Reportage

La méthode de l'usine Guerbet de Lanester pour économiser le volume d’eau d’une petite ville

Spécialisé dans les produits de contraste pour l’imagerie médicale, l’industriel développe un programme ambitieux de réduction de la consommation d’eau dans son usine morbihannaise.

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Salle de fabrication des produits de contraste pour l’imagerie médicale de l’usine Guerbet à Lanester (Morbihan).

A Lanester, ville séparée de Lorient par l’estuaire du Scorff, l’usine de Guerbet, classée Seveso III seuil bas, fait partie du paysage depuis quatre décennies. Le site industriel produit chaque année 870 tonnes de produits de contraste pour l’imagerie médicale. Ces principes actifs injectés lorsque l’on passe un scanner sont fabriqués à partir d’iode... mais surtout d’eau. Depuis un an, cette ETI familiale (753,3 millions d’euros de chiffre d’affaires) développe ces produits pour les IRM à base de gadolinium.

En pénétrant sur le site de 7,7 hectares, les humains – ils sont une centaine à travailler en journée pour un effectif total de 260 personnes – sont quasiment invisibles parmi les nombreuses cuves reliées aux bâtiments par d’énormes tuyauteries. «Le cycle de production est aujourd’hui d’une cinquantaine de jours jusqu’à la mise en big bag des principes actifs, contre plus de soixante-dix jours il y a cinq ans», explique Frédéric Petrus, le directeur du site.

Le procédé est assez complexe. Tout part du bâtiment de stockage des poudres pour aller vers le réacteur, une sorte de grosse cocotte-minute qui assure les mélanges avec des solvants et de l’iode.

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Usine Guerbet, production de produits de contraste pour l'imagerie medicale Usine Guerbet, production de produits de contraste pour l'imagerie medicale (Juliette PAVY/REA/Juliette PAVY/REA)

La tour de l’incinérateur est refroidie par des eaux recyclées. © Juliette Pavy / Réa

D’autres étapes vont suivre : séchage, mélange, purification et, à nouveau, séchage dans un atomiseur semblable à la fabrication du lait en poudre. C’est un gros cylindre de 4 mètres de diamètre et de plus de 20 mètres de haut. Au final, la poudre sort par une cheminée d’un millimètre de diamètre. Un bâtiment bien séparé et flambant neuf est dédié au produit de contraste pour les IRM. À chaque étape, des effluents sont conduits dans les tuyaux. Au milieu du site se trouve la salle de contrôle où travaillent 45 personnes avec une flopée d’écrans pour surveiller et piloter toutes les étapes, notamment pour la consommation d’eau.

Aujourd’hui, nous utilisons environ 160000 m3 d’eau par an, contre 187000 avant la mise en place de mesures pour la sobriété.

—  Frédéric Petrus, directeur du site Guerbet de Lanester

«Aujourd’hui, nous utilisons environ 160000 m3 d’eau par an, contre 187000 avant la mise en place de mesures pour la sobriété, précise Frédéric Petrus. C’est l’équivalent de la consommation d’une petite ville de 5000 habitants.» Dès 2016, l’entreprise a réfléchi à réduire sa consommation d’eau et d’énergie, en mettant en place une phase pilote et en modifiant les installations avec un investissement de 110000 euros financé par l’agence de l’eau Loire-Bretagne à 40%. La première opération a consisté à cartographier le site en installant une douzaine de compteurs connectés pour mesurer les consommations et détecter les éventuelles fuites.

En attente des nouveaux règlements

Mais l’usine a réellement réalisé sa mue en 2019 avec la mise en place d’un nouveau process au niveau de l’incinérateur. Guerbet utilise un procédé biologique avec nanofiltration et ultrafiltration pour convertir les effluents aqueux en fluide de refroidissement pour la tour d’incinération, d’où s’échappe une fumée blanche de vapeur d’eau ininterrompue, car le site fonctionne 24 heures sur 24 et sept jours sur sept. Les vapeurs de l’incinérateur sont contrôlées en continu avec plusieurs appareils pour les particules et les composés chimiques. Le panache blanc qui s’élève dans le ciel a de la valeur. Dix tonnes de vapeur d’eau s’y envolent toutes les heures, d’où l’idée de réutiliser cette eau mais aussi la chaleur fatale, car la vapeur atteint 80°C. Depuis 2020, le site économise aussi 14000 MWh de gaz en recyclant un solvant à haut pouvoir calorifique pour remplacer le gaz naturel.

Image d'illustration de l'articleJuliette Pavy / Réa
Usine Guerbet, production de produits de contraste pour l'imagerie medicale Usine Guerbet, production de produits de contraste pour l'imagerie medicale (Juliette PAVY/REA/Juliette PAVY/REA)

Le contrôle des process de l’usine s’effectue dans cette salle, notamment la purification de l’eau. © Juliette Pavy / Réa

Guerbet aimerait bien utiliser une partie des eaux usées traitées plutôt que de les voir partir dans l’océan Atlantique. «Nous rejetons 90000 m3 d’eau pluviale dans le milieu naturel. Nous souhaiterions pouvoir la réutiliser dans notre production. Il en est de même pour l’eau de la station d’épuration de Lanester, voisine de l’usine, qui en rejette 3000 m3 par jour», explique Frédéric Petrus. D’où une attente vis-à-vis des nouvelles réglementations. Le directeur du site réfléchit aussi à récupérer l’eau des tours réfrigérantes qui consomment et rejettent 15000 m3 par an.

«Nous travaillons tous ensemble sur le programme Ecod’O, une initiative de la CCI du Morbihan, maintenant étendue à toute la Bretagne, se félicite le directeur du site. Il est impératif de mieux gérer l’eau car il y a peu de nappes phréatiques dans la région et les sols sont imperméables.» Pour avancer dans ces thématiques, rien de tel que de travailler en équipe avec les autres acteurs économiques de la région.

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