Faute de candidats, Renault cherche à revaloriser son plan de départs

Renault a proposé un avenant visant à rendre plus attractif son plan de départs volontaires. Le groupe veut supprimer 4 600 postes en France, non sans générer des tensions.

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Renault centre de recherche technocentre Guyancourt
Seuls 300 salariés de Renault en France ont choisi de quitter l'entreprise dans le cadre d’une rupture conventionnelle collective.

Dans le cadre de son plan d’économies, le groupe Renault veut supprimer 4 600 postes en France, dont 2 500 dans l’ingénierie et les fonctions support. Avec les 600 départs naturels enregistrés en 2020, jusqu’à 1 900 salariés volontaires dans ces activités ont la possibilité de partir dans le cadre d’une rupture conventionnelle collective (RCC) jusqu’à la fin du mois de septembre.

Mais pour l’heure, seulement 300 personnes ont choisi de bénéficier du dispositif, selon des sources syndicales. "Dans un contexte de pandémie, sans visibilité sur le retour à la normale, le ralentissement de l'économie ne permet pas au marché du travail de fonctionner normalement. Il est logique qu'il y ait peu de volontaires", considère Mariette Rih, chez FO Renault. A tel point que la direction a proposé mardi 30 mars aux organisations syndicales de signer un avenant visant à rendre plus attractives les conditions de départ.

Une perte d’expertise selon la CGT

Dans le cadre de la RCC, l'avenant propose que les salariés qui partiront dans le cadre de la RCC bénéficient de trois mois d'indemnisation en plus de ce qui était prévu dans l'accord initial, s'ils partent avant le 30 juin, et de deux mois de plus s'ils choisissent de quitter Renault en juillet. Le spectre des salariés éligibles a également été élargi et la durée de la clause de priorité de réembauche doublée, selon une porte-parole du groupe.

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Proposé à la signature jusqu’au mardi 6 avril, ce texte est inégalement accueilli par les organisations syndicales du groupe Renault. FO a indiqué qu’il était prêt à signer cet avenant mais reste vigilant pour la suite : "Nous veillerons à ce que l'esprit de l'accord de novembre soit respecté, et qu'il n'y ait pas de départs contraints", assure Mariette Rih.

Côté CGT à l’inverse, la décision suscite l’indignation. "Renault veut se séparer de ses salariés quoi qu’il en coûte. Ces suppressions de postes sont autant d’expériences qui vont manquer à l’entreprise au moment où l’activité reprendra, d’autant que même les compétences jugées indispensables peuvent être perdues avec cet avenant", déplore son représentant Jean-François Pibouleau.

L’externalisation à Lardy passe mal

Il ne s’agit pas du seul point de crispation. Dans le cadre de son vaste redressement, Renault veut notamment externaliser la maintenance des moyens d’essais. La décision concerne 27 personnes, dont 17 travaillent sur le site de Lardy (Essonne). Tous ces salariés devraient rejoindre la petite société P2M, en vertu de la décision prise par la direction. Une annonce qui a suscité une vive émotion chez les salariés du groupe au Losange. Un rassemblement organisé mardi 30 mars a réuni plusieurs centaines de salariés sur les sites de Lardy et Aubevoye (Eure), et en ligne. Lors de cet événement, le représentant SUD à Lardy, Stéphane Rousseau, a ainsi dénoncé ce qu’il qualifie de "licenciements déguisés". "En 2020, Monsieur Senard promettait là la télévision qu’il n’y aurait aucun licenciement et aucune souffrance sociale dans le plan qu’ils préparaient. On constate que c’est faux", a-t-il insisté devant des salariés réunis à l’entrée du site. A cette occasion, les syndicats SUD et CGT ont appelé à une nouvelle mobilisation le 8 avril prochain devant le siège de Renault à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine).

Inquiétudes dans les usines

"Nous souhaitons entrer dans une négociation pour discuter sur ces bases saines de ce dossier, et ne pas appliquer seulement la loi", avance de son côté Franck Daoût, délégué central à la CFDT. Côté sites de production, Renault avait annoncé début mars, à l’issue d’une revue stratégique, qu’il allait céder les Fonderies de Bretagne situées à Caudan (Morbihan).

Le constructeur va aussi transférer les activités de Choisy-le-Roi (Val-de-Marne) sur le site de Flins (Yvelines), qui doit cesser la production de véhicules finis pour se consacrer au recyclage et aux véhicules d’occasion. Selon le représentant de la CGT, les inquiétudes restent aussi grandes sur le site Alpine de Dieppe (Seine-Maritime), malgré le grand retour de la marque en F1 et le développement de trois nouveaux modèles électriques.

En revanche, "des activités faites jusqu’à présent dans les fonderies espagnoles seront rapatriées au Mans. C’est une nouvelle rassurante pour cette fonderie. Il n’y a pas d’inquiétude à avoir non plus pour celle de Cléon (Seine-Maritime)", met en avant Franck Daoût. Les usines de Maubeuge et Douai (Nord) doivent pour leur part devenir un pôle dédié à l’électrique.

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