Déjà double vainqueur de la Route du Rhum, en 2006 et en 2010, le navigateur Roland Jourdain se lance à nouveau dans l'aventure en 2022. Lors de cette course transatlantique, le natif de Quimper (Finistère) espère bien se démarquer de ses concurrents grâce à son tout nouveau catamaran, baptisé We Explore. En construction depuis l'automne 2021 au sein du chantier Outremer, à la Grande-Motte (Hérault), ce bateau comprend un élément pour le moins inhabituel : un pont entièrement fabriqué en fibres de lin. Avec une longueur de 18 mètres et une largeur de 9 mètres, il s'agit de la plus grande pièce jamais réalisée avec ce matériau naturel.
« Cela faisait un moment qu'on recherchait des solutions qui nous permettraient de réduire l'impact carbone de nos bateaux », explique Xavier Desmarest, à la tête du chantier. Une ambition qui les a naturellement poussés à choisir les fibres de lin, qui présentent des caractéristiques mécaniques similaires à celles des fibres de verre, mais sont nettement moins énergivores. Elles favorisent les circuits courts et mettent en valeur le savoir-faire tricolore, car la France trône à la première place du classement mondial des pays producteurs.
Une plateforme expérimentale
Pourtant, jusqu'à présent, seuls des surfs, des paddles et des navires de taille plus modeste avaient tenté d'exploiter le potentiel du lin. Pour accomplir la prouesse que représentait ce changement d'échelle, il a fallu relever de nombreux défis. « Ces fibres sont sensibles à l'humidité, nous avons essayé différentes épaisseurs de tissus et évalué leur niveau de résistance à l'aide de multiples capteurs pour être certains d'obtenir les résultats souhaités, détaille Xavier Desmarest. Un verrou technologique a été levé, c'est passionnant ! ».
Grâce au test grandeur nature qu'effectuera Roland Jourdain à bord du We Explore, les porteurs de ce projet récolteront des données précieuses sur l'évolution du vieillissement des matériaux naturels dans des conditions aussi exigeantes. De quoi prouver, ils l'espèrent, les avantages du lin et inciter l'industrie maritime à s'y intéresser de plus près. Le catamaran de Bilou ne sera le seul à bénéficier d'une innovation écologique prometteuse : celui de Marc Guillemot, par exemple, sera équipé d'une voile solaire développée par la start-up Heole. Rendez-vous le 6 novembre pour savoir lequel des deux parviendra le premier à prendre le large.




