L’Europe spatiale en conclave à Paris pour définir son ambition stratégique

Les ministres européens chargés de l’Espace sont réunis à Paris le 22 et 23 novembre pour définir le budget et les priorités stratégiques de l’Agence spatiale européenne pour la période 2023-2025. L'ESA vise un budget de plus de 18 milliards d'euros sur ces trois prochaines années, soit une hausse de près de 30% par rapport à la période précédente.

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Les lanceurs (Ariane 6, Vega C) figurent parmi les programmes prioritaires de l'Agence spatiale européenne.

Quelle est l’ambition de l’Europe en matière spatiale ? Les priorités stratégiques du Vieux Continent, qui cherche à jouer dans la cour des grandes puissances aux côtés des Etats-Unis et de la Russie, doivent justement être définies lors de la conférence ministérielle qui se tient les 22 et 23 novembre à Paris. Organisé par l’Agence spatiale européenne (ESA), cet évènement réunit tous les trois ans les ministres européens chargés de l’Espace afin de statuer sur les orientations de la politique spatiale européenne et sur son budget. « L’objectif général est d’avoir une stratégie commune pour l’ensemble des pays membres de l’ESA. Nous avons des intérêts communs avec beaucoup d’entre eux, notamment dans le domaine des lanceurs (Ariane 6, Vega) ou sur la contribution de l’ESA aux grands programmes européens… », indique-t-on du côté de Bercy.

Viser un budget en hausse de 30%

Dans l’espace, l’argent est également le nerf de la guerre. Le directeur général l’ESA, Josef Aschbacher, va proposer aux Etats membres de l’agence de porter le budget des trois prochaines années à plus de 18 milliards d’euros, ce qui représente une augmentation de plus de 30% par rapport à la période précédente. Si l'effort est significatif, cela reste toutefois très loin du budget spatial américain, de l’ordre d’une cinquantaine de milliards de dollars par an.

L'objectif principal est de faire en sorte que l’Europe spatiale reste une grande puissance, aux côtés des Etats-Unis et de la Russie. L’Europe a montré qu’elle était capable d’exploits. La capsule Orion, celle qui transportera à terme des astronautes vers la Lune dans le cadre du programme Artemis de la NASA, est propulsée par un module de services de conception européenne, fabriqué par Airbus. Développé par la NASA, le puissant télescope spatial James Webb a quant à lui été lancé en décembre 2021 par une fusée Ariane 5, et de manière optimale. Les fabricants européens de satellites de télécommunications sont également à la pointe dans leur domaine.

Mais l’Europe spatiale compte aussi des faiblesses. Dans le secteur des lanceurs, les retards d’Ariane 6 et l’impossibilité de faire appel à des fusées russes Soyouz (une mesure de représailles après les sanctions prises à l'encontre de Moscou) ont souligné la fragilité de la stratégie d’autonomie d’accès à l’espace de l’Europe. L’ESA a même récemment dû faire appel à SpaceX, le concurrent d’Arianespace, pour lancer certains de ses satellites. Autre faiblesse, l’absence de l’Europe dans le domaine du vol habité. Les Russes, avec leurs fusées Soyouz et les Américains, avec les capsules Crew Dragon de SpaceX, savent transporter des astronautes vers la Station spatiale internationale (ISS). Les Indiens se préparent d'ailleurs eux aussi à faire voler par leurs propres moyens des cosmonautes.

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Un enjeu collectif et des enjeux nationaux

Lors de la conférence ministérielle, les ministres devront définir les programmes à financer en priorité et à quelle hauteur. Parmi les priorités identifiées : les lanceurs (vol inaugural et montée en cadence d’Ariane 6, micros et minilanceurs…) les satellites de télécommunications, la nouvelle constellation de satellites de communication sécurisée Iris2, les améliorations au système de radionavigation Galileo, le vol habité, l’observation de la Terre via la constellation Copernicus, la modernisation du centre spatial guyanais

Certains programmes font plus consensus que d’autres, souligne Philippe Baptiste, président du CNES, en amont de la conférence ministérielle : « Le spatial est un des outils principaux pour comprendre l’évolution du climat. Je pense que lors de la ministérielle, si je dois faire faire une seule prédiction, c’est qu’il va y avoir, autour des questions de l’observation de la Terre et du climat, une mobilisation extrêmement forte de la très grande majorité des Etats ».

Au-delà de l’enjeu collectif, chaque pays joue sa carte pour défendre ses intérêts et celui de ses industriels. La France, l’Allemagne et l’Italie veulent décrocher les premiers rôles au sein de l’ESA. La France peut compter sur un budget spatial national en hausse. Lors du congrès mondial de l’astronautique qui s’est tenu à Paris en septembre dernier, la Première ministre Elisabeth Borne avait annoncé 9 milliards d’euros d’investissements français sur le secteur spatial pour ces trois prochaines années. Ces 9 milliards d’euros comprennent le budget du CNES, les financements de France 2030 consacrés au secteur spatial et à la défense spatiale ainsi que la participation française à l’ESA. « On n’a pas l’intention d’abandonner le leadership sur le secteur spatial. A travers nos programmes et nos acteurs, la France a une position très forte qu’elle compte maintenir », indique-t-on du côté de Bercy.

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