En 2022, juste après la pandémie, le PDG de Total a disparu, il a été enlevé. Une vidéo arrive à la PJ. On y distingue un homme enfermé dans une cage vitrée de 3 mètres sur 3 percée d’un trou sur lequel est branché le tuyau d’échappement d’un moteur. Cet homme prostré, costume fripé, c’est le dirigeant de Total, la major du pétrole. Menacé de périr par où il a péché : le dégagement d’une énergie fossile qu’il fournit massivement et qui empoisonne la planète.
Les conditions de sa libération ne sont pas une rançon, mais une caution de 20 milliards d’euros. Si elle est versée, elle sera progressivement restituée, à condition que le groupe s’engage durablement à orienter son action vers des énergies durables. Une exigence difficilement acceptable.
S’ensuit un thriller haletant à la poursuite d’un groupe emmené par Virgil Solal, un ancien policier qui a basculé dans l’action écologique violente. L’équipe de la PJ, constituée d’un commandant et d’une profileuse, pénètre peu à peu dans une machination infernale dont l’action est légitimée par l’urgence de sauver la planète. Car le PDG de Total n’est que la première victime d’une série d’actions.
Avec Olivier Norek, la parole écologique n’est plus portée par la gentille Greta Thunberg. De guerre lasse, la nouvelle génération ne se contente plus de prendre la parole aux Nations unies, mais veut faire plier par la terreur les tenants de l’ancien monde carboné. Les retournements de situation sont nombreux et l’inconfort va gagner tous les personnages de ce polar, qui se lit d’une traite.
Une fiction... prenant appui sur la réalité

L’auteur y mêle adroitement fiction et une foule de faits, et même de citations réelles, comme celle prononcée par Patrick Pouyanné, le PDG de Total dans le monde réel, en 2015 : « Notre scénario à nous ne fait pas 6 degrés. Il ne fait pas 2 degrés non plus parce qu’on ne peut pas être trop pragmatiques. Il doit plutôt faire 3 degrés, voire 3,5 degrés. »
Si le héros du livre, Virgil Solal, a basculé, c’est parce qu’un drame dans son histoire personnelle le hante. Et il réussit, par ses coups d’éclat, à s’attirer la sympathie de foules entières au-delà des frontières de la France. Il est prêt à la prison et à la mort et réclame un procès. Son espoir réside dans sa capacité de conviction et sa foi dans la technologie.
Reste un angle mort : les foules qui le suivent ne sont pas renvoyées à leur mode de vie, les multinationales sont les victimes expiatoires de crimes et délits auxquels chacun participe chaque jour. Et c’est aussi ce miroir qu’il faudrait peut-être tendre pour achever la révolution.
Norek n’est pas le premier auteur à creuser le sillon du terrorisme écologique. En 2007, Jean-Christophe Rufin a publié « Le parfum d’Adam », un thriller sur les défenseurs de la cause animale. Et en 2013, le film « Night moves », de Kelly Reichardt, mettait en scènes trois jeunes écologistes faisant sauter un barrage pour leur cause. Le temps des éco-warriors est annoncé. Le FBI considère d’ailleurs aujourd'hui l'écologie radicale comme la principale menace terroriste après le fondamentalisme islamique.
"Impact", Olivier Norek, éditions Michel Lafon, 348 pages, 19,95 euros



