« Nous ouvrons l’ère de l’électricité renouvelable non intermittente ! », s’enthousiasme Damien Havard, le PDG d’Hydrogène de France (HDF). Le nom de la PME – rappelant Électricité de France (EDF) – laisse peu de doute sur ses ambitions, alors qu’elle a levé plus de 130 millions d’euros lors de son introduction en Bourse en juin. « Nous sommes les pionniers du secteur hydrogène et électricité, et comptons faire partie des leaders mondiaux de demain », confirme Damien Havard.
HDF développe des projets de centrales électriques d’un nouveau genre : à côté d’un parc éolien ou photovoltaïque et d’un site de stockage sur batteries lithium-ion sont installés un électrolyseur, des réservoirs d’hydrogène gazeux et une pile à combustible (PaC) de forte puissance. « La chaîne hydrogène permet de stocker l’énergie pendant des jours, voire des mois, ce qui serait impensable avec les batteries ! Nous avons toutefois toujours besoin de ces dernières, car elles réagissent en moins d’une seconde pour répondre aux appels de puissance du réseau », explique le PDG. Un modèle particulièrement adapté aux zones isolées, dont l’interconnexion au réseau est difficile.
Un contrat capacitaire pour une centrale photovoltaïque
Le premier site industriel estampillé HDF se déploie en Guyane et sera adossé à une centrale photovoltaïque. Il doit atteindre 16 MW de puissance pour l’électrolyseur et 128 MWh d’énergie stockée pour 55 MWc de puissance photovoltaïque maximale d’ici à 2024. « La centrale électrique de l’Ouest guyanais (Ceog) alimentera l’équivalent de 10 000 foyers. Les quantités en jeu sont énormes », commente Damien Havard, insistant sur la nature du contrat qui les lie à EDF. « C’est la première fois au monde qu’un contrat capacitaire – valant pour les centrales thermiques pilotables – est bâti à partir d’une énergie renouvelable intermittente ! »
L’allemand Siemens Energy construit le site qu’il exploitera les premières années, tandis que le français McPhy fournira ses électrolyseurs alcalins. Quant aux piles à combustible, élément stratégique, elles seront fabriquées par HDF lui-même. « Il n’y avait pas de PaC dimensionnées pour notre marché », indique Sylvain Charrier, le vice-président aux affaires publiques de HDF. Pour les industrialiser rapidement, l’entreprise a bénéficié d’une exclusivité mondiale sur la technologie PEM de Ballard, l’un des leaders des PaC. « Nos piles pèsent 1 500 kg, celles de Ballard destinées aux bus 100 kg. Nous avons décidé de redimensionner uniquement les auxiliaires, tandis que les stacks Ballard – une technologie éprouvée – sont assemblés les uns à côté des autres », précise Sylvain Charrier. Une centaine de modules de 1,5 MW seront produits chaque année à partir de 2023 dans la future usine HDF à Blanquefort (Gironde).
Pilotage à la demande
Produire de l’électricité à partir du soleil, le jour comme la nuit, nécessite, en plus des équipements industriels, la mise au point de programmes de pilotage. « L’électricité issue du parc EnR sera soit injectée dans le réseau, soit stockée dans les batteries, soit convertie en hydrogène. Le fléchage varie en fonction du moment de la journée, des réserves d’électricité et des consignes de fonctionnement du client », décrit Damien Havard.
Revers de la centrale ? À peine 35 % de l’électricité produite par les panneaux est effectivement injectée dans le réseau. « Nous nous dirigeons vers 40 % de rendement, assure Damien Havard. Mais notre priorité, c’est la montée en puissance industrielle des électrolyseurs et de nos piles à combustible. » Une vingtaine d’autres projets sur le modèle de la Ceog sont en cours de développement à la Barbade, en Australie, en Indonésie et au Mexique.



