Les autres fournisseurs par pipeline ne peuvent pas fournir davantage. Quant au marché du gaz naturel liquéfié (GNL), il est lui aussi sous tension et la concurrence est rude avec l’Asie, qui tire les importations mondiales de GNL. La demande de pays comme le Brésil et la Turquie, dépendants de l’hydroélectricité, est aussi en augmentation à cause de la sécheresse qui réduit le rendement des barrages. Dans le même temps, des perturbations ont freiné la production, en Norvège notamment où l’arrêt de l’usine norvégienne de GNL d’Hammerfest, en cours depuis septembre, a été prolongé jusque fin 2021.
A moyen terme, la stratégie de Gazprom est plus risquée. Car elle intervient à un moment où les discussions vont bon train en Europe sur l’avenir du gaz dans la transition énergétique. « L’Europe est en pleine réflexion sur le déploiement de sa stratégie hydrogène. La stratégie de Gazprom renforce les incertitudes sur la viabilité de sa production à partir de gaz naturel bon marché », souligne Marc-Antoine Eyl Mazzega. Voir le prix du gaz jouer aux montagnes russes pourrait inciter les Européens à privilégier d’autres options.



