Derrière le contrat franco-australien d’obus, Nexter en première ligne

La France et l’Australie ont signé un accord pour la fabrication conjointe d’obus de 155 mm pour soutenir l’Ukraine. Une production qui est attribuée en France à Nexter et en particulier à son site de la Chapelle-Saint-Ursin (Cher).

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Munitions Nexter
L'annulation de la vente de sous-marins de Naval Group avait mis le feu aux poudres en 2021 entre la France et l'Australie. Le contrat passés entre les deux pays pour produire conjointement des obus de 155 mm reflète un réchauffement diplomatique.

Rien de tel qu’un ennemi commun pour renouer des liens. L’offensive menée par la Russie en Ukraine est en train de contribuer au rapprochement entre la France et l’Australie, dont les relations s’étaient passablement dégradées suite à l’annulation en 2021 du contrat pour l’achat de 12 sous-marins de Naval Group. Les deux pays ont en effet annoncé, lundi 30 janvier, un accord conjoint pour fournir des obus de 155 mm afin de soutenir l’Ukraine. Côté français, ce contrat va directement bénéficier à Nexter : ils sont en effet destinés à servir de munitions en particulier aux fameux canons Caesar, fabriqués également par l’industriel.

«Parfois, dans les médias, on se désintéresse de la question du carburant, des pièces détachées, ou des munitions qui restent pourtant, je le rappelle, la première demande de l’armée ukrainienne au quotidien», a tenu à préciser Sébastien Lecornu, le ministre des Armées, aux côtés de son homologue, Richard Marles.

Pour l’heure, peu de précisions ont été fournies concernant cette production conjointe qui s’élèvera "à plusieurs milliers d’obus" de 155 mm. « La manière dont va se répartir la production entre la France et l’Australie devrait être détaillée dans les prochains jours », assure un porte-parole chez Nexter.

Du Caesar au Rafale en passant par le Tigre

Le principe global devrait reposer sur la fourniture de matières premières côté australien, et de poudres en particulier, et la production à proprement parler des obus pour le camp français. Un site va en particulier bénéficier de ce contrat chez Nexter : celui de la Chapelle-Saint-Ursin (Cher). Une usine de 400 personnes spécialisée dans la production de munitions, qui avait reçu la visite du président de la République, Emmanuel Macron, en octobre 2022. L’usine produit de 500 000 à 1 million de munitions de moyens calibres par an mais également quelque 50 000 munitions de gros calibres, de type 155 mm. Des munitions qui alimentent aussi bien les canons Casear, que les Rafale de Dassault aviation et les hélicoptères Tigre d'Airbus Helicopters.

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Une bonne nouvelle pour l’industriel qui a s’est vu commander l’an dernier 55 exemplaires de son canon Casear, même s’il va sans doute devoir se retrousser les manches pour réduire ses temps de cycle de production. Car ce contrat s’inscrit dans un contexte très particulier pour l’industrie de défense. Depuis plusieurs mois, le président de la République et le ministre des Armées poussent à la mise en œuvre d’une "économie de guerre", visant à produire plus vite. «Comme il n’y a pas eu de conflit majeur depuis longtemps, comme la priorité a longtemps été à la lutte contre le terrorisme, avec un armement somme toute classique, on constate une absence de prise de risque et d’anticipation chez nos industriels», a déploré Sébastien Lecornu dans un entretien accordé à L’Usine Nouvelle.

Entre la France et l'Australie, ça ne sent plus la poudre

En septembre 2022, à l’issue d’une rencontre notamment entre les industriels de la défense et la Direction générale de l'Armement (DGA), le ministre des Armées avait évoqué des exemples concrets d’efforts à réaliser. Lesquels concernaient précisément ces obus de 155 mm et les canons Casear. Les délais de production des premiers devraient passer de 9 à 3 mois et ceux des seconds de 30 à 12 mois. Les obus devront même être livrés au premier trimestre 2023, selon le ministère des Armées. Le contrat australien s’accorde en revanche peu avec le souhait du ministre d’une relocalisation industrielle pour assurer davantage de souveraineté.

«Des équipements aussi clés que les corps de bombe ou la poudre pour les obus de gros calibres nous étaient parfois fournis par des pays hors Union européenne ! Désormais, ce n’est plus acceptable », avait encore affirmé à L’Usine Nouvelle le ministre des Armées. La poudre fait partie des quelques produits critiques qui font l'objet d'une attention particulière en vue d'édifier une filière nationale. Or la poudre des obus de 155 mm produits dans le cadre du nouveau contrat avec la France viendra bien d’Australie. Les retrouvailles entre Paris et Canberra valent bien une petite entorse à ce nouveau mot d’ordre.

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