Des friches industrielles aux polluants chimiques des océans, la dépollution monte en puissance

Qu’il s’agisse de remédier aux pollutions qui s’accumulent depuis des décennies ou de limiter les conséquences des contaminations accidentelles, la dépollution s’impose, poussée par la réglementation. Des friches industrielles aux océans, en passant par l’air, les innovations foisonnent.

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La deeptech Molluscan a développé une solution pour surveiller la qualité du milieu aquatique en utilisant des bivalves connectés.

L'approche des JO de Paris 2024 donne un coup de projecteur sur la pollution. En premier lieu, celle de la Seine, avec l’annulation en août de l’épreuve de nage test du triathlon pour cause de contamination bactérienne. Selon le dernier bilan du Service public de l’assainissement francilien (Siaap) datant de 2022, de nombreuses masses d’eau de l’agglomération parisienne sont « déclassées » (non conformes) en raison de pollutions chimiques au cuivre, au zinc, à l’arsenic, au benzo(a)pyrène... Autre préoccupation : la qualité de l’air, qui fait fleurir bon nombre de gadgets, tels les aspirateurs à particules fines dans le village des athlètes… 

La capitale n’est bien sûr pas une exception. Ailleurs en France, sols, eaux et airs sont contaminés par des produits issus de l’industrie, du transport, de l’agriculture et des activités domestiques. La pollution fait partie des cinq causes majeures du déclin de la biodiversité, selon le groupe international d’experts sur la biodiversité. Et elle est responsable d’environ 9 millions de morts dans le monde chaque année, soit un décès sur six, d’après une étude publiée en 2022 dans The Lancet Planetary Health. Les décès imputables à la mauvaise qualité de l’air ambiant et à la pollution chimique ont augmenté de 7 % depuis 2015 et de 66 % depuis 2000, soulignent les chercheurs.

Si la réduction à la source de la pollution reste bien sûr une priorité, la question se pose de parvenir à traiter les contaminations anciennes, accidentelles ou encore non suffisamment réduites. Cette dépollution est aujourd’hui surtout mise en œuvre pour les pollutions ponctuelles, dont la provenance géographique est connue et dont l’étendue spatiale est souvent limitée. Exemple phare : les sites et sols pollués par plus de cent ans d’activités industrielles. On en compte plus de 10 000 en France. Hydrocarbures, métaux, solvants... Une fois largués, les polluants se diffusent dans les sols, les eaux souterraines, et peuvent être dispersés par l’air. 

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Les sols ne sont régis par aucune directive-cadre, contrairement à l’eau.

La dépollution de ces sites monte en puissance, sous l’effet de la réglementation, notamment la loi promulguée le 20 juillet 2023 qui fixe l’objectif de « zéro artificialisation nette » à atteindre à l’horizon 2050. Soutenue depuis 2021 par le « fonds friches » (doté de 750 millions d’euros), la réhabilitation des friches industrielles s’accélère et le chiffre d’affaires du secteur a augmenté de 7,4 % en 2021, comptabilise l’Union des professionnels de la dépollution de sites. De nouveaux outils de diagnostic et traitements in situ sont développés, les déchets sont valorisés, et les polluants émergents focalisent les efforts.

Pourtant, dépolluer les sols n’a pas toujours été une évidence réglementaire : ils ne sont régis par aucune directive-cadre, contrairement à l’eau. Seule la méthodologie nationale de gestion des sites et sols pollués existe, depuis 2007. « Nous avons raté l’opportunité d’une loi sur les sols dans les années 1970 puis 2000. Le nouveau projet de loi est une réelle occasion à saisir », témoigne Antonio Bispo, le directeur de l’unité de recherche Info & Sols à l’Inrae. Début juillet, Bruxelles a en effet présenté une proposition de directive sur la surveillance et la résilience des sols.

Les seuils sur la qualité de l'air souvent dépassés

De nombreux acteurs académiques regrettent que les connaissances sur la dépollution de l'air ne soient pas valorisées par les pouvoirs publics.

—  Frédéric Thevenet, professeur à l’IMT Nord Europe

La dépollution paraît cependant bien plus hasardeuse en ce qui concerne les pollutions diffuses. Pour les eaux continentales qui, elles, font déjà l’objet d’une surveillance chimique et écologique grâce à la directive-cadre européenne sur l’eau, « les enjeux ne portent pas sur la dépollution mais sur la réduction à la source des contaminations », estime Azziz Assoumani, ingénieur à l’Ineris. L’amélioration de l’assainissement des eaux usées et l’interdiction de certains pesticides ont ainsi permis de restaurer leur qualité : la part des masses d’eau superficielles en bon état chimique est passée de 43,1 à 62,9 % entre 2009 et 2015, selon l’Office français de la biodiversité. « Les efforts de R & D se concentrent sur l’amélioration des techniques d’échantillonnage pour abaisser la limite de détection ou encore le développement de bio-essais pour évaluer l’activité des perturbateurs endocriniens », ajoute Azziz Assoumani.

Pour l’air, les innovations en matière de dépollution foisonnent, mais la preuve de leur efficacité reste à faire. « C’est un peu le Far West comparé à l’eau et aux sites pollués, où l’activité est plus structurée. De nombreux acteurs académiques regrettent que l’avancée des connaissances ne soit pas valorisée par les pouvoirs publics », déplore Frédéric Thevenet, professeur à l’IMT Nord Europe. Si les émissions de l’ensemble des polluants atmosphériques réglementés ont baissé – sauf pour l’ozone –, la France enregistre encore des dépassements récurrents des seuils réglementaires, d’après le Bilan de la qualité de l’air extérieur publié par le SDES en 2021. « L’UE prépare une nouvelle directive qui abaissera [ces] seuils. Il faut surtout œuvrer à limiter les sources », estime Hélène Devillers, la directrice de l’Observatoire régional de l’air en Hauts-de-France.

La R&D mobilisée pour la pollution des océans

Les mers et océans sont également concernés. Entre 2004 et 2020, la quantité annuelle de produits qui y ont été déversés accidentellement ne montre pas de tendance claire, mais une forte variabilité, d’après le Centre de documentation, de recherche et d’expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux (Cedre). « Les efforts de R & D doivent se concentrer sur la pollution chimique. Peu de moyens de lutte existent », constate Stéphane Le Floch, le responsable du service recherche du Cedre. Une fois entrée en vigueur (elle a pourtant été adoptée dès 1996 !), la Convention internationale SNPD assurera la responsabilité et l’indemnisation des dommages liés au transport par mer de substances nocives et potentiellement dangereuses. Caméra multispectrale, outils d’aide à la décision : de nouvelles technologies sont déjà à l’étude pour y répondre. 

Autre problématique : les plastiques. De 9 à 14 millions de tonnes de déchets plastiques sont déversées chaque année dans les océans, charriés majoritairement par les rivières, selon le Programme pour l’environnement des Nations unies. Leur récupération représente un immense défi. Ce sont les granulés plastiques industriels (GPI) qui mobilisent les acteurs de la dépollution. « Des projets évaluent leur devenir en mer ainsi que les moyens de lutte. À ce jour, ils ne sont pas satisfaisants », pointe le Cedre. Entre 16 000 et 167 000 tonnes de GPI ont été larguées dans l’environnement en 2018 en Europe en raison de pertes opérationnelles.

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