Daher accentue sa percée aux Etats-Unis et confirme sa nouvelle usine prévue en 2027

Tout à son ambition d’atteindre 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires à brève échéance et de s’étendre à l’international, Daher mise plus que jamais sur les Etats-Unis. Alors que le président américain, Donald Trump, menace d’augmenter les taxes douanières, le groupe français va démarrer la construction de sa nouvelle chaîne d’assemblage d’avions basée en Floride, qui sera opérationnelle dès 2027.

Réservé aux abonnés
Daher Stuart
La future chaîne d'assemblage de Daher sera basée sur son site américain de Stuart (Floride), où l'industriel assemble déjà des éléments d'aerostructures.

Daher compte prendre du poids, et mise en grande partie sur les Etats-Unis pour y parvenir. A l’occasion de la présentation des résultats du groupe, mercredi 5 février, son directeur général, Didier Kayat, a confirmé le projet – dévoilé en 2024 – de nouvelle ligne d’assemblage d’avions dont la construction va bientôt démarrer. Le dirigeant du troisième avionneur français – après Airbus et Dassault – a eu le nez fin : il anticipait dès l’an dernier la mise en place d’éventuelles taxes américaines. Lesquelles, visant notamment le Canada et le Mexique, sont plus menaçantes que jamais pour le secteur aéronautique avec le retour à la Maison-Blanche de Donald Trump.

Cette nouvelle usine, qui sera opérationnelle en 2027, va constituer un élément de compétitivité stratégique pour Daher, au milieu de son plan stratégique dénommé «Take-Off 2027» : les Etats-Unis constituent le plus grand marché mondial pour les petits avions, l’une des spécialités du groupe familial de 163 ans. Le pays représente à lui-seul 80% des ventes d’avions du groupe, ainsi que 32% de son chiffre d’affaires total – qui s’est élevé à 1,8 milliard d’euros en 2024 (+8%) – , contre 20% en 2017. Avec cette nouvelle installation américaine, la part du chiffre d’affaires à l’international, établie aujourd’hui à 55%, promet de s’envoler. Et Daher sera au passage plus à même de parer d’éventuelles taxes douanières imposées à l’Europe, qui pourraient plomber ses ventes…

Une nouvelle usine pour gagner en capacités

Le patron de Daher n’a pas manqué l’occasion de fustiger la possible mise en œuvre de taxes, pour l’heure mise sur pause par le président américain. «Une guerre des tarifs a toujours été catastrophique pour les parties prenantes, a insisté Didier Kayat. Jamais, au cours de l’histoire, une guerre tarifaire n’a apporté autre chose qu’une crise. Revenir dans cette logique de fermer des frontières dans des marchés aussi significatifs que l’Europe et les Etats-Unis, ça n’a pas de sens. Dans une industrie aussi mondialisée que l’industrie aéronautique, mettre en place des tarifs douaniers sur des acteurs hors du territoire américain c’est mortifère pour l’ensemble de la filière. D’ailleurs, l’augmentation des tarifs sera sans doute beaucoup plus impactante pour l’industrie américaine.»

Quoi qu’il en soit, la nouvelle chaîne d’assemblage permettra de tirer les livraisons d’appareils vers le haut. «Nous sommes arrivés en limite de capacités avec nos deux sites existants», précise Didier Kayat. Aujourd’hui, l’entreprise livre des TBM – ses appareils historiques – depuis son site français de Tarbes (Hautes-Pyrénées) et des Kodiak, via une usine américaine basée à Sandpoint (Idaho), issue de l’acquisition de l’américain Quest en 2019. Sans surprise, la ligne supplémentaire verra le jour à Stuart (Floride), où se trouvent le siège américain et une usine de fabrication d’aérostructures du groupe – rachetée à Triumph en 2022 – fournissant Boeing et Gulfstream. Non loin, à Pompano Beach, se trouve aussi un centre de maintenance pour les avions TBM.

