Chronique

[L'aéro-post] Quand Airbus et Safran s’opposent, les sous-traitants trinquent

Les avis d'Airbus et Safran divergent en matière de hausse de cadence de production de l’A320. Une situation délicate pour les entreprises de la filière. L'aéro-post, la chronique d'Olivier James, grand reporter aéro-spatial de L'Usine Nouvelle.

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A321neo Airbus
En matière de cadences de production pour l'A320, les avis divergent entre Airbus et Safran.

Quelle direction faut-il suivre lorsque la boussole indique deux pôles nord magnétiques? C’est la question à laquelle se retrouvent confrontés nombre de fournisseurs du secteur aéronautique, alors que le vent de la reprise semble enfin regonfler les voiles des carnets de commandes. Au cœur de l’été, les dirigeants d’Airbus et de Safran ont fait connaître leurs divergences de points de vue en matière de hausse de cadence de production pour le programme qui tire la croissance de toute la filière: l’A320.

Côté avionneur, le temps presse. Plus on livre d’appareils, plus on étouffe le Boeing 737 MAX en pleine tentative de reconquête commerciale, plus on gagne de parts de marché sur le segment le plus prometteur. D’où un calendrier ambitieux prévoyant de passer de 40 avions par mois, à 64 au deuxième trimestre 2023, voire peut-être à 75 en 2025. Des niveaux jamais atteints dans l’industrie aéronautique, Airbus étant parvenu avant-crise à un niveau d’environ 60 appareils par mois…

Difficile consolidation

Côté motoriste, la musique n’est pas la même. On ne voit aucune nécessité à vouloir gravir si vite de tels sommets. Safran – qui fournit le moteur Leap de l’A320 avec son partenaire General Electric – craint d’abord de devoir investir massivement pour un niveau de production qui ne serait, in fine, que temporaire. En outre, l’industriel ménage son autre client, Boeing. Il fournit aussi le moteur Leap pour le 737 MAX et doit prévoir des capacités. L’irruption massive d’avions flambant neuf n’est pas non plus avantageuse pour Safran, qui tire la majeure partie de sa rentabilité dans la maintenance et les services pour les avions existants.

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Les deux stratégies de ces grands donneurs d’ordre sont légitimes, mais la chaîne de fournisseurs aurait préféré les voir au diapason, fixant un seul et unique cap. Difficile dans un tel contexte d'anticiper des investissements à réaliser pour les prochaines années, à l’heure où les aides vont peu à peu s’évaporer. Pas de quoi améliorer non plus les opérations de rapprochements que le gouvernement, et les donneurs d'ordres eux-mêmes, appellent de leurs vœux.

"Cette divergence de points de vue n’aide pas à engager la consolidation, l’écosystème aéronautique se trouvant dans une espèce de brouillard, regrette un très bon connaisseur de la filière. Une communication mieux alignée faciliterait, pour les fournisseurs, l’évaluation des investissements et de la trésorerie nécessaires… Et du même coup les opérations de consolidation". La filière a plus que jamais besoin que ces deux principaux moteurs fournissent la même poussée.

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