Derrière la crise du 737 MAX, un problème de culture d'entreprise chez Boeing

Forcé de présenter ses excuses, Boeing est rattrapé par des messages échangés entre certains de ses salariés à propos du 737 MAX. Révélés jeudi 9 janvier, ils tendent à révéler une culture d'entreprise dénigrante à l'égard de la certification des avions.

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Boeing 737 MAX 7 sortie d'usine février 2018
Des salariés de Boeing lors de la sortie d'usine du 737 MAX 7 en février 2018.

Y a-t-il quelque chose de problématique dans la culture d’entreprise de Boeing ? L’avionneur est embarrassé par la révélation d’échanges entre employés qui tournent en dérision la conception du 737 MAX et le travail du régulateur aérien américain. En pleine crise liée à son modèle best-seller, l’entreprise a été contrainte de présenter ses excuses jeudi 9 janvier.

“Cet avion est conçu par des clowns, qui sont eux-mêmes supervisés par des singes”

Ces communications ont été révélées par Boeing aux parlementaires américains dans un document de plusieurs centaines de pages. Le groupe travaille toujours d’arrache-pied pour permettre le retour du 737 MAX dans les airs. Depuis mars 2019, l’avion est cloué au sol à travers le monde après son implication dans deux crashes qui ont provoqué la mort de 346 personnes.

Le contenu de ces messages, datant de 2015 à 2018, a été détaillé dans la presse américaine, dont le New York Times. Plusieurs extraits trahissent des problèmes liés à la conception de l’appareil et à sa certification : “cet avion est conçu par des clowns, qui sont eux-mêmes supervisés par des singes”, “mettriez-vous votre famille dans un simulateur MAX ? Je ne le ferais pas” ou encore “le régulateur n’a que ce qu’il mérite après avoir cherché à s’immiscer dans nos affaires. Il ralentit le progrès”.

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Dénigrement du travail des régulateurs

Les problèmes liés à la certification du 737 MAX sont déjà connus. Depuis mars 2019, de nombreuses informations émergent sur le manque d’indépendance entre Boeing et la puissante Federal Aviation Administration (FAA), soit pour des raisons de budget ou des logiques de réduction des coûts.

Mais ces échanges tendent à révéler une autre facette inquiétante dans le monde de la certification : un certain dénigrement des processus de validation par les salariés de Boeing. Probablement en écho à des échanges entre la FAA et l’avionneur américain, un salarié écrit en 2018 : “Je n’ai toujours pas été pardonné par Dieu pour ce que j’ai dissimulé l’an dernier.”

En 2016, un autre plaisante : “Tu peux ne pas toucher à un [737] NG pendant 30 ans et toujours sauter dans un [737] MAX ? J’ADORE!!”. Une référence à la fameuse question de la formation des pilotes des 737 MAX. Avant les crashes d’octobre 2018 et mars 2019, les pilotes de 737 NG pouvaient simplement suivre un entraînement sur ordinateur pour s’adapter au 737 MAX, à la place d’une formation en simulateur plus coûteuse. Au début de la crise du 737 MAX, plusieurs syndicats de pilotes se sont plaints du manque de formation sur les évolutions du 737 MAX. Finalement, mardi 7 janvier, Boeing a accepté de changer d’avis et de recommander la formation sur simulateur.

Boeing promet des mesures disciplinaires

Ces révélations risquent d’aggraver les tensions entre Boeing et la FAA, alors que l’entreprise peine à retrouver la confiance des passagers, des parlementaires américains et des compagnies aériennes. Ces messages ne simplifieront pas non plus le retour du 737 MAX dont la production a été interrompue en janvier.

“Ces communications contiennent un langage provoquant et, dans certains cas, soulèvent des interrogations sur les interactions entre Boeing et la FAA, reconnaît dans un communiqué l’avionneur américain. “Le langage utilisé dans ces communications, et certains des sentiments qu'elles expriment, ne sont pas conformes aux valeurs de Boeing, et l’entreprise prend les mesures qui s'imposent en conséquence”, ajoute Boeing qui mentionne des mesures disciplinaires.

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