Située dans la ville de Sèvres (Hauts-de-Seine), l'île Monsieur offre un cadre idyllique aux promeneurs en quête d'espaces verts. Pour certains, la balade estivale n'a pourtant pas fourni la tranquillité escomptée car ils ont été témoins d'une scène aussi loufoque qu'effrayante : un bus étrange a quitté la route pour foncer droit dans la Seine ! Heureusement, ce splash était contrôlé et n'a pas fait de blessé, il s'agissait uniquement du point culminant de la visite assurée par Marcel le Canard.
Créé par la start-up Les Canards de Paris, ce véhicule de 11 mètres est le tout premier bus amphibie de France. Depuis le 5 juillet, il sillonne les routes de la capitale et la Seine en transportant à son bord une trentaine de touristes friands d'originalité. Sur la terre ferme, ils découvrent notamment la Tour Eiffel, les Invalides ou les Champs-Elysées, avant de s'immerger pour passer devant le parc de Saint-Cloud ou la statue de la Liberté.
10 000 pages de réglementations
Ce bus hybride est le fruit de sept ans de développement. Le projet a été porté par Paul Michel et Philippe Mallet, qui se sont rencontrés il y a une dizaine d'années sur les bancs de leur école de commerce. Alors qu'ils cherchaient à monter leur entreprise, le premier s'est rappelé un souvenir d'enfance : une excitation sans borne devant un bus amphibie croisé au cours d'un voyage aux Etats-Unis. « Il m'a donné rendez-vous sur le pont Alexandre III et m'a proposé d'importer le concept », raconte Philippe Mallet.
Très vite, les deux amis ont pris conscience de l'ampleur de la tâche. Etant donné qu'il n'existe pas d'arrêté de loi pour ce type de véhicule, ils ont dû apprendre sur le bout des doigts l'ensemble des réglementations concernant les autocars d'une part, et les bateaux de l'autre. « Cela représente environ 10 000 pages, c'est à peu près une par millimètre de longueur de bus », s'amuse l'entrepreneur, qui précise que le chauffeur a besoin de six permis pour avoir le droit de le conduire. Mais grâce à leur acharnement, les deux camarades ont réussi à obtenir l'autorisation de faire circuler Marcel le Canard, dont le nom est inspiré du boxeur et amant d'Edith Piaf Marcel Cerdan.
Bientôt 100 % électrique
Au niveau de la conception, ils ont pu compter sur l'entreprise Volvo Trucks, qui leur a vendu un châssis fabriqué à Blainville-sur-Orne (Calvados) et leur a fourni de précieux conseils pour l'homologation. Le savoir-faire français se retrouve également au niveau du moteur thermique, construit à Saint-Priest (Rhône) et de l'aménagement intérieur, de l'électricité et de la chaudronnerie, gérés à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines). En revanche, la coque en aluminium provient d'une société basée près de New York faute de spécialiste européen et le moteur électrique (doté d'une puissance de 33 kW), a lui aussi été importé.
L'objectif de Paul Michel et de Philippe Mallet est de rendre leur bus amphibie 100 % électrique à l'horizon 2024 pour les JO de Paris, ce qui serait une première mondiale ! « Pour cela, il faudrait notamment qu'on décroche les autorisations nécessaires pour une mise à l'eau plus proche du centre de la capitale, explique le cofondateur. Cela réduirait la durée du tour et permettrait ainsi d'utiliser des batteries moins lourdes ». En attendant, les émissions de CO2 de Marcel le Canard sont totalement compensées par une opération de plantation d'arbres.




