Dassault Aviation et Airbus toujours en situation de blocage sur le programme Scaf d'avion de combat européen

Au-delà du partage des tâches industrielles, Eric Trappier, PDG de Dassault Aviation, évoque un désaccord avec Airbus sur la nature même de leur coopération dans le programme Scaf. Cette initiative pourrait être retardée de plusieurs années.

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Le programme de système de combat aérien du futur doit permettre de remplacer les Rafale français et les Eurofighter allemands et espagnols à l’horizon 2040.

Ça coince toujours ! Après plus d'un an de négociations, Dassault Aviation et Airbus Defence & Space n’ont toujours pas trouvé d’accord sur le partage des tâches concernant leur participation au programme du système de combat aérien du futur (Scaf). « Aujourd’hui, ça bloque sur le Scaf », a reconnu Eric Trappier, PDG de Dassault Aviation. Le dirigeant s'exprimait publiquement à l’occasion du Paris Air Forum, un événement dédié au secteur aérospatial, organisé par La Tribune et qui s’est tenu mardi 7 juin. 

Ce programme financé par l’Allemagne, l’Espagne et la France doit permettre de remplacer les Rafale français et les Eurofighter allemands et espagnols à l’horizon 2040. Principale initiative de l’Europe de la défense, son coût est estimé par les Etats entre 50 et 80 milliards d’euros, avec des milliers d’emplois en jeu.

Divergences sur la nature de la coopération

Le PDG de l’avionneur reconnaît une divergence de fond quant à la conception de la coopération par les deux groupes. «On bute sur la phase 1B [qui vise à définir l’architecture d’un démonstrateur avion suivant les études opérationnelles, ndlr] après avoir bien discuté du partage des tâches. Il y a un désaccord sur la nature même de la coopération », a confirmé le dirigeant.

Les deux avionneurs sont associés dans le lot industriel qui vise à concevoir l’appareil de combat lui-même. Comme représentant industriel de la France, qui a en charge le leadership du programme, Dassault Aviation dispose d’un tiers de la charge industrielle contre deux tiers pour Airbus, représentant les intérêts de l’Allemagne et de l’Espagne. « Malgré cela, je souhaite assumer la responsabilité du contrat. La DGA [Direction générale de l’armement, ndlr] veut un maître d’oeuvre responsable », a rappelé Eric Trappier. C’est uniquement à cette condition que Dassault pourra se porter garant de la sécurité en vol et des performances de l’appareil, tout en respectant le calendrier et le budget imposés.

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Un report du Scaf en 2050? 

Principal motif de discorde entre les deux avionneurs : la réalisation des commandes de vol du futur appareil, que tous les deux revendiquent. « Dans le cadre de l’exercice de notre maîtrise d’œuvre, nous pensons que pour faire un démonstrateur, celui qui définit l’avion est celui qui définit aussi les commandes de vol. C’est Dassault », avait expliqué Eric Trappier en mars dernier à la présentation des résultats de l'entreprise.

L’avionneur a par ailleurs défendu son modèle industriel, sans faire de complexe par rapport au géant industriel qu’est Airbus : « Nous avons une philosophie historique qui est "small is beautiful". Pour avoir l’efficacité, il ne faut pas forcément être gigantesque et grandir, grandir... Il faut simplement maîtriser les technologies, être totalement alerte sur ce qui se passe dans son entreprise et à l’extérieur de son entreprise ». Compte tenu de la longueur des négociations avec Airbus et d'une situation de blocage qui date de plus d’un an, Dassault Aviation considère qu'un retard du programme Scaf est inévitable. « 2040, c’est déjà perdu (…) En 2040, il y aura peut-être un premier standard... On est parti plutôt pour les années 2050 », anticipe-t-il.

Impatience des Etats impliqués dans le programme

Pour sortir de cette situation de blocage, Dassault Aviation n’hésite pas à mettre la pression sur son partenaire comme sur les Etats impliqués. Le groupe a rappelé l’existence d’un plan B. « Ce n’est pas parce que le Scaf ne verra pas le jour de la manière dont il a été bâti - et j’espère qu’il verra le jour de la manière dont il a été bâti - que tout s’arrête. Forcément, il faudra un plan B. Lequel ? Franco-français, ou avec d’autres partenaires... On verra ». Par ailleurs, le fabricant du Rafale a indiqué en mars avoir commencé depuis janvier à réaffecter ses équipes dédiées au Scaf vers d’autres activités. « On ne peut pas laisser les ingénieurs à ne rien faire », avait alors justifié Eric Trappier.

Devant l’incapacité des industriels à trouver un accord, les Etats commencent à s’impatienter. Et en premier lieu la France, qui exerce le leadership étatique du programme, à travers la DGA. « Il faut sortir sur le blocage actuel que nous avons sur le Scaf et le MGCS [le programme de char du futur, ndlr] avec notre partenaire allemand. Nous y travaillons les uns les autres, acteurs étatiques et industriels. J’espère que dans les semaines qui viennent, on pourra le faire. La situation actuelle ne peut pas durer éternellement », a prévenu Joël Barre, à la tête de la DGA, lors du Paris Air Forum. 

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