Dans la guerre des télécoms qui oppose les Etats-Unis à la Chine, l’Union européenne a décidé de ne pas choisir son camp. La "boite à outils" commune publiée par la Commission européenne, le 29 janvier 2019, pour maîtriser les risques de sécurité dans la 5G, fait office d’un compromis. Pas d’interdiction de Huawei, ni de ZTE, dont les noms ne sont jamais mentionnés. Elle recommande un ensemble de mesures proportionnées d’atténuation des menaces, fondé sur une analyse objective des risques recensés.
Risques d'ingérence étatique
"Nous n’interdisons personne, souligne Thierry Breton, le nouveau commissaire au marché intérieur en charge du numérique. Nous restons ouverts à tous. Mais nous avons des règles exigeantes que tout le monde devra respecter. Il appartient aux Etats membres de mettre en application les recommandations décidées et approuvées en commun. "
La boîte à outils se veut une réponse à tous les risques, y compris ceux liés à des facteurs non techniques comme l’ingérence d’acteurs étatiques extérieurs directement ou via la chaîne logistique de la 5G. Une allusion indirecte à la Chine et à ses équipementiers télécoms Huawei et ZTE. Elle laisse aux Etats membres la possibilité de restreindre l’implication de fournisseurs à risque, voire les exclure de parties critiques comme le cœur des réseaux, et recommande une diversification des fournisseurs.
Cette prise de position au niveau européen intervient au lendemain d’une décision similaire du Premier ministre britannique, Boris Johnson. "Les citoyens britanniques ont le droit d’accéder à la meilleure technologie", a-t-il justifié. Attendue comme un test de la loyauté du Royaume-Uni vers son grand allié américain, cette décision sonne comme un camouflet pour Trump qui faisait pression sur Londres pour le bannissement total de Huawei. Boris Johnson lui a téléphoné pour lui expliquer sa position. Le Canada, un autre grand allié des Etats-Unis, attendait la décision britannique pour se positionner. Il y a de fortes chances qu’il suive l’exemple du Royaume-Uni.
Pressions américaines
Depuis un an, les Etats-Unis mènent une intense campagne auprès de leurs alliés pour l’interdiction totale des équipementiers télécoms chinois. Ils n’hésitent pas à brandir la menace de représailles (comme l’arrêt d’échange d’informations de renseignement) s’ils n’obtiennent pas satisfaction. A ce jour, seules l’Australie et la Nouvelle Zélande ont répondu positivement aux demandes américaines. Quant au Japon, il s’est contenté de faire semblant d’obtempérer, sachant que le pays pourra, comme d’habitude, compter sur ses propres équipementiers télécoms NEC, Fujitsu et autre Oki. Washington ne s'avoue pas pour autant vaincu et demande à Londres de reconsidérer sa position.
A ce stade, les Etats-Unis semblent en voie de perdre leur croisade obstinée contre Huawei et l’une des manches de leur guerre technologique contre la Chine. De quoi réjouir le géant chinois de la high-tech qui applaudit les décisions de Londres et Bruxelles.



