[Entracte - BD] R.U.R. Le soulèvement des robots, ou la réinvention réussie d'un classique

Le soulèvement des robots est une pièce de théâtre qui a bientôt 100 ans. L'artiste et bédéaste tchèque Katerina Cupova lui donne un coup de jeune en l'adaptant dans une BD très réussie. 

Réservé aux abonnés
RUR le soulèvement des robots (détail de la couverture)
RUR le soulèvement des robots (détail de la couverture)

Quelle bonne idée que d'adapter ce classique de la science-fiction en bande dessinée (ou roman graphique, chacun choisira) ! R.U.R est une pièce de théâtre de l'écrivain tchèque, Karel Capek. On lui doit - excusez du peu -  l'invention du mot robot, tiré du tchèque robota. On y retrouve plusieurs mythes de l'humanité, du Golem à l'apprenti sorcier, en passant par la créature Frankenstein, autrement dit la crainte éternelle que la créature dépasse son créateur, voire qu'elle se retourne contre lui. Il suffit de lire ce qui s'écrit, par exemple, aujourd'hui, sur l'intelligence artificielle et les peurs qu'elle soulève, pour se convaincre de l'actualité du sujet.  

Mais revenons à la R.U.R. du titre, qui désigne la Rossum's Universal Robots, une usine fondée par un scientifique génial et reprise par son neveu, qui décide de transformer les androïdes en espèce de super-machines faites uniquement pour le travail, rien que le travail. Au début, c'est un succès et les robots se multiplient. Leur inventeur a prévu qu'ils n'auraient ni émotions, ni libre-arbitre. Mais peut-on toujours anticiper ce qu'il adviendra de ses inventions? Et si, comme le titre le révèle déjà, les robots se soulevaient contre leurs créateurs? 

Parti-pris graphiques audacieux

Une des grandes réussites de cet album de plus de 200 pages vient des choix graphiques de Katerina Cupova. Est-ce parce qu'elle est aussi tchèque qu'elle a abordé avec moins d'emphase et de drama que d'habitude ce récit futuriste venu du passé? Toujours est-il que les amateurs de BD de science-fiction pourront être perturbés par le choix de couleurs plutôt douces, loin des palettes sombres saturées de kaki qu'on trouve souvent dans ce genre.

Les couleurs franches et joyeuses, le découpage des planches participent au plaisir de la lecture, tout autant que l'histoire elle-même. A cet égard, loin de faire croire à une recréation, Katerina Cupova assume l'adaptation, découpant son texte en prologue et actes, comme elle parsème son dessin d'éléments et de détails décoratifs évoquant les années du siècle dernier. 

Car le dessin faussement simple évoque forcément une BD d'avant, quasi-contemporaine de la création par l'auteur. Et pourtant, on ne peut qu'être surpris par les échos avec les temps présents de cette histoire de robot. Tout se passe comme si en assumant le côté vintage de l'oeuvre, elle la rendait encore plus intemporelle. Où l'on vérifie que les grandes oeuvres sont toujours de leur époque et des suivantes. 

R.U.R. Le soulèvement des robots, d'après l'oeuvre de Karel Capek (traduction Benoît Meunier). Scénario, dessin et couleur Katerina Cupova, Editions Glénat 

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
Trouvez des produits et des fournisseurs