Des bains de friture… au réservoir d’un avion ! Air France a réalisé ce grand écart sur le tarmac de l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle (Val-d’Oise). Mardi 18 mai, pour la première fois, la compagnie aérienne a fait décoller un vol long-courrier avitaillé avec du carburant aérien durable produit en France par Total. L’occasion pour les dirigeants des secteurs de l'aérien et de l'énergie de défendre leur transition écologique.
Air France-KLM (Rempli de carburant aérien durable, cet Airbus A350 s'est envolé de France pour le Canada. Crédit : Air France)
Un mélange de kérosène et d’agrocarburant
Le vol AF342 s’est envolé à 15h37 pour rejoindre Montréal (Canada). Avant le départ, un camion électrique a rempli l’Airbus A350 avec du carburant aérien durable (ou SAF pour sustainable aviation fuel). Ici, il s’agit plus précisément d’un mélange de carburants. Les réservoirs de l’avion comptaient 84 % de kérosène pour 16 % d’agrocarburant (ou « biocarburant ») produit à partir d’huiles de cuisson usagées. Le SAF de Total vient plus précisément de la bioraffinerie de La Mède (Bouches-du-Rhône) et de l’usine d’Oudalle (Seine-Maritime), spécialisée dans les fluides spéciaux. À partir de 2024, la plate-forme de Grandpuits (Seine-et-Marne) en produira également.

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« Ce biocarburant, c’est 91 % d’émissions de CO2 en moins par rapport au kérosène », assure Jean-Baptiste Djebbari, le ministre délégué aux transports. Selon les normes actuelles, la proportion d’agrocarburant ne peut pas dépasser 50 %. Au-delà de ce taux, l’incorporation de l’agrocarburant nécessiterait des adaptations techniques sur les avions et les moteurs pour prendre en compte ses caractéristiques chimiques et physiques. Airbus mène toutefois des tests pour pouvoir utiliser du biocarburant à 100 %.
Air-France-KLM (Le camion avitailleur électrique à côté de l'Airbus A350. Crédit : Air France / KLM)
Une filière française se dessine
C’est la première fois qu’Air France utilise du SAF produit en France pour un vol long-courrier. Mais la compagnie aérienne avait déjà testé le carburant aérien durable. En 2009, KLM faisait décoller un Boeing 747 avec environ 12 % d’agrocarburant. Air France a renouvelé l’expérience en 2014 et 2018 : 78 vols ont relié Toulouse (Haute-Garonne) et Nice (Alpes-Maritimes) avec 10 % d’agrocarburant.
Prochaine étape ? Coordonner les efforts français pour diminuer les coûts des carburants durables. Un enjeu d’autant plus important que la crise du Covid-19 a asséché la trésorerie des compagnies aériennes. « Aujourd’hui, les biocarburants coûtent trop cher : quatre fois plus que le kérosène. Tout l’enjeu, c’est d’en produire plus, pour faire baisser leur prix. Nous travaillons pour en faire émerger une filière française », a assuré le ministre délégué aux transports.
Pas d'annonce choc
Symbole de la constitution de cette filière, plusieurs patrons avaient fait le déplacement jusqu'à l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle pour assister à ce vol inédit : le PDG d’Airbus Guillaume Faury, le PDG de Total Patrick Pouyanné, le PDG d’ADP Augustin de Romanet et le directeur général d’Air France-KLM Benjamin Smith. « Ce vol vers Montréal marque l'engagement d'Air France et de ses partenaires Total & Groupe ADP pour créer cette filière cruciale pour l'aéronautique française », a déclaré Anne Rigail, directrice générale d’Air France.
Air-France-KLM (Air France souhaite aussi électrifier ses engins de piste pour réduire ses émissions carbone. Crédit : Air France / KLM)
Malgré ce casting de haut vol, les dirigeants n'ont pas fait d'annonce choc. Air France a répété son but à horizon 2030 : réduire de 50 % ses émissions de CO2 par passager-kilomètre. De son côté, Total a rappelé sa nouvelle vocation multi-énergies avec un objectif de neutralité carbone d'ici à 2050.
Une filière critiquée
L’incorporation d’agrocarburant dans le secteur aérien risque d’être lente. La loi de finances 2021 a fixé un taux d’incorporation obligatoire de 1% à partir de 2022 pour tous les avitaillements faits en France. Et la filière des « biocarburants » n’échappe pas aux critiques, même si Total explique ne pas avoir recours aux huiles vierges d’origine végétale pour produire son carburant aérien durable.
La Fédération européenne pour le transport et l'environnement redoute notamment une aggravation de la déforestation puisque les agrocarburants peuvent employer des huiles végétales. « Les biocarburants issus de récoltes ne permettent pas de réduire de manière significative les émissions de carbone par rapport aux combustibles fossiles, et entraînent même, dans la plupart des cas, des émissions beaucoup plus importantes », reprochait l’organisation dans une lettre adressée à plusieurs commissaires européens en mai. Transport & Environnement fait la promotion d’une autre filière : celle des carburants de synthèse (ou e-fuels) qui pourraient être produits à partir d’énergies renouvelables et de CO2 provenant de l’air ambiant.
La réduction des émissions dans le transport aérien passera aussi par la modernisation des flottes. Le vol du 18 mai a été assuré par un A350 d'Airbus, un avion capable de consommer 25 % de carburant en moins que ses prédécesseurs.



