Entretien

«La réutilisation des emballages n'est pas la panacée», estime Thibault Laumonier, directeur général de DS Smith Packaging France

Confronté à une inflation galopante, DS Smith, l’un des premiers fabricants européens d’emballages en carton ondulé, enregistre un ralentissement du nombre de commandes en France. Innovation, réglementation, formation… Thibault Laumonier, directeur général de la division Packaging France, explique comment l’entreprise prépare l'avenir. 

 

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Thibault Laumonier, directeur général de DS Smith packaging France
Faire rentrer l'impact de l'inflation dans les prix est un challenge pour Thibault Laumonier, patron de DS Smith Packaging France.

L’Usine Nouvelle : En 2022, vos deux plus importants marchés, l’industrie et l’alimentaire, ont marqué des signes d’essoufflement. Qu’attendez-vous cette année ? 

Thibault Laumonier : Effectivement, depuis la crise sanitaire, le marché industriel tourne au ralenti. Les entreprises de l’automobile et de l’électronique restent affectées. Concernant l’alimentaire, les entreprises, traditionnellement résilientes, le sont un peu moins. Nous observons un report de la consommation vers les marques distributeurs au détriment des grandes marques perçues comme premium. L’an dernier, DS Smith a répercuté ses hausses de coûts de production (matière et énergie). Depuis, même si certains coûts ont baissé, notre priorité reste la défense de nos marges pour assurer la pérennité de l’entreprise. Le challenge, désormais, est de faire évoluer nos prix en intégrant l’impact de l’inflation. Ce paramètre est diffus et difficile à prendre en compte, d’autant qu’il n’y aura pas de retour en arrière.

Le carton ondulé profite-t-il de la tendance de la substitution du plastique ?

Avec la loi Anti-gaspillage pour une économie circulaire (Agec) qui vise à réduire le nombre d’emballages plastiques à usage unique, la tendance est bien engagée. La demande croit de jour en jour. Tous nos clients ont la même préoccupation : optimiser la recyclabilité de leurs emballages. Cela passe par une solution éco-conçue, monomatériau et à base de fibres. C’est ce que nous proposons, par exemple, avec des alternatives comme un barquette pour fruits et légumes 100% carton, ou une autre destinée aux produits alimentaires sous atmosphère modifiée avec film et opercule, qui évite 85% de plastique, des boites pour lessives ou des systèmes de calage en papier plutôt qu’en polystyrène. Depuis quelques mois, nous proposons aussi une solution apte au contact alimentaire possédant des propriétés anti-graisse, anti-humidité et ce, sans plastique. Cette transition se fait par petites touches. Pour autant, cela n’a pas compensé les ralentissements enregistrés l’an dernier.

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La R&D est un axe de développement majeur pour le groupe. Comment se traduit-elle ? 

Les principaux travaux de DS Smith portent sur la conception des objets et l’évolution de la matière, la fibre de cellulose, pour lui donner de nouvelles propriétés. Nous travaillons avec des start-up, des universités. Il y un an, nous sommes devenus un des partenaires de Cellulose Valley, une chaire d’enseignement et de recherche hébergée par la Fondation Grenoble INP. La recherche fondamentale est une priorité dans notre développement. DS Smith a récemment investi 115 millions de livres (environ 132 millions d'euros, ndlr) dans un centre dédié au Royaume-Uni, qui ouvrira ses portes en septembre prochain. Notre innovation se traduit aussi, en proximité, par le biais de nos impact centers. Nous en avons au moins un par pays. Nous convions notre client dans un lieu de vente fictif où il est entouré d’emballages, de différents types, y compris les siens. Cette mise en situation stimule les échanges, aide à définir les besoins. Elle est complémentaire de nos packright centers, situés dans nos usines, où nos designers et ingénieurs développent des solutions sur-mesure, au juste emballage.

Un projet de règlement européen vise à promouvoir la réutilisation et la recharge des emballages et de leurs déchets. Comment vous préparez-vous ?

Limiter l’utilisation de matière vierges, nous sommes tous d’accord là-dessus. Là où nous restons vigilants, c'est sur l'incorporation d’objectifs chiffrés dans le domaine du recyclage et de la réutilisation. Il faut que ces derniers soient réalistes. L’industrie du carton ondulé est déjà au cœur d’une économie circulaire qui fonctionne. Nos déchets sont très bien collectés et recyclés… Près de 90% de notre matière première provient du recyclage. En fixant des objectifs de réutilisation, il faut prendre en compte l’impact environnemental des multiples opérations de collecte, de transport, de lavage... Soyons réalistes et concrets, évitons le dogme visant à faire de la réutilisation la panacée. C’est la meilleure option pour l’environnement qui doit s’imposer. Nous espérons que les objectifs fixés aux Etats par l’Europe prendront en compte les différents types d’emballage et de supply chain. Il faut trouver le point d’équilibre entre taux de recyclage et de réutilisation.

Comme bon nombre d’industriels, vous rencontrez des difficultés à recruter. Vous avez décidé de vous attaquer au problème en créant votre propre école de formation. Comment cela se passe-t-il ?

Trouver des gens, les former pour un métier qui exige un niveau de compétences, est devenu de plus en plus compliqué. D’autant que, suivant la pyramide des âges, le nombre de départs à la retraite augmente d’année en année. Pour y répondre, nous avons développé notre propre école. Dans notre industrie, nous sommes les seuls en France à mettre cela en place. Nous proposons des certificats de qualification professionnelle (CQP) et avons créé des modules couvrant l’intégralité de nos métiers. Ils sont dispensés dans nos usines (27 sur tout le territoire, ndlr) par des formateurs qui se déplacent de site en site, ce qui nous permet de former plusieurs dizaines de personnes par an. Actuellement, les métiers de conducteur de ligne, d’opérateur de maintenance et de cariste sont particulièrement en tension. En prenant en charge cette formation, nous maintenons le niveau d’expertise et préparons, en même temps, les futurs professionnels qui interviendront sur des nouvelles machines, de plus en plus complexes et numériques.

Vous investissez plusieurs dizaines de millions d’euros chaque année dans vos sites français. Quelles sont vos priorités ?

Les investissements visent autant à réduire notre consommation énergétique qu’à améliorer notre compétitivité. Cela passe par des équipements de nouvelle génération plus sobres. Ces machines de dernière technologie sont deux fois plus rapides et atteignent des niveaux de qualité bien supérieurs aux précédentes. Le développement de nos capacités de production est un enjeu. Nous repensons nos usines pour fabriquer, en continue, des plaques de carton qui sont acheminées dans un transstockeur avant d’être imprimées et transformées à la demande, le tout de manière automatisée.

Plusieurs cartonneries, situées notamment dans l’ouest de la France, ont récemment connu des mouvements sociaux portant sur des hausses de rémunération et des primes vacances. Où en êtes-vous de vos accords sur les rémunérations ?

La campagne de NAO a été bouclée dans les temps et s’est bien passée. L’évolution salariale excède légèrement l’inflation. Tout a été fait pour maintenir le pouvoir d’achat de nos salariés.

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