[Entracte - Livres] Klara et le Soleil, la douce science-fiction d'un prix Nobel

Dans Klara et le Soleil, le romancier britannique Kazuo Ishiguro, récent récipiendaire du prix Nobel de littérature, imagine la relation entre une amie artificielle et une jeune fille gravement malade. Derrière l'apparence d'un roman d'apprentissage, l'auteur interroge ce qui fait l'humanité et la transmission. La réponse est forcément dans la poésie.  

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Intelligence artificielle (image d'illustration)
Klara et le Soleil imagine la relation entre une amie artificielle et une jeune fille gravement malade (image d'illustration).

Klara et le Soleil est le premier roman de Kazuo Ishiguro depuis qu'il a obtenu le prix Nobel de littérature en 2017. C'est que l'écrivain britannique, né au Japon, est plutôt rare. Il a construit une oeuvre singulière, où chaque ouvrage est différent des précédents, tout en y ressemblant furieusement. Ce dernier fait peut-être figure d'exception, tant cette histoire d'amie artificielle (une AA) évoquera le sublime et émouvant Auprès de moi toujours, paru il y a quelques années. 

Douce science-fiction

Dans un futur relativement indéfini, Klara, la narratrice du roman, apparaît dans un magasin avec d'autres futures AA comme elles, plus ou moins développées techniquement. Elles attendent le jour où une famille viendra les acquérir pour accompagner l'enfant de la maison. D'ici là, elle s'occupe en observant à travers la vitrine le monde des humains - ou ce qui lui ressemble - apprennent et cherchent le soleil indispensable à leur bon fonctionnement.

Pour l'AA Klara, l'enfant sera Josie, une jeune fille malade qui vit seule avec sa mère et a pour seule compagnie le jeune voisin, son père séparé et un groupe d'enfants de son âge qui lui rendent visite de temps en temps. Klara est donc à la fois la meilleure amie et l'assistante de Josie, qu'elle protège autant qu'elle accompagne.

Le monde vu par une IA

Un des intérêts de ce roman réside dans l'univers créé par l'auteur, qui décrit un futur qui ne ressemble pas vraiment à notre monde. L'accès à l'université est devenu réservé à une certaine élite. C'est d'ailleurs un des enjeux du livre. Le voisin de Josie hyper-doué pourra-t-il rejoindre une université prestigieuse, alors qu'il ne fait pas partie des enfants qui ont été présélectionnés?

Parfois, la situation décrite par Klara est un peu floue. En choisissant Klara comme narratrice, Ishiguro nous place dans sa situation de robot, certes super intelligent: il décrypte, décrit et analyse, mais une part du monde lui échappe. On ne peut pas alors oublier un des premiers romans d'Ishiguro, Un artiste au monde flottant, qui retraçait la vie d'un peintre d'estampes. Ce monde flottant, qui semble être une des constantes de l'oeuvre du Nobel japonais.

Flou permanent

C'est dans ce flou permanent que son art se déploie, tout en ambiguïtés, soit le contraire parfait de la grosse artillerie littéraire formatée. Ishiguro semble vouloir estomper toute tension dramatique, proposer un récit d'apparence aussi calme que l'eau d'un lac au petit matin, quand bien même elle est traversée par de violents mouvements souterrains.

Dans ce roman, la maladie potentiellement mortelle de Josie n'est jamais prétexte à des semaines larmoyantes ou dramatiques. C'est dans ce subtil écart entre une apparence douce et des enjeux tragiques que Klara et le Soleil, malgré quelques longueurs, est le plus convaincant. Un ouvrage qui confirme que le prix Nobel de son auteur n'est pas usurpé.

Klara et le Soleil, Kazuo Ishiguro, Ed. Gallimard

Traduit de l'anglais par Anne Rabinovitch

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