Face à la sobriété hydrique, douze sites industriels se jettent à l’eau

A l’occasion de la présentation du plan eau, le président de la République et le ministre de la Transition écologique avaient annoncé qu’une liste de 50 sites industriels accompagnés pour réduire leur consommation et leurs prélèvements en eau serait dévoilée avant l’été. Finalement, ils ne sont pour l'instant que douze.

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Site ArcelorMittal de Dunkerque
Le site d'ArcelorMittal à Dunkerque fait partie de la liste des 12 usines publiée pour le plan de sobriété hydrique.

Un premier pas ! La liste tant attendue des 50 sites industriels qui s’engagent avec l’aide de l’Etat à réduire leurs prélèvements et leur consommation d’eau a été partiellement dévoilée. Lundi 21 août 2023, dans l’usine Kem One de Balan (Ain), douze sites ont été annoncés par trois représentants du gouvernement, Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique, Roland Lescure, ministre délégué en charge de l’Industrie et Sarah El Haïry, secrétaire d’Etat chargée de la Biodiversité.

Lors de la présentation du plan eau, le 30 mars dernier par Emmanuel Macron et Christophe Béchu à Savines-le-Lac (Hautes-Alpes), l’objectif d’une réduction de 10% des prélèvements en eau d’ici 2030 avait été exigé et devait concerner tous les secteurs, à l’exception de l’agriculture. Sur les 32,8 milliards de mètres cubes d’eau douce prélevés en France (moyenne 2010-2019), 8% sont destinés à l’industrie et sur les 4,1 milliards de m3 consommés, 4% sont liés à des usages industriels.

Carte 12 sites réduction eauMinistère de la Transition écologique
Carte 12 sites réduction eau Carte 12 sites réduction eau

Les sites les plus consommateurs en eau

« Il y a un plan très ambitieux et chacun doit prendre sa part, rappelait Christophe Béchu à Balan. C’est le premier déplacement que nous consacrons au plan eau pour sa déclinaison industrielle. Dans un contexte de sécheresse et de record de température qui permettent d’insister encore davantage. » Pour le gouvernement, l’eau est indispensable aux processus industriels et il n’est pas question de « laisser partir les usines pour que les produits reviennent par bateau ou par avion ».

Pour le ministre de la Transition écologique, le choix du site industriel de Kem One « n’est pas un hasard. Nous sommes dans un département qui n’a connu au cours des cinq dernières années que quatre mois sans arrêté préfectoral pour limiter les usages de l’eau. On est sur un des 50 sites industriels qui consomment le plus d’eau mais qui a déjà lancé un certain nombre de processus pour réduire sa consommation de 20%. » Une diminution obtenue en établissant un bilan des besoins et en détectant les fuites. Le groupe s’est d'ailleurs engagé à réduire de 20% ses prélèvements en 2023 par rapport à 2019, et de 75% d’ici à 2030.

Les sites retenus par le gouvernement sont les plus grands consommateurs en eau situés dans les zones en tension hydrique, mais aussi ceux qui présenteraient un potentiel important de réduction de la consommation. Aujourd’hui, seuls 12 sites ont été choisis, dont quatre usines ArcelorMittal - Dunkerque (Nord), Florange (Moselle), Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) et Saint-Chély-d’Apcher (Lozère) -, et les sites d’Eurenco à Sorgues (Vaucluse), Isigny à Sainte-Mère (Calvados), Saint-Gobain PAM à Foug (Meuthe-et-Moselle), Seqens à Aramon (Gard), TotalEnergies à Donges (Loire-Atlantique), Ugitech à Ugine (Savoie), Constellium à Neuf-Brisach (Haut-Rhin) et X Fab à Corbeil (Essonne). Mais on ne connaitra la totalité de la liste des 50 sites industriels qu’à la fin du premier semestre 2024, selon les informations recueillies par L’Usine Nouvelle auprès du ministère de la Transition écologique.

Un accompagnement de proximité

Pour accélérer la sobriété dans ce domaine, le gouvernement met en place un dispositif d’accompagnement ciblé, essentiellement sur la partie ingénierie. L’appel à projets Innov Eau de France 2030, doté de 100 millions d’euros pour accompagner les innovations dans ce secteur, doit bénéficier aux entreprises et les Comités stratégiques de filières devront présenter leurs engagements en matière de sobriété en eau d’ici la fin de l’année. Ces 50 sites industriels bénéficieront aussi d’un « accompagnement de proximité » pour réaliser leur plan de réduction de la consommation d’eau avec les Directions régionales de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (DREETS), les Directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) et les Agences de l’eau. Ces plans de sobriété hydrique comporteront quatre éléments majeurs : le diagnostic des prélèvements et consommations, l’exposition à la raréfaction de la ressource, l’impact du coût de l’eau dans l’activité et l’identification des leviers pour réduire les prélèvements.

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