Analyse

Et si convaincre d'abord les 1% les plus riches permettait de gagner la bataille du climat ?

Les chercheurs travaillent, L’Usine Nouvelle déniche leurs trouvailles. Dans la chronique Ecoacadmics de cette semaine, on découvre que si les riches sont les plus «coupables» en matière de climat, ils pourraient paradoxalement être aussi les moteurs du changement.

 

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Tesla Model S Plaid
Les riches client de Tesla n'ont-ils pas changé le regard sur la voiture électrique ?

Oui, les foyers les plus aisés ont contribué pour une très large part à la dépendance aux fossiles et à la menace climatique qui pèse sur tous. Mais ce sont aussi ceux dont le comportement individuel peut avoir un impact le plus significatif, dans un sens positif comme négatif, estime un groupe de chercheurs pluridisciplinaires dans un article publié par Nature. Kristian S. Nielsen, du département de psychologie de Cambridge University et ses quatre co-auteurs, conseillent donc de s’intéresser à motiver ceux qui disposent d’un statut socioéconomique élevé : les 1 % les plus riches de la planète, définis par un revenu annuel de plus de 109 000 dollars.

Car ils ne cumulent pas seulement de l’argent et des émissions de gaz à effet de serre (GES) importantes (15 % des émissions totales contre 7 % pour les 50 % les plus pauvres), ils sont aussi dotés d’un capital social et d’une capacité d’influence et d’action beaucoup plus élevés que le reste de la population.  Ainsi, plutôt que de se polariser sur des campagnes massives pour que chacun règle son chauffage à 19°C par exemple, l’équipe de Cambridge suggère de cibler les plus riches pour jouer sur l’ensemble de leurs contributions à la société. Ils exercent en effet selon les chercheurs un rôle majeur sur au moins cinq dimensions : consommateur, investisseur, rôle model, citoyen et professionnel.

dévaloriser la norme de l'hypermobilité

Analysons leur effet en tant que consommateurs. Leurs émissions se concentrent sur le voyage aérien, l’automobile et le logement. Sur l’aérien, les 1 % sont clés puisqu’ils émettent 50 % des émissions, mais la possibilité qu’ils changent leur comportement de « frequent flyers » est plus forte que ceux qui utilisent l’avion plus rarement par exemple pour retrouver leur famille. Le bénéfice marginal de chaque vol est plus faible pour les plus riches et changer la norme sociale qui valorise « l’hypermobilité » constituerait un important levier de la baisse des émissions de l’aérien. Pour faire évoluer leur comportement,  le principe d’une taxe progressive à chaque nouvel embarquement plutôt qu’une flat tax, facilement absorbable compte-tenu de leur revenu, serait plus efficace.

Leur impact en matière d'automobile serait plus percutant. Ce sont eux qui achètent les véhicules neufs, et ils peuvent créer un marché de l’occasion accessible aux autres.

Sur le logement, Kristian Nielsen, note que le revenu et l'éducation sont négativement corrélés à la réduction de la consommation d'énergie mais positivement aux actions d'efficacité énergétique. Or les études montrent que les améliorations d’efficacité énergétique des logements permettent généralement d'obtenir des réductions d'émissions de GES plus importantes que les réductions de consommation.

Des citoyens influents

Mais la consommation n’est que la partie émergée de l’iceberg, car les 1% ont un pouvoir aussi en tant qu’investisseurs. La pression des actionnaires individuels pourrait accélérer l’investissement climato-compatible. Sur leur capacité de rôle model, l’étude note que les plus aisés et les célébrités sont ceux qui fabriquent des normes culturelles. Il n’est pas si anecdotique que les stars d’Hollywood aient consommé un menu entièrement vegan au dîner des Golden Globes 2020 car cela renforce la désirabilité d’une alimentation sans viande.

Comme citoyens, les 1% sont plus proches des cercles du pouvoir qu’ils peuvent influencer ( et ils ne se sont pas privés de le faire par le passé dans la promotion de l’économie fossile). Enfin, en tant que professionnels, ils sont en partie décisionnaires des choix de leurs organisations.

Au final, la logique des auteurs n’est pas de dire que le changement climatique repose sur les comportements individuels, c’est aussi le rôle des entreprises et des politiques, mais que si les plus riches embrassent individuellement la cause climatique, les retombées peuvent être bien plus importantes que l’évolution du comportement du terrien moyen. Et conduire à un changement systémique. Selon eux, il est donc essentiel d’orienter la recherche académique en psychologie sur les 1% et leur relation au climat. Pour comprendre comment les mobiliser sur l’action climatique.

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Date de réponse 11/05/2026
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