La Fonderie de Bretagne reprend espoir, et pourrait se diversifier dans l'armement

La Fonderie de Bretagne, ex-filiale de Renault, avait accumulé 110 millions d’euros de pertes en dix ans. Reprise par un fonds allemand, elle tente un nouveau départ. Et pourrait se diversifier dans la défense.

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Pour se remettre à flot en 2025, la Fonderie de Bretagne va multiplier les diversifications industrielles.

Une «trahison». En mars 2021, à l’annonce de la mise en vente de la Fonderie de Bretagne, installée à Caudan, près de Lorient (Morbihan), les syndicats n’ont pas de mots assez durs envers le propriétaire de l’usine, le groupe Renault, alors en pleine crise. En réaction, ils bloquent l’usine pendant plus d’un mois. Le constructeur temporise, mais ne dévie pas de sa trajectoire : le site, qui fabrique des boîtes de vitesses, éléments de suspension, coudes d’échappement, a perdu 110 millions d’euros en dix ans. En 2022, elle a dégagé un chiffre d’affaires de 38 millions d’euros pour une perte nette de 14,4 millions d’euros. Le constructeur veut arrêter les frais sans trop de casse sociale... Mais encore faut-il trouver un acheteur. En octobre 2022, c’est chose faite : le fonds allemand Callista Private Equity, spécialiste du retournement d’entreprises, présente un plan de continuation validé par le constructeur. Le groupe allemand devient l’unique actionnaire de la fonderie, forte de ses 290 collaborateurs. Pour un euro symbolique.

Nommé directeur général en décembre 2022 par Callista, Jean-René Mouttet a devant lui un vaste chantier afin de diversifier le site pour qu’il ne dépende plus uniquement de Renault, qui reste son principal client avec «90% du chiffre d’affaires de 2023». Pour «devenir une ETI autonome et performante», le nouveau patron de la fonderie bretonne dispose d’une enveloppe d’investissements de 32,8 millions d’euros, exclusivement financée par un apport en cash de Renault. «Il s’agit, indique le dirigeant, de modifier le process de fusion pour le rendre plus flexible afin de produire de nouveaux types de pièces.» Il est aussi prévu de développer des «fours de moyenne fréquence pour gagner à la fois en souplesse et en économie d’énergie».

Trois ans pour monter en puissance

La Fonderie de Bretagne entend se lancer dans la fabrication de pièces pour les camions, les engins agricoles, mais également ceux dédiés aux travaux publics. Les secteurs du rail, de l’armement, de l’hydraulique ou du chauffage sont aussi visés. De premières diversifications sont annoncés dans les travaux publics et des projets sont en cours de signature pour la fabrication de pièces de tracteurs, principalement pour le constructeur John Deere.

Dans l’automobile, les pièces produites par l’usine de Caudan sont montées sur les véhicules thermiques, hybrides et même les modèles électriques comme la Zoé de Renault. Le dirigeant de la Fonderie de Bretagne et son équipe se donnent trois ans, d’ici à 2026, pour «monter en puissance», «remplir le carnet de commandes» et «rehausser le niveau de rentabilité de chaque pièce produite». D’ores et déjà, veut rassurer le directeur, «les résultats sont en ligne avec le business plan élaboré il y a cinq mois».

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Nouvelles embauches

Callista s’est engagé, auprès des salariés de la fonderie, des élus locaux et de Renault, à remettre à flot l’entreprise en 2025 tout en maintenant la totalité de l’effectif, sans licenciements. Une équipe commerciale vient d’être recrutée afin de mettre en œuvre la diversification. Une trentaine de personnes supplémentaires doivent être embauchées cette année à des postes de management et de production.

C’est d’ailleurs la demande effectuée par les syndicats au moment de la présentation de l’offre de Callista. La CGT pointait alors du doigt le «manque de compétences» du site. Jean-René Mouttet en a bien conscience et n’entend surtout pas voir partir ses équipes. Il indique porter «une attention particulière à la motivation et à la satisfaction des salariés»«Leur engagement, poursuit-il, reste un élément clé du succès de la réussite de la transformation de l’entreprise.» Maël Le Goff, le délégué CGT de la fonderie, reconnaît que «l’ambiance sociale est nettement meilleure que sous la période Renault», mais se veut prudent. «On ne voit encore rien venir de concret en matière d’investissements. On reste très méfiants, sachant que les objectifs fixés par Callista sont à très court terme», commente-t-il. «La confiance renaît», veut croire Jean-René Mouttet, qui reconnaît qu’il faudra surveiller dans les prochains mois «la gestion très fine de la trésorerie et l’impact du coût excessif de l’énergie».

Des obus pour l'Ukraine ?

Député Renaissance du Morbihan, Jean-Michel Jacques a dégainé cet été une proposition pour assurer de nouveaux débouchés à l'usine. Il estime que ses compétences industrielles doivent lui permettre de produire des «obus de mortier» dont la France a besoin, notamment dans le cadre de l’accompagnement des forces militaires ukrainiennes. Il est donc envisagé, au cours des prochaines semaines, une visite des dirigeants de la Direction générale de l’armement à Caudan afin d'évaluer la faisabilité du projet. Délégué CGT de la Fonderie de Bretagne, Maël Le Goff indique qu’il ne faut pas «s’enflammer» sur la possible fabrication d'obus de mortier, et précise qu’à ce stade «rien n’est fait ». Mais reparler de projets d'avenir pour la Fonderie de Bretagne est déjà un bon début.

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3720 - Juillet-Août 2023

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