Dans un marché automobile moribond, Stellantis bat des records de rentabilité

Publiés jeudi 28 juillet, les résultats semestriels du groupe automobile Stellantis font état d'une marge opérationnelle de 14,1% et d'un bénéfice net de 8 milliards d'euros, en progression de 34% sur un an. Un essor fulgurant, essentiellement dû à la hausse des prix de ses véhicules.

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Stellantis (ex-PSA)  site de Tremery (Moselle).
Stellantis a généré 88 milliards d'euros de chiffre d'affaires au premier semestre, soit 17% de plus qu'il y a un an.

La pandémie de Covid-19, la pénurie de semi-conducteurs et la guerre en Ukraine, trois crises pourtant majeures pour le marché automobile européen, n'auront pas réussi à ébranler l'ascension de Stellantis. Dans un communiqué publié jeudi 28 juillet, le groupe aux 14 marques a dévoilé des résultats semestriels qualifiés d' « exceptionnels » par son PDG Carlos Tavares. Malgré une baisse des ventes de 7% à l'échelle mondiale, le leader français affiche une marge opérationnelle à 14,1%, un niveau encore jamais atteint par les constructeurs PSA et Fiat-Chrysler dont il est issu. Son bénéfice net a par ailleurs bondi de 34%, à 8 milliards d'euros et son chiffre d'affaires de 17%, à 88 milliards d'euros. En comparaison, celui de l'allemand Volkswagen, premier constructeur européen, n'a pris que 2% de plus sur la même période.

+50% pour les véhicules électriques

Stellantis explique cette croissance exceptionnelle par des effets de change positifs, des ventes de véhicules plus haut de gamme, mais surtout par la hausse de ses tarifs. « Nous passons l'inflation sur nos clients tant que c'est possible », a expliqué le directeur financier du groupe Richard Palmer lors d'un appel avec les journalistes. Celle-ci aura coûté 4 milliards d'euros supplémentaires au conglomérat au premier semestre, dont 3 milliards rien que pour les matières premières. En conséquence, certains de ses modèles ont ainsi vu leur prix d'achat augmenter de plusieurs milliers d'euros en seulement quelques mois.

Un phénomène qui a permis à Stellantis d'enregistrer une rentabilité « record » en Amérique du Nord, avec une marge opérationnelle courante à 18,1%. « Le Jeep Wrangler 4xe reste le véhicule hybride rechargeable champion des ventes aux Etats-Unis avec 19 000 unités vendues au 1er semestre, soit une hausse de 55 % par rapport à l'exercice précédent », a précisé le groupe, en rappelant que sa part de marché au sein du continent s'établit désormais à 11,3%. Les ventes de voitures électriques de l'entreprise ont quant à elles explosé de 50% avec 136 000 unités écoulées au niveau mondial, via 20 modèles différents. Du côté du luxe, les ventes de Maserati ont légèrement diminué (environ 10 000 exemplaires) mais le chiffre d'affaires a progressé, à près d'un milliard d'euros.

Les syndicats exigent un partage

Confiant face à son carnet de commandes bien rempli, ses perspectives de gains de productivité et l'électrification de sa gamme, Stellantis ambitionne toujours de dépasser les 300 milliards d'euros de chiffre d'affaires d'ici à 2030 (contre 152 milliards en 2021) et promet des marges opérationnelles à deux chiffres tout au long de la décennie. Le groupe a néanmoins revu à la baisse ses prédictions de ventes pour l'année 2022, prudent concernant la disponibilité des semi-conducteurs au deuxième semestre. Il envisage désormais des volumes en baisse de 12% en Europe, de 8% en Amérique du Nord et des ventes stables au Moyen-Orient, en Afrique, en Amérique du Sud et en Chine, où le groupe a annoncé qu'il allait mettre un terme à la production des Jeep sur place, après la fin de la coentreprise avec GAC.

La Bourse semble bien réagir à ces résultats, l'action Stellantis grimpant de près de 3% à 12h. De leur côté, les syndicats du groupe ont demandé à la direction de revoir sa politique salariale pour l'année 2022 afin de maintenir le pouvoir d'achat de ses salariés. « Si la performance économique de Stellantis est exceptionnelle dans le contexte d’une filière automobile en souffrance depuis deux ans, c’est grâce au travail et à l’investissement des salariés qui ont su se mobiliser et se battre pour affronter la violence des chocs [...] Il est donc important de réinvestir dans le capital humain en lui redistribuant une partie plus importante des richesses créées », arguent-ils dans un communiqué, en rappelant que la négociation salariale de début d’année n’avait abouti à aucun accord.

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