[Entracte Livres] Le Livre de Daniel, de Chris de Stoop, ou l'adieu violent au monde d'avant

Dans Le Livre de Daniel, le journaliste belge Chris de Stoop revient sur le meurtre de son oncle, Daniel, par des jeunes aux rêves matérialistes. Au-delà du fait divers, l'auteur y voit la confrontation de deux mondes : celui immuable des paysans, lointain, et le nôtre. A l'autarcie des uns répond la soif de consommation des autres. Un récit qui sonde l'âme humaine.  

Réservé aux abonnés
Le livre de Daniel Chris de Stoop Ed Globe
Quand un écrivain s'empare d'un fait divers, il lui donne une autre dimension. La preuve une fois encore avec Le Livre de Daniel.

Et si l'énigme n'était pas celle que l'on croyait ? Et si, en enquêtant sur l'assassinat de son oncle Daniel Maroy, le journaliste et écrivain Chris de Stoop était allé jusqu'à fouiller l'âme humaine dans ses profondeurs ? C'est ce que l'on ressent après avoir lu Le Livre de Daniel, paru aux éditions Globe, car si ce livre se laisse peu aller à une quelconque forme de sentimentalisme, il ne s'adresse pas à notre seule raison. 

Un fait divers 

Mais revenons-en aux faits. Daniel Maroy, un vieux fermier célibataire de 84 ans, n'est pas du genre à chercher les ennuis. C'est une sorte de coeur simple au masculin, un brave homme qui n'a jamais rien demandé à personne. Il a conservé l'exploitation dans laquelle il a grandi avec ses parents et un frère attardé dont il prendra soin jusqu'à la mort. Resté seul avec un chien et quelques vaches qui font sa fierté dans une ferme de dimension réduite pour faire face aux dettes, Daniel mène une vie réglée et isolée. Ses rares déplacements le trainent aux enterrements ou au supermarché du coin, où il se rend sur son tracteur. Jusqu'au jour où on découvre que ce dernier n'est pas assuré et que les gendarmes belges (car tout cela se passe à la frontière franco-belge) lui confisquent. Qu'à cela ne tienne, Daniel effectuera sa sortie du samedi à la nuit tombée - car il n'aime pas croiser ses semblables - à pied. 

Daniel a d'autres manies. Il n'aime pas les banques et se promène avec beaucoup d'argent. Ce qui va attirer l'attention et la convoitise d'une bande de jeunes qui veulent faire un coup rapide pour acheter smartphones, accessoires de mode ou voitures. Le cambriolage va virer à l'horreur. Deux équipes visitent la ferme, battant le vieil homme à mort, s'emparant de ses économies et peut-être de quelques bijoux et reviennent une semaine plus tard mettre le feu, espérant ainsi dissimuler leur crime. 

Le vieux et le nouveau monde

Cette histoire pourrait être réservée aux pages faits divers d'un quotidien local si un véritable écrivain ne s'en était emparé. Le résultat est un grand livre humaniste. D'abord parce qu'il redonne à Daniel toute son humanité, lui que tout le monde surnommait de façon peu amène "le vieux crasseux". Daniel Maroy était le représentant d'un monde rural en voie d'engloutissement, où la vie se répète et les générations se succèdent. Eternellement, pensait-on. Mais l'éternité est une chimère et la marche du monde a condamné ces fermes autrefois fières. 

Enquêtant et assistant au procès, Chris de Stoop s'intéresse aussi aux assassins de son oncle, des jeunes délinquants qui terrorisent un village sans que personne ne s'en inquiète vraiment. A la victime incarnant le monde d'hier, ils apparaissent en écho comme les images d'une jeunesse sans autre horizon que la consommation. Mais comme rien n'est jamais simple dans la vraie vie, ce ne sont pas particulièrement des cancres ou de mauvais élèves. L'un d'entre eux est même le meilleur élément de son lycée professionnel. Cette rencontre forcément violente entre deux mondes - celui d'hier et d'aujourd'hui - est en soi captivante. L'indifférence des villageois qui ne verront pas Daniel pendant une semaine relativise tous les discours sur l'anonymat des villes et les relations forcément riches des campagnes. 

S'il n'était que cela, ce récit serait déjà passionnant. Il reste un dernier chapitre où l'auteur va rencontrer les bourreaux de son oncle. On n'en dira rien, jusqu'à cette dernière phrase dont on ne saura jamais si elle était une ultime manipulation ou le début d'une humanité retrouvée. 

Le Livre de Daniel, Chris de Stoop, Ed Globe 

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
Trouvez des produits et des fournisseurs