Vertueux, les matériaux composites, vantés dans toute l’industrie pour leur légèreté et leur résistance ? Pas si sûr : car arrivés en fin de vie, ils sont bien souvent dégradés, brûlés ou enfuis tant résines et fibres sont intimement liées. Or, les volumes en jeu promettent d’exploser, compte tenu de leur utilisation effrénée dans l’aéronautique, l’éolien ou bien encore le bâtiment. Pour pallier ce handicap, une start-up française s’est retroussé les manches et a concocté un procédé inédit pour leur donner une seconde vie : Fairmat. Et elle le met déjà en pratique au sein d’une nouvelle usine qui a été inaugurée mardi 25 octobre à Bouguenais, à deux pas de Nantes (Loire-Atlantique). Une dynamique renforcée par une levée de fonds réussie de 34 millions d'euros, annoncée lundi 21 novembre.
« Cette levée de fonds va nous permettre de déployer notre technologie robotisée sur notre site industriel de Nantes et de poursuivre notre développement sur de nouveaux marchés à l’international », affirme Benjamin Saada, fondateur de Fairmat, créée en 2020. L’opération a été menée notamment avec la participation de la société suisse de gestion d’actifs Pictet, le fonds Singular, du consortium d’entreprises américains The Friedkin Group International ainsi que d'autres partenaires. « D'autres PDG et fondateurs de start-up technologiques à succès se sont également joints à ce tour de table », tient à souligner la start-up dans son communiqué. La levée de fonds reflète un engouement certain pour ce que propose Fairmat.
A l’heure où les matières en tout genre se font rares et chères, l’initiative tombe à pic. Et si Fairmat, créée en 2020, a pu arriver aussi vite au stade industriel, c’est que la jeune entreprise met à profit un site de 3 500 m² racheté à l’américain Hexcel, l’un des grands fournisseurs de matériaux composites. Montant global de l’investissement du nouveau projet : entre 25 et 27 millions d’euros répartis sur trois ans. Et alors que la start-up compte 80 salariés, l'effectif pourrait à terme atteindre 400 personnes. Une augmentation de la main d’œuvre qui suivra la montée en puissance industrielle : l’usine doit valoriser 1 000 tonnes de composites dès 2022 et entre 3 500 et 5 000 tonnes à terme chaque année.
Un procédé vertueux
« Le recyclage se résume dans bien des cas à la gestion de déchets, mais ce que propose Fairmat relève vraiment d’un recyclage vertueux », relève avec enthousiasme Benjamin Saada. Un jeune dirigeant bien connu dans le paysage industriel français : c’est lui qui a bousculé le segment de la cabine d’avions durant la décennie 2010 avec sa précédente start-up, Expliseat, proposant des sièges en titane ultra légers. Après le monde du métal, l'entrepreneur s’attaque aux composites. Et peut déjà s’enorgueillir d’avoir signé pas moins de 35 contrats, avec des partenaires tels comme Hexcel, Siemens Gamesa ou bien encore Tarmac Aerosave.

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En quoi Fairmat peut-il se prévaloir d’avoir mis au point un procédé vertueux, dédié aux matériaux composites constitués de fibres de carbone ? Nul principe de dépolymérisation par solvolyse à grand renforts de produits chimiques en vue, ni de combustion énergivore par pyrolyse, mais un « simple » recyclage mécanique. Car la simplicité n’est que de façade. « Des bras robots automatisés bardés de caméras et de capteurs séparent les épaisseurs comme on pèle un oignon », résume Benjamin Saada. Un procédé dont l’efficacité ira grandissante, poussée par l’usage de l’intelligence artificielle.
De quoi obtenir, sans poussières et pertes de matière, des briquettes de plusieurs centimètres de long mais de quelques centaines de microns d’épaisseur. Loin de dégrader les composites, comme avec le broyage classique, le procédé permet de maintenir l’intégrité des fibres des composites et près de trois-quarts de leurs performances d’origine. D’où la possibilité d’une valorisation industrielle tous azimuts, une fois les matériaux récupérés associés à une nouvelle résine…
Des projets d'implantations
Le secteur aéronautique, via en particulier Tarmac Aerosave (filiale d’Airbus, Safran et Suez), espère récupérer des volumes pour ses propres besoins, par exemple dans les soutes ou la cabine. « Nous nous orientons vers un monde où les matériaux seront rares, estime Benjamin Saada. Certes la circularité peut avoir du sens, mais si les déchets d’avions peuvent servir à faire des véhicules en consommant moins d’énergie, la mission est aussi remplie. » Les débouchés possibles envisagés concernent aussi bien les secteurs des loisirs, des équipements sportifs, de la mobilité, des biens de consommation, de l’ameublement et que celui du bâtiment.
Alors que Fairmat a procédé à une première levée de fonds de 8,6 millions d’euros en 2021, la start-up n’est pas passée inaperçue. Elle compte au sein de son comité stratégique deux pointures de l’industrie française : Antoine de Saint-Affrique, actuel directeur général de Danone, et Christian Streiff, ex haut-dirigeant passé par Saint-Gobain, EADS et PSA. Fairmat ne manque assurément pas d’ambitions et envisage d'ores et déjà de dupliquer l’usine nantaise. « Nous espérons ouvrir une usine équivalente aux Etats-Unis dans le courant de l’année 2023, puis des installations de moindre ampleur en Allemagne et en Espagne », souligne Benjamin Saada. Avec un marché de plusieurs dizaines de milliers de tonnes de déchets générés chaque année, la start-up est assise sur un tas d’or.



