C’était l’une des grandes annonces du plan de soutien à la filière automobile présenté en mai 2020. L’entrée de Renault dans le projet de production de cellules de batteries, Automotive Cells Company (ACC), lancé par PSA – devenu Stellantis – et le chimiste Saft. Mais ce rapprochement, sous la pression de l’Etat, peine depuis à se concrétiser.
A la présentation de la nouvelle feuille de route de Renault le 14 janvier, son directeur général Luca de Meo a confirmé vouloir localiser une production de batteries en France. "Nous sommes déterminés à conserver notre leadership […] en reconvertissant l’une de nos usines pour en faire une des plus grandes de véhicules électriques en Europe", a-t-il ainsi déclaré, en référence au pôle d’excellence qui doit regrouper les usines tricolores de Douai et Maubeuge (Nord).
"Nous essayons de trouver des moyens d’y arriver en France, notamment en créant une usine de batteries avec un de nos principaux fournisseurs", a ajouté Luca de Meo. Quelques jours plus tard, sur BFM Business, Jean-Dominique Senard a confirmé que l’un des partenaires sur ce projet d’usine en France était "un fournisseur de longue date coréen", à savoir LG Chem. Le tout, avant d’évoquer le rôle de Renault au sein de la coentreprise ACC… Au passé.
Les batteries, des composants stratégiques
"J’ai toujours dit que l’on pouvait y être, à condition que nous soyons traités à parité avec les parties prenantes […] Si c’était le cas, nous y serions", a justifié le président du groupe au Losange, en ajoutant souhaiter que la coentreprise PSA-Saft "travaille sur la recherche sur les batteries du futur". Des commentaires qui laissent planer un doute sur l’implication future de Renault dans ce projet français d’Airbus des batteries, même si les discussions restent officiellement en cours.
Pour Bernard Jullien, maître de conférences à l’université de Bordeaux, la difficulté à faire cohabiter les groupes dans ce projet tient à l’importance des batteries, plus qu’aux relations entre les deux constructeurs. "Avoir les mêmes batteries que son concurrent principal est difficilement défendable sur le plan stratégique. Par ailleurs, les équipes de Renault estiment être plutôt en avance sur les batteries, et n’ont probablement pas envie de livrer leurs secrets".
Pionnier dans l’électrique avec une Zoé lancée en 2013, Renault avait envisagé dans un premier temps de produire avec Nissan des batteries à Flins (Yvelines), dans le cadre d’une coentreprise avec le CEA et le Fonds stratégique d’investissement (FSI). Un projet finalement abandonné. Renault travaille aujourd’hui étroitement avec le mastodonte LG Chem. L’usine de Wroclaw (Pologne) de l’entreprise coréenne produit notamment la batterie de la nouvelle Renault Zoé.
Explosion de la demande
Une relation privilégiée que la nouvelle direction du groupe au Losange semble vouloir entretenir, au moment où les besoins en batteries explosent. En 2019, le cabinet AlixPartners prévoyait une explosion de la demande, à un total de 600 gigawattheures d’ici 2025. D’où la mobilisation des constructeurs pour se fournir en cellules de batteries, avec des incertitudes autour de l’internationalisation ou non de telles productions, loin des métiers d’origine de l’automobile.
Volkswagen a décidé d’investir massivement dans cette activité. Le groupe de Wolfsburg a créé une coentreprise avec la très prometteuse jeune pousse suédoise Northvolt, tandis que son site allemand de Salzgitter se met à la production de cellules. Rien qu’en Europe, le constructeur automobile allemand estime que la demande annuelle dépassera les 150 gigawattheures d’ici 2025, avec un niveau semblable en Asie.
Avant sa fusion avec Fiat-Chrysler Automobiles (FCA), l’ancien groupe PSA s’approvisionnait aussi auprès de LG Chem, ainsi que du Chinois CATL. Le projet ACC, lancé avant le mariage avec FCA, doit permettre d’atteindre une capacité de production cumulée de 48 gigawattheures d’ici 2030 grâce aux deux sites de Douvrin (Pas-de-Calais) et Kaiserslautern en Allemagne. Reste à voir comment ces ambitions évolueront au sein de Stellantis, et le rôle de Renault dans cette initiative.



