L’Europe aura un lanceur réutilisable… en 2030 au plus tôt

L’Europe spatiale est toujours perplexe sur la pertinence économique de développer un lanceur réutilisable. Toutefois, elle reste dans la course technologique en développant les briques essentielles tant au niveau du moteur que de l’étage principal.

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ArianeGroup Themis 2020
L'agence spatiale européenne a confié un contrat de 33 millions d'euros à ArianeGroup pour lancer la première phase du développement du démonstrateur Themis d’étage principal réutilisable

Elon Musk peut dormir tranquille, ce n’est pas demain que l’Europe spatiale aura un lanceur réutilisable concurrent de sa fusée Falcon 9. Mais en… 2030 au plus tôt. Si pour SpaceX c’est quasiment devenu une routine de faire revenir ses fusées, l’Agence spatiale européenne (ESA) en est toujours à développer sa technologie de réutilisation des lanceurs. Elle vient d’attribuer à ArianeGroup un contrat d'une valeur de 33 millions d'euros pour la phase initiale du développement du démonstrateur Themis d’étage réutilisable. 

"L’objectif du projet (…) est de démontrer les capacités technologiques de l’Europe en matière de réutilisation afin de donner aux Etats membres de l’ESA dès 2022, les éléments permettant de déterminer quelle sera la gamme de lanceurs la mieux adaptée aux besoins de l’Europe au-delà de 2030", précise le communiqué d’ArianeGroup diffusé par l’industriel le 15 décembre.

Tout dépend des cadences de tirs

Ce calendrier traduit en fait le scepticisme de l’Europe quant à la pertinence économique des fusées réutilisables. En effet, la réutilisation prend tout son sens pour un lanceur si ses cadences de tir sont suffisamment élevées. Or en matière de lancement, l’Europe est un nain spatial devant les Etats-Unis : elle ne dispose pas du programme militaire spatial du Pentagone, encore moins du débouché offert par les missions de transport d’équipage vers la station spatiale internationale.

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Qui plus est, SpaceX déploie sa propre constellation de satellites. Il en faudra des tirs de Falcon 9 pour mettre sur orbite les 40 000 satellites du projet Starlink ! En comparaison, le futur lanceur européen Ariane 6, dont le premier vol a été décalé de plus d’un an en 2022, a été programmé pour être lancé une douzaine de fois par an seulement !  

Un moteur à bas coût réutilisable

Malgré tout, l’Europe spatiale se doit de maîtriser la technologie de fusée réutilisable. Qui sait si demain l’Europe décidait de lancer sa propre constellation de satellites afin de préserver sa souveraineté spatiale, exigeant aussi des tirs à répétition pour Ariane 6 ! L’agence spatiale européenne et ArianeGroup pourraient assez rapidement relever le défi. Les principales briques technologiques sont en cours de développement.

Côté lanceur, le programme Themis doit permettre de maîtriser les technologies de la réutilisation d’un étage principal de fusée. Côté moteur, l’ESA pousse le programme Prometheus, un moteur à bas coût réutilisable dont le premier prototype est en cours d’assemblage chez ArianeGroup. Selon l’industriel, il pourrait même être utilisé dès 2025 sur une possible évolution d’Ariane 6.

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