La consommation de gaz a baissé de 11,5% en données brutes en 2022 chez les gros industriels directement raccordés au réseau de transport de gaz, a annoncé vendredi 10 février GRTgaz. Une baisse «générale, sur tous les secteurs», a indiqué à L'Usine Nouvelle Thierry Trouvé, directeur général de GRTgaz. Les industries prétrochimique, métallurgique et celle des matériaux non métalliques ont le plus réduit leur consommation, à hauteur de 19%. Seul le secteur du papier carton a enregistré une légère hausse de sa consommation de 1%.
Des importations de gaz russe quasiment à l’arrêt depuis l’été
Une baisse qui s’explique par des prix du gaz qui ont plus que doublé en 2022 (+113%), en raison des tensions d’approvisionnements causées par la guerre en Ukraine et la fermeture progressive des gazoducs russes vers l'Europe, quasiment à l’arrêt depuis l’été.
Pour faire face à cette hausse des prix, certaines industries ont «substitué le gaz par d’autres énergies, parfois plus polluantes», a précisé le DG de GRTgaz, citant notamment l’industrie du verre creux et les cimentiers. D’autres, dans la chimie par exemple, ont préféré «déplacer dans le temps ou l’espace leur production», a précisé Thierry Trouvé. Dernier cas de figure, observé notamment dans le secteur des engrais et de l’acier : celui d’une «mise à l’arrêt provisoire ou définitive de la production en France» pour la déplacer vers des pays où les prix de l’énergie étaient plus favorables.
Autre facteur derrière la réduction de la consommation de gaz : la difficulté de certaines industries à s’approvisionner en matières premières ou en composants, mais aussi une baisse de la consommation des ménages, notamment en pétrole. Particulièrement affectée, l’industrie automobile a réduit sa consommation de gaz de 18%.
Hausse «historique» de la production de gaz pour alimenter les centrales électriques
La consommation de gaz des ménages a également connu une baisse «très significative» de 9,3 % en 2022 par rapport à 2021, en raison des prix élevés, du climat doux et de la sobriété «subie ou choisie», a détaillé Thierry Trouvé. Corrigée des effets du climat, 2022 étant l’année la plus chaude jamais enregistrée par Météo France, la réduction de la consommation des distributions publiques – c’est à dire des ménages, des PME et des services - est de 6,2% sur l’année.
Une baisse à relativiser par la hausse «historique» de la production de gaz pour alimenter les centrales électriques, qui a augmenté de 54,4% à 61 TWh (en données brutes). «C’est historique, ça n’était jamais arrivé» a souligné Thierry Trouvé auprès de L’Usine Nouvelle. En effet, en raison des indisponibilités des centrales nucléaires, «les centrales à gaz ont été sollicitées toute l’année et notamment l’été, ce qui est habituellement moins le cas» a-t-il ajouté.
La France, point d’entrée principal du GNL en Europe
Dans un contexte de baisse drastique des importations de gaz russe en Europe, une reconfiguration des flux sur le réseau de transport français s’est mise en place. Tirant partie de son réseau portuaire, la France est devenue «un point d’entrée majeur du Gaz Naturel Liquéfié (GNL) en Europe», les flux de GLN vers la France ayant plus que doublé en 2022. Une hausse qui s’accompagne d’une inversion des flux de gaz de l’ouest de l’Europe vers l’est, en particulier l’Allemagne.
Grace à cette diversification des approvisionnements en gaz et à des appels aux économies dans l’ensemble des pays de l’Union, les stocks ont pu se maintenir à un niveau très haut pendant tout l’hiver. La consommation de gaz naturel de l'Union européenne a ainsi chuté de 20,1% sur août-novembre par rapport à la moyenne des cinq années précédentes pour cette même période, soit plus que son objectif de 15%, selon Eurostat.



