Chronique

[Drinks stories] Avec l'hydrogène de Bulane, Hennessy compte verdir ses alambics

La maison de cognac Hennessy expérimente des boîtiers permettant de convertir les brûleurs de ses alambics en hybridation gaz et hydrogène. La PME héraultaise Bulane est à la manœuvre.

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Hennessy distillerie
Hennessy compte trois distilleries en propre.

A chacun sa méthode pour décarboner la production de cognac. Si Martell planche sur un process soumis à une évolution du cahier des charges de l’appellation, Hennessy table sur une solution compatible avec les règles historiques, mais aussi avec les équipements existants. «Le cahier des charges de l’appellation indique que la distillation doit être réalisée à flamme nue. L’hydrogène répond à ce point. Nous ne sommes pas obligés de chauffer au gaz, mais il faut une flamme. Dans l’histoire, le bois ou le charbon ont existé», rappelle Félix Pouyanne Lafuste, le directeur technique distillation d’Hennessy.

La maison (1 142 personnes, trois distilleries) avait déjà réduit de 20% les consommations énergétiques dans ses distilleries entre 2000 et 2020, en remplaçant les brûleurs et en optimisant ses méthodes. La distillation représente 21% des émissions de gaz à effet de serre de la filière cognac, dont 83% sont liées à la consommation d'énergie. Les trois distilleries sont, elles, sous contrat biométhane depuis 2020. Pour aller plus loin, Hennessy s’est rapprochée de Bulane, un concepteur et fabricant de systèmes hydrogène (20 personnes, 2,3 millions d’euros de chiffre d’affaires) fondé en 2009 et basé à Fabrègues (Hérault).

Un mix à la demande

Hennessy compte plus de 800 partenaires distillateurs. «Notre technologie est développée pour se connecter directement sur l’alambic, et permettre à l’alambic d’être alimenté de façon partielle, en plus du gaz. Il n’y a pas besoin de changer les installations», précise Nicolas Jerez, le fondateur de Bulane. Pour hybrider un alambic, Bulane a conçu un système d’une taille d’environ un mètre cube. Les boîtiers permettent de fabriquer de l’hydrogène destiné à alimenter, pour l’heure de manière conjointe avec du gaz, les brûleurs des alambics utilisés pour la production des eaux de vie.

Les premières discussions entre Bulane et Hennessy ont démarré début 2020. L’hydrogène est produit par électrolyse. «L’alambic et l’automate viennent «appeler» le mix énergétique gaz et hydrogène souhaité, ce qui ne change pas la façon de travailler. Nous pourrons choisir le mix énergétique qui nous convient, que ce soit en termes de décarbonation ou en termes économiques, face à l’incertitude sur la volatilité des prix du gaz et de l’électricité», explique Félix Pouyanne Lafuste.

Hennessy, qui a comptabilisé 1 490 tonnes de CO2 en 2022 dans le cadre de ses émissions de gaz à effet de serre liées aux consommations d’énergie, utilise de l’électricité dite «verte» depuis 2017 sur l’ensemble de ses sites, lui permettant de disposer d’une source d’hydrogène «vert», les autres sites équipés de la solution de Bulane devant donc être alimentés, lorsqu’ils sont connectés au réseau classique, avec de l’hydrogène «bleu».

De multiples campagnes de tests

Ces considérations environnementales ne sauraient altérer la qualité des alcools produits - près d’un cognac sur deux vendu dans le monde est signé Hennessy. «Le comité de dégustation a validé la qualité des eaux-de-vie à chaque séquence», souligne le directeur technique. Aujourd’hui, la maison estime pouvoir monter entre 20% et 25% en termes de puissance thermique remplacée. En volume de gaz fossile remplacé par l’équivalent hydrogène, la part s’élève à 45%. L’alambic expérimental (12 hectolitres) est situé dans la distillerie de Juillac-le-Coq (Charente) depuis février 2022 (pour la campagne de distillation 2021-2022), puis a fait l’objet de trois phases de tests durant la campagne 2022-2023 - la distillation s’étale de la date des vendanges jusqu’au 31 mars.

Pour la prochaine campagne de distillation (2023-2024), le test sera étendu sur des alambics de 25 hl, le format traditionnel, chez deux partenaires distillateurs, qui fonctionnent respectivement au gaz naturel et au propane. Le déploiement de l’hybridation entre l’hydrogène et le gaz naturel est espéré pour la période 2025-2026. Des changements d’équipements pourraient être nécessaires pour atteindre 100% d’hydrogène, projette Hennessy. Côté coûts, «nous sommes dans une optique de maîtrise, notamment pour nos partenaires distillateurs», indique seulement Félix Pouyanne Lafuste. Bulane rappelle pour sa part que des professions déjà liées à l’énergie peuvent intégrer l’hydrogène dans leurs compétences.

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