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Le seuil des 2 milliards d'euros de chiffre d'affaires à portée d'aile

Alors que chacun de ces sites d’assemblage existants est en mesure de livrer environ une soixantaine d’appareils, Daher a livré l’an dernier un total de 82 avions, en hausse de 11%. A savoir : 56 TBM et 26 Kodiak. «La capacité de la future chaîne d’assemblage sera également d’une soixantaine d’appareils, détaille Nicolas Chabbert, directeur-général de Daher Aircraft. Elle assemblera uniquement des TBM dans un premier temps, puis des TBM et des Kodiak dans une seconde phase.» De quoi permettre à Daher de franchir d’ici peu le seuil de la centaine d’appareils livrés, alors même que l’avionneur a engrangé l’an dernier 100 nouvelles commandes d’avions. Son carnet de commandes représentant aujourd’hui 2,5 ans de production, il faut veiller à ne pas rallonger davantage les délais d’attentes. Aux Etats-Unis, les embauches vont ainsi passer de 250 personnes en 2024 à 350 en 2025.

Avant même l’entrée en service de sa nouvelle chaîne américaine, Daher espère s’approcher du seuil des 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires dès cette année. Un cap qui ne devait être franchi qu’en 2027, tel que le plan stratégique l’avait défini dès 2023. Et qui représente au passage un quasi doublement du chiffre d’affaires depuis 2021, année où le groupe sortait à peine sortie de la crise Covid. Cette augmentation du chiffre d’affaires reste toutefois conditionnée aux commandes des grands donneurs d’ordre, Airbus et Boeing en tête. Car au-delà de son métier d’avionneur, Daher est aussi un équipementier, livrant des sous-ensembles complexes pour les grands programmes aéronautiques. Ses deux autres métiers contribueront aussi à sa prise de poids, les services industriels et la logistique.

2500 embauches en 2025, dont 1600 en France

Toutefois, cette course à la taille, nécessaire pour maximiser les chances de rafler des contrats à l’international, ne constitue pas l’alpha et l’oméga pour Daher. «Notre point de faiblesse en 2024, c’est que nous n’avons pas encore retrouvé la compétitivité industrielle d’avant-Covid» a reconnu Didier Kayat. Ces dernières années, la société a multiplié les acquisitions : celle du laboratoire hollandais KVE Composites en 2019, des Transports Chabrilalc en 2022 et de la société de services AAA en 2023. Sur fond d’inflation généralisée sur les coûts (énergie, matières premières, salaires…), Daher peine à tirer sa rentabilité vers le haut. D’autant que le segment des aérostructures est l’un des moins performants en la matière dans le secteur aéronautique.

Raison pour laquelle, l’an dernier, le patron du groupe avait appelé à ce que les grands clients réagissent, et ce vis-à-vis de tous les équipementiers, dans une interview donnée à L'Usine Nouvelle. «Je l’avais dit en février 2024, les donneurs d’ordre doivent accepter que nous augmentions nos prix, sinon la filière ne s’en sortira pas», a rappelé Didier Kayat. Les négociations ont, à ce sujet, ont été bouclées concernant les activités de Daher dans la logistique et les services. «Mais elles sont encore en cours avec une moitié de nos clients pour ce qui est des activités industrielles, a confié le patron de Daher. J’ai bon espoir qu’elles aboutissent d’ici fin juin, avec notamment la division commerciale d’Airbus, mais aussi Airbus Helicopters et Boeing, pour nous donner de la visibilité sur les futurs investissements à effectuer.»

Ceci dit, l’amélioration de la productivité de Daher réside aussi dans les propres usines du groupe. Suite aux vagues de départs durant le Covid et aux embauches massives qui ont suivi, les rangs de l’entreprise ont été significativement renouvelés : plus de 4000 personnes ont été recrutées entre 2023 et 2024, pour un effectif aujourd’hui de 14000 salariés. Un manque d’expérience qui génère dans les usines accidents et problèmes de qualité. De quoi plomber les performances industrielles du groupe. Raison pour laquelle un vaste plan de formation a été lancé à l’échelle de toute l’entreprise, et ce dans les 15 pays où il est implanté. Une sensibilisation à laquelle n’échapperont pas les nouvelles recrues. En 2025, Daher compte encore embaucher 2500 personnes (dont 1600 en France), autant qu’en 2024.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
28 - 3F CENTRE VAL DE LOIRE
Date de réponse 11/05/2026
Trouvez des produits et des fournisseurs