Le café, un marché sous pression ? En ébullition en tout cas, même si cela n’est pas recommandé pour obtenir une boisson de qualité. La faute au dérèglement climatique, au règlement européen relatif à la déforestation, à de mauvaises récoltes au Brésil et au Vietnam notamment, et à une demande mondiale en hausse, qui font flamber les cours des matières premières « à des niveaux historiques, jamais vus », de l’avis unanime des professionnels : depuis l'automne 2023, le prix indicatif composite (I-CIP) de l’Organisation internationale du café a grimpé de 55% et celui du robusta de 79%. Néanmoins, en France, dans la grande distribution (GMS), la catégorie demeure « résiliente et stable sur le long terme, en matière de création de valeur en raison des choix faits par les consommateurs », juge-t-on chez JDE Peet’s (Jacobs Douwe Egberts, marques L’Or, Grand’Mère, Jacques Vabre, Tassimo, Senseo…), le numéro un français. « Grâce aux transferts de technologie et aux arbitrages sur les prix », précise-t-on chez Café royal. De fait, en un an, les volumes n’ont décroché que de 1,2%, tandis que les ventes en valeur progressaient de 2,3%. Ce contexte n’empêche pas les accidents de parcours, tel le placement en redressement judiciaire, début octobre 2024, de Cafés Legal, fortement endetté, qui ambitionnait pourtant, en 2023, de « reconquérir le marché français » et de devenir « la première marque généraliste alternative aux multinationales ».
Effervescence
Cette effervescence se retrouve dans l’évolution des différents segments. L’expansion du café portionné semble terminée. Désormais, seul le grain tire son épingle du jeu, avec une part de marché de 18% en volume (hors soluble), quand il ne représentait que 2% il y a une douzaine d’années. Poussé par les torréfacteurs afin de résister à la montée des « coffee shops », il est favorisé par des atouts plus économiques et gustatifs que d’autres modes de préparation. La suppression de la mouture permet en effet de garantir la fraîcheur, la préservation des arômes et la longueur en bouche – ne dit-on pas « café moulu, café foutu » dans le milieu ? – et de diminuer le prix de vente à la tasse, de 11 centimes, contre 15 pour le moulu, et entre 20 et 40 centimes pour le portionné. Il bénéficie aussi d’une image plus verte, encore que « la bonne conscience écologique ne pèse pas lourd face à la problématique du pouvoir d’achat », observe Ghassan Kara, le Pdg de Delica France (marque Café royal).
Sur le plan environnemental justement, le grain partage une préoccupation avec le moulu pour les sachets : confrontés aux échéances réglementaires et à l’obligation de disposer d’emballages recyclables en 2030 pour pouvoir les mettre sur le marché, leurs producteurs doivent abandonner les films multicouches, en général des triplex polyéthylène (PE)/aluminium/polypropylène orienté (OPP) ou polyéthylène téréphtalate (PET), pourtant très protecteurs à l’égard d’un produit aussi sensible à l’oxygène et à l’humidité, mais, défaut suprême, qui ne se valorisent pas. Alors place au monomatériau ! Le PP a la cote en Italie ou en Allemagne. En France, le PE est privilégié, compte tenu de l’existence d’une filière de recyclage pour ces emballages souples et sous l’influence des recommandations de Citeo, société agréée pour la valorisation des emballages et papiers ménagers au titre de la responsabilité élargie des producteurs (REP).
Durabilité
Par volonté d’« anticipation » et de durabilité, les torréfacteurs – Ethiquable et Segafredo avaient ouvert la voie il y a trois ans, beaucoup leur ont emboîté le pas depuis, Sati, Méo, Terra Etica dernièrement – se tournent donc vers cette résine, qui fonctionne aussi pour les valves de dégazage, et la complètent souvent par de l’éthylène-alcool vinylique (EVOH), ou un PE métallisé, pour assurer les barrières. Tous les fabricants de substrats destinés à ce marché, les Goglio, Amcor, Adapa, Brodart, Constantia flexibles, Hatzopoulos, Malengé…, ainsi que Kuraray pour l’EVOH, entre autres, ont adapté leur offre. Quelques-uns proposent cependant des particularités, à l’instar de Goglio, qui a développé un vernis spécifique pour éviter le recours au coûteux EVOH. Et tous évoquent des « prouesses techniques » en raison des propriétés mécaniques et thermiques des nouveaux films, à la machinabilité bien plus délicate que les précédents. Le mouvement connaît tout de même des exceptions : si JDE a enclenché la conversion dans deux de ses usines européennes, il ne l’a pas encore déployée dans celle d’Andrézieux-Bouthéon (Loire). La prochaine étape, déjà engagée chez certains, sera l’intégration de matière recyclée.

