À quelques semaines du salon du Bourget, le Groupement des Industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas) a présenté les résultats 2024 d'une filière qui confirme sa résilience. Avec un chiffre d'affaires global de 77,7 Mrds €, en croissance de +10 % par rapport à 2023, le niveau d'activité dépasse désormais celui d'avant crise, mais reste toutefois fragile en euros constants compte tenu d'une inflation cumulée de près de 18 % depuis cinq ans. Cette performance est le fruit d'une mobilisation exceptionnelle de l'ensemble de la filière, des grands donneurs d'ordres aux PME avec une croissance tirée par l'export, dans le civil comme le militaire. L'aéronautique civile représente 74 % du chiffre d'affaires (57,4 Mrds €), portée par des livraisons en hausse. Le secteur défense, quant à lui, progresse de +13 % (20,3 Mrds €), grâce à une croissance des livraisons à l'export (+19 %) et sur le marché national (+11 %). Cette dynamique s'accompagne d'une forte progression des commandes globales à 74,8 Mrds € (+5 %), tirées par la défense export (+77 %), qui compense le recul des commandes du ministère des Armées (-33 %) et la stabilité des commandes civiles. L'export est aujourd'hui indispensable : 82 % du chiffre d'affaires global est réalisé à l'international, soit 51,2 Mrds €. Cette capacité à convaincre les marchés mondiaux s'appuie sur des produits compétitifs, fiables, et adaptés aux besoins opérationnels. Plus de 100 entreprises ont été accompagnées par le Gifas en 2024 dans le cadre de salons et de missions internationales. Cette orientation à l'international expose également l'industrie aux incertitudes géopolitiques et aux tensions commerciales (droits de douane, transfert de technologies). Le Gifas appelle donc à une relance de la commande publique, notamment dans le spatial et la défense, pour garantir un modèle résilient capable d'absorber les chocs extérieurs.
Une supply chain engagée, encore sous tension
La chaîne d'approvisionnement se stabilise, mais reste marquée par les séquelles de la crise sanitaire, des tensions sur les matières premières (titane, aciers spéciaux, composants) et un coût opérationnel élevé en France (travail, énergie, fiscalité). Grâce à une médiation active et une solidarité interne, aucune défaillance critique n'a été enregistrée en 2024, malgré 80 situations sensibles traitées. Au cours de l'année, le Gifas a renforcé ses outils : le fonds AAP1 mis en place à la sortie du Covid a rempli ses objectifs de renforcement de la résilience de la filière, et son successeur AAP2 est désormais en place pour poursuivre les initiatives de soutien et de consolidation de la supply chain, tout en sécurisant les ramp-up. Le déploiement du programme Aéro Excellence, lancé début 2024, donne la possibilité aux entreprises de la filière de s'évaluer dans un référentiel commun, utilisé par l'ensemble des donneurs d'ordres. Il permet concrètement de hausser le niveau global de performance industrielle : 111 entreprises et 164 sites industriels sont engagés dans cette démarche, qui commence à s'étendre à l'international à travers la création de l'association Aéro Excellence International, laquelle comprend le Royaume Uni et l'Allemagne et porte l'ambition d'en faire un standard mondial.
L'emploi et la formation au cœur du rebond

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En 2024, la filière a recruté 29 000 personnes, du CAP au Bac+8, dont 6 000 alternants, soit une création nette de 12 000 emplois, à comparer aux 20 500 emplois nets créés dans toute l'industrie française la même année. L'effectif total atteint désormais 222 000 salariés, contre 202 000 en 2019. Au-delà du recrutement, la filière s'est pleinement emparée du sujet de la formation. Plus de 30 % des effectifs ont été renouvelés depuis 2022. L'enjeu est d'accompagner la montée en compétences des nombreux jeunes et demandeurs d'emploi récemment intégrés, dans un contexte d'exigences élevées de qualification. Les résultats 2024 montrent que la filière peut être un moteur de réindustrialisation, d'emploi et de souveraineté, mais elle alerte sur la tentation de considérer cette reprise comme acquise.
Consolider les acquis, anticiper les risques
Pour consolider cette reprise, le Gifas renouvelle ses recommandations comme le maintien du Corac en assurant un financement de 300 M€ en 2026 et 2027 ou du crédit impôt recherche ainsi que le crédit d'impôt à l'innovation; les travaux de recherche et la technologie étant indissociables. Parmi les autres recommandations figure la loi de Programmation militaire, car ce sont bien les commandes qui alimentent l'industrie et qui permettront de développer et livrer les capacités dont les forces ont besoin. À l'approche d'un PLF 2026, desserrer l'étau réglementaire permet d'éviter d'alourdir une fiscalité déjà record pour la filière, au risque de provoquer des effets irréversibles pour la compétitivité. Il s'agit également de créer les conditions d'un secteur spatial européen compétitif et autonome, par la mise en place de feuilles de route technologiques et stratégiques co-construites entre les ministères de tutelle et l'industrie.
Spatial : un secteur stratégique à préserver
Avec un chiffre d'affaires de 4,76 Mrds € qui a légèrement progressé (+2,6 %) en 2024, le secteur spatial reste sous pression dans un marché mondialisé dominé par les industriels américains. Pourtant, la France demeure le premier exportateur mondial de satellites, avec une chaîne de valeur complète et des équipementiers de pointe. Plus de la moitié de l'activité a été réalisée à l'export (53 %). Une véritable Europe du spatial est aujourd'hui nécessaire, afin que le secteur, dual par nature, puisse renforcer sa compétitivité, son attractivité, et sa capacité à lutter à l'international. L' Europe dispose d'une base industrielle spatiale unique au monde, et doit désormais passer un cap : celui de l'autonomie complète. De récents programmes, à l'instar du programme Iris (Infrastructure de résilience, d'interconnectivité et de sécurité par satellite) démontrent que l'Europe peut être à l'initiative quand elle sait se coordonner. Le Gifas appelle à une ambition européenne renforcée dans le domaine spatial à concrétiser lors de la conférence ministérielle de l'ESA en novembre.
Les avis sont unanimes
Lors de la présentation des résultats de la filière, les industriels, membres du Gifas sont convaincus : « Ce que la filière a accompli en 2024, elle ne l'a pas hérité, elle l'a conquis. Pour maintenir cette dynamique, nous avons besoin d'un État français stratège, d'une Europe unie autour de priorités communes, et d'un environnement réglementaire et fiscal stable. Ce n'est pas le moment de relâcher l'effort, mais d'accélérer », déclare Guillaume Faury, président du Gifas. Didier Kayat, président du groupement des équipements du Gifas, commente : « Pour rester compétitive, notre industrie doit compenser un environnement qui pèse sur la compétitivité par l'excellence opérationnelle. Cette équation n'est tenable que parce que la filière est solidaire, réactive et entièrement mobilisée sur sa performance industrielle. Et cela n'est possible que dans un cadre stable pour les entreprises ». Et Clémentine Gallet, présidente du comité Aero-PME du Gifas conclut : « Le défi du recrutement est colossal, mais il est aussi enthousiasmant. Notre filière est la preuve que c'est possible. Elle offre des perspectives concrètes, durables et stimulantes à des milliers de talents dans toutes les régions de France. Derrière chaque embauche, il y a une ambition : construire ensemble l'aéronautique et le spatial de demain ».



