Critiquer, réguler, taxer, interdire les vols d'avions d'affaires ? En France, le débat fait rage, parfois sans grande nuance. A 300 kilomètres de là, un pays a déjà agi, sans faire autant de bruit. L'Islande envisage d’imposer dès 2030 aux vols intérieurs d’être assurés par des appareils sans carburant d'origine fossile. Une contrainte insurmontable ? Plutôt une opportunité industrielle et sociétale à saisir, juge le gouvernement local. La preuve, le président et le Premier ministre du pays ont été les passagers du premier vol commercial d'un petit avion Pipistrel Velis Electro pour la compagnie régionale Rafmagnsflug, fin août !
D'autres pays nordiques ont opté pour une même politique plus positive et incitative. La Norvège et la Suède comptent interdire les énergies fossiles pour les vols intérieurs entre 2030 et 2040, incitant les compagnies aériennes à se tourner vers l’énergie électrique. Une recette qui a déjà fait ses preuves pour l'électrification de l'automobile : trois quarts des véhicules vendus en Norvège sont électriques, ce qui en fait le champion mondial.
La France peut elle construire un récit positif autour d'un futur désirable vers l'aviation décarbonée, plutôt que de débattre sans fin sur le déclin annoncé de l'aviation classique ? Le pays compte autant, voire plus, d'entreprises que l'Europe du Nord capables de relever ce défi : AuraAero, VoltAero, Avions Mauboussin, Ascendance Flight Technologies, Beyond Aero, Blue Spirit Aero… Bien sûr, ces engins ne peuvent concurrencer les jets d’affaires sur les longues distances. Mais c’est bien en commençant par de petits aéronefs capables d’assurer des vols régionaux que le transport aérien va pouvoir peu à peu s’électrifier, tant les contraintes physiques restent lourdes. Si certains ont été aidés par des régions, les soutiens politiques et financiers restent bien timides, la stratégie écologique pensant leur essor et leur place pour rapprocher les régions, inexistante.
Dommage, car le tissu industriel français, composé également du motoriste Safran très investi en la matière, est en mesure de développer des avions Made in France électriques et hybrides, par ailleurs exportables à l’étranger. Un système vertueux ne pourrait-il pas en outre voir le jour, reposant )par exemple sur une régulation des vols courts, ou une taxation liée à l'usage des voyages d'affaires, qui financerait directement ces projets d'avions décarbonés ? D’un point de vue politique et médiatique, la chasse aux riches est payante. Mais d’un point de vue climatique et sociétal, le soutien à l’aviation électrique serait nettement plus bénéfique.