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Février 2026
Indices des prix internationaux des matières premières importées - Pâte à papier - En eurosBase 100 en 2010
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Mars 2026
Vieux papiers, sortes ordinaires - Moyenne France-Export - 1.05 Ondulés récupérés (ex A5)Variation en €/tonne
Papier
Le papier est également envisagé. UPM, en partenariat avec le chimiste américain Michelman, vient d’annoncer une réponse qui combine l’un de ses produits avec trois revêtements à base aqueuse, à la fois barrière et thermoscellable. Le projet ne semble en être qu’au stade des promesses. Le torréfacteur Les Cafés Sati complète cette démarche en jouant la carte du format dans le moulu : sa gamme Heure exquise est vendue en paquet de 500 g et non plus en lot de deux étuis de 250 g. Un standard en Allemagne, ignoré en France, qui laisse dubitatifs nombre de concurrents de l’industriel alsacien. L’intérêt ? Il élimine le film de regroupement, gagne globalement 45% de matière et diminue ses coûts de production. Imaginatif, il a aussi eu l’idée de réunir les lots promotionnels de deux sacs de 1 kg de café en grains par une anse autocollante. Bien qu’en perte de vitesse – les volumes du segment ont reculé de plus de 7% depuis 2022, seules les compatibles Nespresso surnageant –, les capsules et dosettes, dont il se consomme malgré tout quelque 500 millions d’unités par an en France, n’en sont pas moins soumises aux mêmes obsessions. Au défi récurrent du recyclage, elles ajoutent celui du compostage. Pour cette dernière fonctionnalité, les industriels du portionné veulent profiter des atouts du marc de café, indissociable de son conditionnement. Avec un bémol : ces produits ne sont pas considérés juridiquement comme des emballages et sont exclus du tri et de la collecte des biodéchets. Et si le futur règlement européen sur les emballages et déchets d’emballages (PPWR) lève la restriction quant aux emballages dans son article 3 et l’annexe 1, il ne changera rien pour la collecte puisqu’il devrait laisser le choix aux États.
Recyclage
Du côté recyclage, les tendances sont encourageantes, à tout le moins pour les capsules en aluminium. En outre, les fabricants s’efforcent d’améliorer cette aptitude, à l’image d’Actega qui a réussi à éliminer le polychlorure de vinyle (PVC) utilisé pour le revêtement intérieur de ces petits contenants sans en affecter les propriétés. Pour sa part, JDE a engagé la suppression des fenêtres plastique de ses étuis. Souhaitant apparaître toujours plus écoresponsables, les principaux développements des industriels du café s’articulent donc autour de solutions compostables, à domicile de surcroît. Goglio a mis sur le marché une capsule compatible Nespresso avec valve, en plastique, mais garantie compostable et recyclable. Danimer et TotalEnergies Corbion ont conçu, eux, un mélange de polyhydroxyalcanoate (PHA) et d’acide polylactique (PLA). Nespresso a préféré choisir le papier pour des capsules vendues dans des sachets hermétiques, également en papier. En parallèle, la filiale de Nestlé est à l’origine de la création de l’Union des acteurs du compostable (UAC), un groupe de réflexion réunissant les entreprises concernées par le tri des biodéchets en France. Ces initiatives lui valent d’ailleurs d’être l’un des lauréats du septième Grand prix de la marque engagée LinkUp-Produrable. Chez Nescafé Dolce Gusto, l’ambition est, selon Anna Ducruet, responsable communication et RSE de la marque en France, de proposer « le futur du "coffee shop" à la maison » avec le système expert – de plus de 10 bars de pression – Neo, tout en migrant vers un modèle plus vertueux. « C’est vraiment le futur du café pour les Français qui veulent consommer sans compromis sur la qualité, la durabilité et la praticité », plaide-t-elle, soulignant « un résultat en tasse inégalé », avec une capsule associant papier, biopolymère et cellulose.
Brevets
Le distributeur suisse Migros, via sa filiale Delica, a voulu aller plus loin dans la rupture avec son appareil CoffeeB « à capsule sans capsule », protégé par une centaine de brevets : ni aluminium ni plastique ni papier, la boule de café compressé « zéro déchet » est enrobée d’une enveloppe végétale transparente à base d’algues bretonnes. Après un démarrage plus lent que prévu, lié à la conjoncture inflationniste, fin 2022, la marque ouvre sa technologie « pour la démocratiser et l’amortir », explique Ghassan Kara. En France, elle enrichit ainsi son offre grâce à un partenariat signé avec le torréfacteur italien Illycaffè. Aux États-Unis, le géant de l’agroalimentaire et leader du café portionné Keurig Dr Pepper introduit le procédé par un accord de licence exclusive. « Nous ambitionnons d’être le système référent dans dix ans », affirme le dirigeant. Cela n’empêche pas certains experts de préconiser l’aluminium en raison du taux de transmission de l’oxygène (OTR). « Cela dépend aussi de l’emballage secondaire, remarque Vincent Ballot, directeur général de Maison LaGrange et meilleur ouvrier de France. Un boîtage en carton suffit pour des capsules en aluminium, alors que les capsules compostables exigent des poches étanches, thermoscellées. » De toute façon, il ne jure quasi que par le grain et pronostique la fin du portionné à l’horizon de dix ou vingt ans.
Instant
Il reste le café soluble, qui compte toujours des fidèles, avec un prix moyen à la tasse de 8 centimes. Lui aussi évolue dans le sens du développement durable. À la faveur d’une extension de sa gamme Cappucino, Nescafé, le leader de la catégorie, a adopté une boîte, fournie par Sonoco, qui contient 75% de carton, les 25% restants correspondant à l’aluminium de l’opercule et au plastique du couvercle. À la clé, une réduction de 50% des émissions de CO2 du contenant, d’après la marque, qui indique « se rapprocher ainsi de son objectif de rendre 100% de ses emballages recyclables ou réutilisables d’ici à 2025 ». De quoi démontrer, comme toutes les autres solutions, la capacité des différents acteurs de ce marché à « étendre et renouveler l’instant café », selon le vœu de Vincent Prolongeau, le directeur général de JDE Peet’s France. Pour parodier la publicité pour un système de café portionné, que demander d’autre ?



