Comme nous l’écrivions il y a un peu plus d’un an, la ligne de flottaison du verrier Arc restait fragile et l’entreprise se donnait un an pour redresser ses comptes. Un an plus tard, la situation ne s’est pas arrangée, d'autant qu'un accord d’activité partielle de longue durée (APLD) qui allégeait ses frais fixes a pris fin en ce début 2025. Et l’État qui soutient la plus grande verrerie de France depuis 10 ans est de nouveau au chevet de l’entreprise. La société a engagé ce matin une procédure de sauvegarde accélérée lors d’une audience au Tribunal de commerce spécialisé de Lille métropole.
Un accord finalisé
Il faut pour entrer dans cette procédure pouvoir justifier d’un plan susceptible d’assurer la pérennité de l’entreprise, en ayant recueilli un soutien de la part des principales parties affectées. Les discussions étaient engagées depuis un certain temps avec l’État, devenu le principal créancier de l’entreprise. «Cela a été long, a indiqué cet après-midi le ministre de l’Industrie, Marc Ferracci. Pendant des semaines et même des mois, des discussions ont eu lieu entre les services de l’État, les actionnaires, les créanciers. L'aboutissement de tout cela, c’est l’accord signé hier et validé par le tribunal de commerce ce matin qui permet de se projeter dans l’avenir. Il y a de belles histoires dans l’industrie française et Arc en fait partie.» Le concours de l’État était clé, car les banques ont lâché depuis longtemps Arc qui ne se finance plus qu’à des taux très élevés sur des actifs comme ses stocks.
Abandon de dette publique et argent frais
Aujourd’hui, le ministre de l’Industrie Marc Ferracci, qui était sur place pour rencontrer les dirigeants de l’entreprise, les élus du territoire, les salariés et les organisations syndicales a dévoilé les détails du nouveau plan d’aide de l’État. Depuis 2015 et la reprise du verrier par son principal actionnaire actuel, l’Américain Dick Caskin, l’État est déjà intervenu à cinq reprises. Difficile en effet de lâcher, en particulier dans la conjoncture actuelle, une entreprise qui emploie encore 3900 salariés. Concrètement, l’État consent à un abandon de 20% de la dette publique de l’entreprise : un effort de 40 millions d’euros. Par ailleurs, il accorde un nouveau prêt de 30 millions d’euros issu du Fonds de développement économique et social (FDES). Mais il fallait aussi de l’argent frais. «Nous devons absolument assainir notre bilan comptable et renforcer nos capitaux pour nous financer à des taux classiques comme une entreprise normale» pointe Frédéric Specque le délégué CGT de l’usine. Le montant total de l’apport en capitaux est de 42 millions d’euros. Comme à chaque passe difficile, l’actionnaire américain Dick Caskin va remettre au pot pour un montant qui n’est pas communiqué. Depuis son rachat, l’actionnaire principal a remis 200 millions d’euros dans l’entreprise et participe à chaque nouveau round de soutien de l’État.
Nouveaux investisseurs privés
Deux nouveaux investisseurs privés entrent aussi au capital, en injectant chacun 15 millions d’euros. Le premier est Pascal Cagni, président du conseil d’administration de Business France. Cet ancien dirigeant de la tech (NEC, Apple) a créé C4 ventures en 2012. On ne sait pas si c’est à titre personnel ou via son fonds que Pascal Cagni est impliqué. C4 ventures est plutôt spécialisé dans la tech et sur de l’amorçage, mais a pris une participation majoritaire en septembre dernier dans la maison Lelièvre, spécialisée en tissus, revêtements muraux, tapis. Une société sur un secteur traditionnel, mais beaucoup plus petite qu'Arc puisqu’elle n’emploie que 140 salariés dont Pascal Cagni a pris la présidence.
Le second investisseur est Patrick Molis, dirigeant de la compagnie nationale de navigation, un énarque, qui a créé plusieurs entreprises dans la logistique civile et militaire. La Région et la Communauté d’agglomération du pays de Saint-Omer participent «au soutien et au renforcement du bilan de l’entreprise» selon les termes du communiqué de Bercy qui ne précise pas sous quelle forme. Les deux collectivités avaient déjà accordé des prêts au verrier en 2020.
Nouveau défi
Quelles sont les chances de succès de ce nouveau sauvetage ? Aujourd’hui l’usine française d’Arc (qui en possède trois autres : aux États-Unis, en Chine et aux Émirats Arabes unis) tourne au ralenti. Elle a beaucoup souffert, comme son concurrent Duralex repris cet été par ses salariés, de la déconsommation sur son secteur entraîné par le haut niveau d’inflation depuis deux ans. «Le niveau de production est très bas, autour de 150000 tonnes en 2024, alors qu’en sortie de Covid en 2021 nous avions produit sur l’année plutôt 230000 tonnes, détaille le délégué CGT Frédérique Specque. Lorsqu’un four calibré pour une dizaine de machines n’en alimente que trois cela ne marche pas.» Il faudra sans doute dimensionner l’outil aux volumes que l’entreprise peut servir sur son marché européen. Mais aussi revoir l’offre pour mieux la positionner.
Pour l’instant, aucun plan social n’est envisagé, mais avec les départs naturels et en retraite l’entreprise visait déjà de passer de 3900 salariés aujourd’hui à 3700 fin 2025. L’arrivée de deux nouveaux investisseurs, même si leur apport reste modeste au regard de la taille de l’entreprise, peut aussi apporter un œil neuf sur le business. L’outil de production a déjà été en partie modernisé, le site n’attend plus que son marché et de pouvoir financer son activité à des taux acceptables.



