A la surprise générale, début mars, l’Allemagne a bloqué le texte sur l’interdiction de la vente de véhicules thermiques neufs dans l’Union européenne d’ici 2035 qui avait fait l’objet d’un accord entre le Parlement européen et le conseil de l’UE en 2022. Un document de la Commission européenne consulté par Reuters laisse penser que l’institution a cédé à la pression de l’Allemagne. Il propose que les voitures thermiques alimentées aux carburants de synthèse neutres en carbone soient autorisées à la vente après 2035, à la condition que leur technologie soit capable de les empêcher de rouler si d'autres carburants sont utilisés. Une alternative à l’électrique soutenue par les constructeurs automobiles allemands depuis longtemps.
«Les discussions se poursuivent entre la Commission et les autorités allemandes», a déclaré un porte-parole de la Commission, refusant de commenter le projet mentionné dans le document et invitant à se référer aux propos du vice-président exécutif chargé du pacte vert pour l'Europe, Frans Timmermans. Ce dernier a expliqué à la mi-mars que toute solution devait être conforme à la loi d'élimination progressive de 2035. Le ministère des Transports allemand indiquait quant à lui lundi 20 mars que les discussions avec la Commission sur la fin prévue des nouveaux moteurs à combustion à partir de 2035 avançaient, mais il a ajouté ne pas pouvoir dire quand un accord serait conclu.
Une technologie marginale en Europe
Aussi appelés «e-fuels», «e-carburants» ou «électro-carburants», les carburants de synthèse sont fabriqués en combinant du CO2 et de l'hydrogène produit à partir d'électricité. Ils ne sont réellement «propres» qu’à la condition que les sources d’énergie nécessaires à la production d’électricité soient décarbonnées. Problème, cette technologie dont la production est coûteuse n’est pas mature en Europe et encore utilisée à la marge sur le continent. Preuve en est que l’Association des constructeurs européens d’automobiles ne décompte pas les véhicules roulant aux e-fuels. De plus, selon l’ONG Transport & Environment, ces carburants émettraient autant d’oxydes d’azote toxiques que les moteurs à carburant fossile et plus de monoxyde de carbone et d’ammoniac. Elle se base sur les résultats de tests menés par l’organisme de recherche IFP Energies nouvelles en 2021.
Avec Reuters (Reportage Markus Wacket et Kate Abnett, rédigé par Riham Alkousaa, version française Gaëlle Sheehan, édité par Diana Mandiá et Kate Entringer)


