[L’aéro-post] En pleine transition énergétique de l'aéronautique, l’avion supersonique a du plomb dans l’aile

La start-up américaine Boom Supersonic ne trouve aucun motoriste pour équiper son projet d’avion supersonique. Il faut dire qu’à l’heure où le transport aérien cherche à réduire son empreinte environnementale, l’appareil fleure bon l’anachronisme. L'aéro-post, la chronique d'Olivier James, grand reporter aéro-spatial de L'Usine Nouvelle.

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Boom Supersonic Overture
La start-up américaine Boom Supersonic espère lancer les premiers vols commerciaux de son avion supersonique en 2029, mais ne trouve aucun motoriste pour équiper son avion.

Plutôt que de faire boum, le projet pourrait bien faire pschitt. Cet été, la start-up américaine Boom Supersonic affichait encore un bel optimisme. Entre le dévoilement du nouveau design de son projet d’avion supersonique, dénommé Overture, l’annonce de la participation du français Safran pour fournir les trains d’atterrissage et l’accord passé avec American Airlines pour acquérir 20 exemplaires de cet appareil, la jeune société semblait plus conquérante que jamais, prête à lancer le successeur du Concorde. Pas de doute pour Blake Scholl, le patron et fondateur de cette entreprise fondée en 2014: cet engin capable de transporter entre 65 et 80 passagers à Mach 1,7 va remettre le vol supersonique au goût du jour. Reste que cet avion pour passagers pressés et fortunés, censé effectuer ses premiers vols tests en 2026 pour une commercialisation en 2029, n’a pour son moteur aucun fournisseur en vue.

L'avion supersonique, un ogre énergétique

Le motoriste Rolls-Royce l’a fait savoir mi-septembre: après s’être rapproché de Boom Supersonic, l’entreprise britannique a décidé de jeter l’éponge. Du côté des autres motoristes, on ne se bouscule pas aux portillons. Et le site FlightGlobal l’assure dans un article publié vendredi 16 septembre: ni GE Aviation, ni Honeywell, ni Safran Aircraft Engines, ni Pratt&Whitney n’ont l’intention de développer des moteurs pour un avion supersonique. Alors que le transport aérien tente de se mettre à l’heure de la sobriété énergétique, pour limiter ses coûts et son empreinte environnementale, est-ce vraiment une surprise? Après l’abandon du projet Aerion en 2021, soutenu notamment par Boeing, Overture est désormais l’un des derniers en lice avec Spike et Exosonic…

Un avion supersonique – quadrimoteur qui plus est dans le cas d’Overture – est un ogre énergétique anachronique. «C’est le premier avion en mesure d’atteindre la neutralité carbone», n’hésite pas à claironner Blake Scholl, le patron et fondateur de Boom Supersonic. Comment? Par l’usage exclusif de carburant d’aviation durable (SAF, pour sustainable aviation fuel). Sauf que l’Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) le dit elle-même dans un récent rapport: il s’agit là d’une «mauvaise utilisation des rares réserves de SAF». Trop polluant, trop cher, l’avion supersonique n’est visiblement pas en mesure de proposer un modèle économique viable pour le transport civil. Les heures économisées valent-elles vraiment une telle débauche d’énergie et d’argent? Une question cruciale à heure de la nécessaire transition énergétique du transport aérien et de ses différents usages, en particulier les jets d’affaires mais aussi les futurs taxis volants.

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