L'industrie textile menacée à son tour par la hausse des prix des matières

L'industrie textile n'est pas épargnée par la flambée des prix des matières premières. En cause ? Les mauvaises récoltes au Pakistan qui affectent le prix du coton, la hausse du prix du fret et l'augmentation du prix du pétrole qui modifie le tarif des fibres synthétiques.

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Le prix du coton a augmenté de 30% en cinq mois.

Des tensions avec les clients, des retards de livraisons, des réductions de marge... Comme la mécanique, la plasturgie, la santé, la chimie avant elle, l'industrie française du textile alerte sur la hausse du coût de ses matières premières et des difficultés d'approvisionnement. "Les prix du lin, du coton ou du polyester ont subi plus de 30% de hausse ces 5 derniers mois" observe l'Union des Industries du Textile (UIT) dans un communiqué envoyé le 9 avril. Derrière cette hausse, "des causes multiples" explique Anne-Laure Milhe, porte-parole de l'UIT.

Hausse du prix des fibres naturelles

Au premier rang d'entre elles, la hausse du prix de la matière elle-même. Selon les chiffres du département américain de l'agriculture (USDA), le prix du coton a par exemple augmenté de 1,55 dollar le kilo en septembre dernier à 2,05 dollars en février, soit une hausse de plus de 32% en six mois. Des chiffres expliqués par "une baisse de la production et du niveau du stocks alors que la consommation est, elle, restée stable" note l'USDA dans son bilan d'avril 2021.

Le Pakistan, cinquième producteur mondial de coton, a par exemple connu une baisse de 27% de sa production après une chute historique lors de la saison précédente, l'obligeant à importer. En cause ? Les aléas climatiques qui ont touché le pays... Même phénomène pour le lin. La production, pourtant majoritairement issue d'Europe, a elle aussi connu deux mauvaises saisons en 2019 et 2020, tant en qualité qu'en quantité. Résultat: les stocks sont au plus bas et les prix s'envolent de 20%. "Le coton et le lin sont des matières naturelles avec une ou deux récoltes par an. Pour rétablir le niveau d'avant crise, nous n'avons pas d'autre solution que d'attendre la prochaine saison" observe Yves Dubief, président de l'UIT. 

Et la situation pourrait encore empirer, après les annonces de boycott par de grands groupes de la confection, si étaient instaurées des mesures de rétorsion américaines et européennes contre le coton chinois venu de la province du Xinjiang, suite à la dénonciation du travail forcé des ouïgours. La Chine est le deuxième producteur mondial de coton, mais plus de 80% de sa production provient de cette province. Si les mesures de rétorsion se confirmaient, Pékin serait à son tour dans l'obligation d'importer pour continuer à produire..."Ce qui ne manquera pas d'intensifier la déstabilisation du cours de la matière première" confirme Yves Dubief.

Les fibres synthétiques également touchées

Les matières synthétiques comme l'acrylique ou le polyester ne sont pas non plus épargnées. En un an, leur prix a respectivement augmenté de 70 et 80%. Cela s'explique par la hausse du prix du pétrole, mais pas seulement explique l'UIT. "Il y a également des usines qui sont toujours à l'arrêt dans certains pays, ce qui ralentit l'approvisionnement" explique Yves Dubief.  Résultat: "Les délais sont passés de 3 semaines à 3 mois sur certaines matières" déplore l'UIT.

Le secteur du textile technique, qui représente près de la moitié de la filière en France, est particulièrement touché. D'autant que ce segment est également confronté à la hausse de 5 à 11% des prix des additifs, apprêts, colles, polyesters et polyuréthanes. "Cela engendre des surcoûts importants" regrette Yves Dubief. 

Tensions dans le fret

A ces tensions sur les matières premières, s'ajoute la problématique du fret. Depuis la pandémie, les containers sont à l'arrêt dans les ports européens et américains. Conséquences: "les prix du fret se sont envolés, passant de 1800 dollars à 8000 dollars" note l'UIT. Pour faire face à la situation, les industriels optent pour une réduction des marges et une hausse des prix. De quoi faire naître des craintes pour la survie de l'industrie textile en Europe ? "Pas encore", explique Yves Dubief. "Nous nous inquiétons surtout des retards de livraisons".

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