Parmi nos cinq sens, c’est peut-être celui que nous délaissons le plus : l’odorat. La pandémie de Covid-19 a porté un coup supplémentaire à nos perceptions avec l’un de ses terribles symptômes, l’anosmie. Pour rééduquer notre flair, avec son Dictionnaire amoureux du parfum, Élisabeth de Feydeau nous procure les mots qui servent à décrire les sillages des senteurs.
D'Alep à la cour des tsars
Au fil des entrées, on goûte un mélange de fleurs, de matières, de lieux, de personnalités et de tendances... Alep à la lettre A, libertinage aux L ou encore George Sand pour les S. Comme pour un dictionnaire traditionnel, le lecteur sera sans doute tenté de picorer les détails qui l’intéressent le plus dans ce livre de 896 pages... tout de même !
Des parties assez techniques parleront plus aux profils scientifiques et aux amateurs de patrimoine industriel. Les amateurs de mondanités pourront aussi s’enquérir des habitudes d’Alexandre le Grand ou de Mme de Pompadour, si étranges à notre nez contemporain. « La nuit, elle applique un masque de bifteck cru sur le visage pour blanchir son teint », lit-on au sujet de la maîtresse du roi Louis XV.
Ce qui nous plaît le plus dans ce livre, ce sont ces parcours individuels qui ont façonné des productions emblématiques. Derrière le N°5 de Chanel, on découvre la rencontre entre Gabrielle Chanel et Ernest Beaux, ce créateur réfugié en France après avoir parfumé les derniers tsars. Élisabeth de Feydeau dresse aussi le portrait des visages actuels du secteur : Jacques Cavallier-Belletrud qui a relancé les parfums Louis Vuitton ou encore Mathilde Laurent qui défend le prestige de Cartier. Retenons donc cette citation de Jean Giono, reprise dans ce dictionnaire : « Le parfum, c’est l’odeur plus l’homme. »
Élisabeth de Feydeau, Dictionnaire amoureux du parfum, Plon, 896 pages, 27 euros.



