Les navettes autonomes vont franchir un cap en Europe. Co-financé par la Commission européenne et le gouvernement fédéral suisse, le projet Ultimo prévoit le déploiement, à partir d’octobre 2022 et sur une durée de quatre ans, de 45 navettes supervisées à distance et sans opérateur à bord. Ce niveau d’autonomie supplémentaire, désigné comme le niveau 4, sera éprouvé dans des conditions proches de la réalité à Genève, à Oslo et dans une ville allemande qui n’est pas encore déterminée.
La société lyonnaise Navya fait partie des deux fournisseurs de navettes ayant remporté l’appel d’offres. «Ce projet est le maillon manquant pour aller vers la transformation industrielle », déclare Sophie Desormière, présidente du directoire de Navya. Les enjeux sont le déploiement d’une application mobile de transport à la demande (Mobility as a service, ou MaaS), l’expérimentation d’un système de gestion de plusieurs flottes avec plusieurs fournisseurs, et l’exploration de pistes innovantes pour standardiser les modes de connectivité.
Ultimo fait suite au projet européen Avenue, dans lequel 13 navettes de niveau 3 - conservant donc un opérateur à bord - ont été expérimentées dans six villes européennes. A Lyon notamment, où une navette Autonom Shuttle Evo de Navya évolue sur un parcours fixe, long de 2,6 km, avec une fréquentation piétonne importante. « Le taux d’autonomie mesuré, sans intervention de l’opérateur de bord, est de 93,3% » précise Sophie Desormière.
Une base expérimentale de 200 navettes
Jusqu’à présent, Navya avait testé l’autonomie de niveau 4 en circuit fermé, sur le site de l’UTAC à Linas- Montlhéry, après avoir fait la démonstration de la supervision de quatre navettes sans opérateurs, au salon Autonomy de Paris, en mars dernier. Ultimo impose un changement d’échelle. «Un opérateur à distance doit pouvoir communiquer avec quatre à dix navettes, selon la complexité du parcours » explique Sophie Desormière.
Le parc installé de Navya – quelque 200 navettes dans 25 pays avec des situations variées – a constitué une base expérimentale donnant lieu à plusieurs améliorations. «L’architecture électrique et électronique a été consolidé, les algorithmes ont été renforcés et un processus de validation et de vérification a été mis en place, car on passe à l’échelle industrielle, détaille Sophie Desormière. Notre logiciel Navya Drive s’est également enrichi avec de nouveaux algorithmes et des processus plus robustes.»
Si les navettes autonomes du projet Ultimo se déplaceront en milieu urbain (les modalités par ville ne sont pas encore précisées), elles ne devraient pas emprunter de parcours « ouvert », c’est-à-dire les voies publiques, au moins dans un premier temps. Cette autorisation demande une évolution de la réglementation, au niveau français et européen, attendue ces prochains mois. En France, le toulousain EasyMile a obtenu une autorisation à titre expérimental pour ses navettes autonomes de niveau 4, qui évoluent sur le campus universitaire Oncopole, à Toulouse.



