Dominée par le massif du pic Saint-Loup, la petite commune de Saint-Mathieu-de-Tréviers (Hérault) abrite sous un soleil de plomb le groupe Sofi (ex-Fibrosud) et sa petite usine de 6 000 m2 qui cache un savoir-faire unique en France : le reconditionnement intégral de smartphones.
Des palettes d’appareils en vrac sont réceptionnées : les téléphones entrent alors dans l’antre de Smaaart, un atelier où des opérateurs en blouse blanche vont leur redonner une seconde vie. Un premier tri est effectué pour sélectionner ceux qui peuvent être reconditionnés. Les modèles trop anciens ou trop endommagés partent au recyclage, soit environ un quart d’entre eux.

Cent millions d’appareils dans nos tiroirs
En 2017, Sofi, spécialiste depuis 1986 de la maintenance électronique pour les télécoms – il a fait ses armes dans la remise à neuf des minitels et des téléphones à cadran –, lance sa marque de reconditionnement : Smaaart. Sofi est racheté par le groupe Anovo en 2000, qui sera placé en redressement judiciaire en 2011. Le repreneur, Butler Capital Partners souhaite alors fermer l’usine de Saint-Mathieu-de-Tréviers. "Avec cinq collègues cadres, nous nous sommes dit que nous avions 25 ans d’expérience et que le site était rentable, raconte Jean-Christophe Estoudre, l’actuel président. Nous avons proposé de reprendre l’usine avec nos indemnités. Et nous avons réembauché onze anciens collègues. Après quatre ans, nous avions repris la totalité des salariés qui le souhaitaient. " Soit une cinquantaine de personnes. Aujourd’hui, l’effectif a doublé et l’entreprise réalise 10,5 millions d’euros de chiffre d’affaires. L’objectif de 17 millions d’euros pour cette année ne sera pas atteint en raison de la crise liée au Covid-19, mais "nous approcherons 15 millions d’euros".
Après avoir été rechargés, les téléphones sont répartis entre Android et iOS et placés sur des socles. Une application développée en interne efface toutes les données et émet un certificat. Ensuite, un contrôle de conformité permet de savoir si les appareils ne sont pas blacklistés, "sinon ils sont remis à la Gendarmerie", prévient un opérateur. L’étape suivante consiste à télécharger dans chaque smartphone une application de diagnostic, qui vérifie jusqu’à 40 fonctionnalités. Une véritable carte d’identité qui va suivre le téléphone durant tout le processus.

Aujourd’hui, l’activité de Smaaart représente 70 % du chiffre d’affaires du groupe Sofi. Quelque 50 000 téléphones ont été reconditionnés en 2019 et sans doute plus de 70 000 cette année. "L’activité du reconditionnement se développe. Cent millions de smartphones dorment dans les tiroirs des Français, une vraie manne. Et nous sommes l’un des rares acteurs à maîtriser tout le processus", prévient le président. Pour rester compétitif, Sofi mise sur l’innovation. "Nous travaillons depuis un an sur un projet pour affiner nos processus grâce à l’intelligence artificielle", annonce Jean-Christophe Estoudre.
Les smartphones passent dans une autre salle beaucoup plus vaste avec des techniciens installés devant leur établi, armés de petits tournevis, de brosse à dents, et de toutes sortes d’outils de précision. Après le diagnostic, ils remplacent les pièces défectueuses (écran, caméra, micro…).

Durant l’étape suivante, les experts évaluent les défauts extérieurs et grâce à un algorithme intelligent de notation, définissent un grade esthétique.

Après un nettoyage approfondi et antibactérien, les smartphones régénérés subissent un dernier contrôle qualité avant d’être emballés et de partir en préparation des commandes avec leur carte de garantie, de 12 ou de 24 mois. Ils sont alors prêts pour leur nouvelle vie.

Reportage photos : Pascal Guittet



