[Entracte - Livre] "Le planisphère Libski" de Guillaume Sorensen : un voyage pour lecteurs confinés

Dès son premier roman, le belge et néanmoins jeune Guillaume Sorensen marque par son imaginaire et son humour. Son récit mi-absurde mi-philosophique d'un voyage sur les mers du monde amuse d'abord. Le meilleur moyen de faire un voyage en période de confinement. 

Guillaume Sorenen La planisphère Libski
Un roman d'aventures drôle et mélancolique

La vie n'est pas simple quand on a 26 ans, qu'on a terminé de brillantes études de philosophie et qu'il devient nécessaire de trouver sa place dans le monde. Ce n'est pas Théordore-James Libski qui dira le contraire. Ce fils de haut fonctionnaire a sa déprime et un diplôme de philosophie pour affronter la vie. Et ce n'est pas parti sous les meilleures auspices. 

Premier roman 

Du coup, papa va l'inciter fortement à rejoindre une expédition scientifique sur un bateau sillonnant mers et océans, réunissant un aéropage de scientifiques aux profils variés et pas forcément sympathiques. Le proverbe est connu autant qu'il est répété : dans le voyage, la destination importe moins que le chemin. Il en est de même dans la littérature telle que la conçoit Guilllaume Sorensen, un auteur dont c'est le premier roman. L'auteur s'amuse davantage à raconter les péripéties vécues par son personnage qu'il narre avec un humour certain, qu'à édifier les générations futures par un récit d'initiation à la morale définitive. 

Au fil des pages, le fol équipage alterne les missions pour suivre des espèces animales plus ou moins étonnantes et menacées. On passe ainsi de la Belgique - est-ce la présence de la Belgique qui fait qu'on ne peut s'empêcher de penser au bateau de scientifiques dans "L'Etoile mystérieuse" de Tintin - à l'Amazone ou au Japon, à l'Afrique du Sud ou encore aux Etats-Unis. On croise des personnages aussi étonnants qu'un professeur allemand de linguistique aux abords peu sympathiques ou une sympathique - et pour cause - japonaise qui nourrira l'imaginaire du héros. Tout ce petit monde finira bientôt scindé en deux groupes opposant les végans aux carnivores, donnant lieu à quelques scènes d'une grande cocasserie, émaillée de remarques inattendues. "... un ami ce n'est pas comme ça que ça se passe. il faut boire plus, et sur de plus longues périodes". "... j'ai cru que la philosophie suffirait à tout comprendre ; ensuite j'ai bien saisi l'incompréhension, mais je n'ai pas su quoi en faire, ou voulu en faire trop... Le docteur s'était endormi." Précisons : quand on parle d'humour, on pense davantage à celui de Cioran qu'à Christian Clavier. 

Personnages extraordinaires

Entre deux voyages, on suit les pérégrinations du meilleur ami de Théodore-James, le photographe conceptuel Eddy Manhattan, qui prépare une méga exposition à base de clichés de morts. D'ailleurs Guillaume Sorensen croit tellement aux pouvoirs de la littérature qu'elle fait ressusciter les morts. Les fans de musique pop des années 80 seront heureux d'y retrouver Mark Hollis, le chanteur du légendaire groupe Talk Talk vivant du côté des pôles. 

Le roman a les (petits) défauts de ses (grandes) qualités. L'auteur préfère soigner l'absurde d'une situation, créer un effet comique à la logique d'ensemble de son récit. On ne le déconseillera pourtant pas aux esprits rationnels, car outre le voyage sur les mers, ce roman est une invitation à l'errance de l'esprit, à l'amusement avant tout. 

"La vraie marginalité n'est-elle pas dans le combat pour l'ennui, le droit au banal, la lutte sempiternelle de l'ennui face au diktat de la passion et de l'intérêt ? La vraie révolte est la révolution du chiant... " Chiant ce roman ne l'est pas et si par hasard vous persévérez dans la non-lecture, retenez a minima le nom de cet auteur Guillaume Sorensen. Il serait très étonnant que vous n'en entendiez pas bientôt parler. 

Le planisphère Libski Guillaume Sorenson Editions l'Olivier 19 euros

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