Doucement mais sûrement, la production automobile française reprend des couleurs. Un peu plus de 1,5 million de véhicules sont sortis des lignes d’assemblage hexagonales en 2023, soit une hausse de 8% par rapport à 2022, selon les chiffres de S&P Global communiqués à L'Usine Nouvelle. La palme de l’usine la plus productive revient à Toyota. A Onnaing (Nord), la marque nippone a fabriqué exactement 273 788 véhicules (+7% en glissement annuel), dont 73% de SUV Yaris Cross, selon les données officielles du constructeur. C’est moins que les 280 000 unités initialement envisagées, mais le site de production peut se targuer d’être le seul à avoir fabriqué plus de 200 000 voitures en France en 2023.
Car même la plus vieille usine du pays n’y est pas parvenue. A Sochaux (Doubs), siège historique de la marque Peugeot habituée à de gros volumes, seules 171 000 unités des modèles 3008 et 5008 ont vu le jour. Un plus bas historique. Selon nos informations, la direction du site prévoit que les volumes repartent à la hausse pour atteindre 200 000 unités en 2024 puis 250 000 en 2025. Mais la montée en cadence envisagée - qui reste loin des 514 684 unités de 2019 - va dépendre de la demande des clients pour la nouvelle e-3008, vaisseau amiral de la marque au Lion dont les premiers exemplaires commencent à arriver en concessions.
Cette faible production de l'usine de Sochaux n’empêche toutefois pas Stellantis, propriétaire de Peugeot, de rester le principal constructeur français, avec 733 840 véhicules assemblés en 2023. Le groupe ne diffuse pas de données de production pour chacune de ses usines. Mais selon des chiffres compilés par L’Usine Nouvelle, le site de montage de Rennes (Ille-et-Vilaine) a produit 77 000 véhicules (Citroën C5 et Peugeot 5008) et Mulhouse (Alsace) un peu moins de 200 000 Peugeot 308, 408, 508 et DS7. A Poissy (Yvelines), ce sont 148 000 DS3 et Opel Mokka qui ont vu le jour, à deux doigts d’atteindre l’objectif de 150 000 véhicules fixé par la direction. Quant à l’usine de Hordain (Nord), 139 000 véhicules utilitaires y ont été assemblés en version thermique et électrique. Les modèles à motorisation hydrogène doivent y être industrialisés à partir de juin 2024.
Les véhicules utilitaires tirent la production française
En observant les statistiques, il saute aux yeux que l’Hexagone est devenu ces dernières années un important producteur de véhicules utilitaires (VU). Ceux-ci représentent 36% du volume annuel total, soit 543 835 unités. A titre de comparaison, la France fabriquait 312 380 VU en 2013, représentant 18% de la production totale.
En 2023, les VU représentent 19% de la production hexagonale de Stellantis. Mais chez Renault, le chiffre explose à 85% ! En 2023, le groupe au Losange a fabriqué 404 835 véhicules utilitaires à Batilly, Maubeuge et Sandouville. Cette proportion devrait toutefois diminuer dans les prochaines années, à mesure que le groupe va entamer en France un mouvement de relocalisation de sa production. Le pôle nordiste d’«ElectriCity» (Douai, Maubeuge et Ruitz) s’apprête à accueillir l’ensemble des véhicules électriques de Renault destinés au marché de masse. Outre la Mégane E-Tech produite depuis 2022, la manufacture de Douai (51 486 unités en 2023, moins qu’en 2022) commence à produire la cinquième génération de Scénic.
Ces deux modèles seront bientôt rejoints par un modèle phare, attendu depuis son annonce il y a trois ans : la R5, dont le lancement commercial est prévu au troisième trimestre 2023. Sans oublier la future 4L, qui sera produite à Maubeuge en 2025. Autant de nouveautés électriques sur lesquelles Renault mise beaucoup et qui doivent largement compenser en termes de volume l’arrêt définitif de la Zoé à Flins à partir de mars 2024 (16 679 unités en 2023, en baisse de 76% par rapport à 2022). A Dieppe (Seine-Maritime), 4 708 Alpine sont sortis de la ligne de production.
Last but not least, l’ex-Smartville de Daimler reprise par le jeune constructeur britannique Ineos a continué sa montée en cadence en 2023, avec environ 32 000 véhicules produits l’an dernier, selon nos estimations. Si Ineos visait 15 000 exemplaires de son Grenadier, le constructeur ne communique pas sur le chiffre final, mais indique que très exactement 17 537 Smart Fortwo ont été fabriquées. La production de ces dernières doit être transférée en Chine courant 2024, marquant la fin de plus de 20 ans de production en Moselle.
La croissance de la France à la traîne en comparaison à ses voisins européens
«On continue le cycle de rattrapage initié en 2021», explique Denis Schemoul, chez S&P Global, à propos de la production automobile française. Ce spécialiste de la prévision estime qu’il y «a encore du potentiel de reprise». C’est peu dire : avec 1,51 millions de véhicules produits selon des données de L’Usine Nouvelle, les volumes sont encore en baisse de 31% par rapport à 2019, année lors de laquelle 2,2 millions de véhicules ont été fabriqués en France. A titre de comparaison, sur la même période, les volumes européens ne sont en déficit «que» de 14%. Encore peut-être plus inquiétant, la France, qui représente 10% de la production européenne, ne se ressaisit pas aussi bien que ses voisins européens, avec 8% de croissance en glissement annuel contre une hausse de 13% à l’échelle du continent. 15,3 millions de véhicules ont été produits en Europe en 2023.



