[La France du biosourcé] L'auto, moteur de la culture du chanvre en Bourgogne-Franche-Comté

Tout l'été, L'Usine Nouvelle fait le tour de France des champions industriels du biosourcé. Près de Dijon, APM intègre du chanvre à des granulés de plastique pour les rendre plus légers et réduire leur empreinte carbone. L’idée séduit la filière auto.

Réservé aux abonnés
Image d'illustration de l'article
Billes de plastique biosourcé à base de chanvre, de polypropylène, de PVC et d'autres thermoplastiques.

La Peugeot 308 intègre 1 kg de chanvre dans ses éléments plastiques, comme la structure du tableau de bord. La fibre ne vient pas de l’Ouest de la France, région phare pour la culture de cette plante, mais de l’Est ! « Gérard Mougin, à la tête d’AFT Plasturgie, s’est installé au cœur de la Bourgogne - Franche-Comté pour tester différentes fibres avant de retenir le chanvre en 2013 », retrace Jean-Marie Bourgeois-Jacquet, ingénieur business development chez APM (Automotive Performance Materials), la descendante d’AFT Plasturgie. Depuis, un écosystème régional s’est développé.

Le chanvre débute sa transformation dans des hangars agricoles à Arc-lès-Gray (Haute-Saône). Les bottes proviennent des 1 300 hectares de champs cultivés par 215 agriculteurs de la région. La matière y est débarrassée de ses déchets, puis concassée avant que la paille et la fibre ne soient séparées puis peignées. Le produit, sous forme de fibre fileuse beige, quitte le bâtiment d’Eurochanvre pour l’entrepôt d’APM, juste en face. « Nous faisons tous partie du même groupe, ça simplifie les choses et ça garantit l’approvisionnement », sourit Jean-Marie Bourgeois-Jacquet. Eurochanvre est une filiale de la coopérative agricole Interval, actionnaire à 50 % d’APM, aux côtés de l’équipementier automobile Faurecia.

Interdiction de laisser traîner un œil au-delà des grandes portes métalliques derrière lesquelles le chanvre est transporté : les secrets du procédé de production sont bien gardés. « Nous travaillons la fibre pour arriver au calibrage idéal, qui va donner au plastique ses caractéristiques techniques finales, le rendant plus léger et renforçant ses propriétés thermomécaniques », concède le dirigeant. Cette deuxième transformation clôt le parcours du chanvre à Arc-lès-Gray. Direction l’usine de Fontaine-lès-Dijon, à moins d’une heure de route.

De la fibre au granulé

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

La totalité de la plante trouve une utilité. APM micronise la paille avant de l’associer au plastique pour la destiner à des applications industrielles, dans le bâtiment notamment. La fibre fine entre dans la recette de granulés plastiques, à hauteur de 10 à 50 %, selon les applicatifs. Dans l’usine côte-d’orienne, à l’atmosphère bruyante, les techniciens grimpent les escaliers de métal, en s’appuyant à une rampe jaune pour rejoindre les imposants doseurs qui surplombent les trois lignes de production. Ces équipements en entonnoir ont pour tâche d’opérer l’alchimie en additionnant au chanvre du polypropylène, du PVC et autres thermoplastiques. Le mélange rejoint une machine d’extrusion pour la transformation en granulés, conditionnés puis acheminés vers les clients de la société APM avant une transformation finale par injection ou extrusion. « À côté de l’automobile - qui représente 85 % de notre activité, sous l’impulsion de Faurecia -, nos clients évoluent dans le secteur du bâtiment, de la décoration », confie le dirigeant, qui « discute aussi avec des acteurs de l’ameublement, du jouet et du sport ». En 2021, les 35 salariés d’APM ont produit 8 000 tonnes de matière, dont 4 000 tonnes intégrant du chanvre.

« L’injection de 20 % de chanvre abaisse à 1,36 kg de CO2 par kilo de matière l’empreinte carbone liée à la production, contre 1,7 environ sans chanvre. Nous avons pour projet d’associer le chanvre à du plastique recyclé pour atteindre une valeur négative », précise l’ingénieur. Il n’est plus question de cacher cette avancée récente avec ce plastique 25 % plus léger que son équivalent entièrement pétrosourcé ! À la demande de clients soucieux d’afficher leur transition environnementale, APM travaille à rendre visible les particules végétales de son matériau. Ce plastique intégrant du chanvre affiche un prix supérieur d’environ 25 % à la version conventionnelle, mais présente l’avantage de rester stable dans un marché volatil. La formule séduit. La filière régionale du chanvre permet aujourd’hui à APM (9 millions d’euros de chiffre d’affaires) d’équiper 17 modèles, soit 13 millions de véhicules en circulation. Faurecia ayant officialisé la création d’une division pour les matériaux durables, APM s’attend à voir grandir encore son rôle stratégique.

L'idée biosourcée : Des extraits de champignons… Dans les champs

À Arc-lès-Gray (Haute-Saône), deux chercheurs et un industriel ont fondé Amiroy en 2019. L’entreprise a une ligne de production pilote pour extraire le chitosan et la chitine de champignons, afin de produire des intrants pour l’agriculture en remplacement de l’azote chimique et du phosphore. Une quarantaine de molécules naturelles sont extraites, que la société transforme en 4 000 à 5 000 litres par mois de produits capables de biostimuler les cultures pour renforcer leur croissance et leurs défenses. La solution d’Amiroy réduit de 30 à 40 % le recours aux engrais et limite celui aux fongicides. En 2021, 10 000 hectares de terres agricoles ont ainsi été traités. La société, qui a réalisé 100 000 euros de chiffre d’affaires en 2021, travaille sur la valorisation des déchets des champignonnières. # N. H.

 

Couv 3708-3709
Couv 3708-3709 Couv 3708-3709

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle n°3708-3709 - Juillet-Août 2022

Lire le sommaire

Abonnés
Le baromètre de l’auto
Suivez l’évolution des marchés automobiles français et européen mois après mois grâce à notre tableau de bord.
Nos infographiesOpens in new window
Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.