L'institut Curie présente quatre innovations de rupture en radiothérapie du cancer

L’institut Curie mise sur l'interaction entre la recherche fondamentale et la recherche appliquée pour faire avancer la radiothérapie. Cette fondation centenaire a présenté quatre innovations de rupture ce 24 janvier, en amont de la journée mondiale contre le cancer.

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L'institut Curie s'appuie notamment sur son centre de protonthérapie, à Orsay.

Berceau historique de la radiothérapie, l’institut Curie espère aussi écrire son futur. Mardi 24 janvier, en amont de la journée mondiale contre le cancer du 4 février, le centre de recherche a présenté quatre technologies de rupture sur lesquelles travaillent ses chercheurs. « Un espoir important dans la lutte contre le cancer », souligne le Pr Thierry Philip, son président du directoire. 

Utilisée dans plus de 70% des traitements, la radiothérapie consiste à irradier les cellules cancéreuses pour les détruire. Elle présente cependant encore deux limites importantes : elle ne permet pas de traiter tous les types de cancers et elle peut endommager des tissus sains, engendrant des effets secondaires. 

Des molécules « leurres » pour augmenter l’efficacité

La radiothérapie peut aussi buter sur des tumeurs radiorésistantes, qui la rendent inefficace. Cela concerne près de 20% des patients traités. Pour résoudre ce problème, les équipes de l’institut Curie développent une nouvelle classe de médicaments : les Dbait. Il s’agit de molécules « leurres », découvertes en 2002 et « qui ressemblent à de l’ADN endommagé », indique le Dr Marie Dutreix, cheffe de l’équipe Réparation, Radiation et Thérapies innovantes anticancer.

Ces molécules font croire à la cellule tumorale que les dommages liés à la radiothérapie sont beaucoup plus élevés que la réalité. « Débordée par la quantité de dommages à réparer, la cellule s’autodétruit », poursuit la chercheuse. Un essai clinique est déjà en cours avec la biotech française Onxeo.

L’intelligence artificielle pour une radiothérapie adaptative

Pour limiter les effets secondaires, l’institut Curie mise sur l’intelligence artificielle. En analysant les images obtenues par un scanner ou une IRM, celle-ci doit en effet permettre de mieux cibler les tumeurs, et donc de ne plus toucher les tissus sains. « L’IA ne remplacera pas l’humain, elle l’aidera à mieux soigner », prédit le Pr Gilles Créhange, chef du département de radiothérapie oncologique.

En automatisant cette tâche de contourage, aujourd’hui très chronophage, les algorithmes doivent aussi jouer un rôle central pour faire émerger une nouvelle approche : la radiothérapie adaptative, qui permettra d’adapter chaque séance à l’évolution constatée de la tumeur. Et ainsi de mieux protéger les tissus sains. Par ailleurs, l’IA doit également permettre d’anticiper la réaction des tumeurs au traitement et ainsi de « personnaliser la dose de radiothérapie », explique le Pr Gilles Créhange. Sur ce dernier point, les premiers essais randomisés sont espérés d’ici deux à trois ans.

Mini-faisceaux submillimétriques pour moduler la dose

L’institut Curie travaille également sur une nouvelle technique de délivrance de la radiothérapie : les mini-faisceaux de protons, dont la taille est inférieure à un millimètre. Cela permet notamment de moduler la dose, contrairement à la distribution homogène de la radiothérapie standard. « En changeant la manière dont on dépose la dose, on peut changer les effets biologiques et améliorer les traitements », explique le Dr Yolanda Prezado, cheffe de l’équipe Nouvelles Approches en radiothérapie.

Cette méthode pourrait permettre de traiter des tumeurs graves, comme les gliomes et certains cancers pédiatriques, tout en générant des effets secondaires « presque négligeables », notamment sur la mémoire et les capacités d’apprentissage. Un premier essai chez l’homme devrait intervenir cette année.

La radiothérapie Flash pour les tumeurs profondes

Dernière technologie de rupture : la radiothérapie Flash, qui consiste à administrer une forte dose d’irradiation dans un laps de temps très court, inférieur à la seconde. Découverte en 2014 par un chercheur de l’institut Curie, cette technique semble prometteuse. « Les premiers essais précliniques montrent une baisse importante des effets secondaires », souligne le Dr Yolanda Prezado.

Associée à des électrons de très haute énergie, la radiothérapie Flash pourrait aussi permettre de diminuer le nombre de séances de traitement. Et de cibler les tumeurs profondes, qui nécessitent aujourd’hui de lourdes opérations chirurgicales. Beaucoup reste encore à faire, notamment parce que les accélérateurs utilisés actuellement ne permettent de réaliser ce type de traitement. L’institut Curie n’anticipe donc pas les premiers tests cliniques avant 2027.

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