[COP26] Un accord a minima attendu ce week-end

Le sommet de Glasgow, qui s'achève officiellement ce 12 novembre, va rendre son verdict, mais personne n’attend un accord qui soulève l’enthousiasme comme celui de Paris six ans plus tôt. La COP26 devrait accoucher d’un accord bien insuffisant pour maintenir la hausse des températures à +1 ,5°C.

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Boris Jonhson COP26 NE PAS REUTILISER
Echec en vue pour la COP26 à Glasgow ?

La journée du 12 novembre censée marquer la fin de la COP26 (avec la signature espérée d'un accord) a commencé par une bonne nouvelle : la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili a annoncé que la France rejoignait l'accord mettant fin aux financements à l’étranger de projets d’exploitation d’énergies fossiles d’ici fin 2022. Un ralliement tardif, au yeux des observateurs, pour qui la France, qui se présente un facilitateur des négociations et l’une des nations motrices pour lutter contre le réchauffement climatique (One Planet Summit, Convention citoyenne pour le climat, loi climat & résilience, …), a tardé à passer des discours aux actes.

Les constructeurs automobiles français (mais pas que) se sont également fait remarquer par leur peu d’empressement à signer un engagement à ne lancer que des voitures zéro émission d'ici 2035. «En renonçant à financer les projets d’exploitation des énergies fossiles, on verra quelles seront les conséquences pour Total, commente  le climatologue Jean Jouzel lors d'un entretien depuis Glasgow avec L’Usine Nouvelle. Pour la fin des moteurs thermiques, les Français n’ont pas voulu signer car ils défendent l’hybride. Or j’ai le sentiment qu’il est condamné.»

"Les pays riches se ridiculisent"

Si la première semaine avait commencé avec deux annonces sur la biodiversité et la réduction des émissions de méthane de 30 % d’ici à 2030, il n’y a toujours pas d’accord sur la compensation carbone et sur le financement des pays les plus pauvres, le plus souvent les premières victimes du dérèglement climatique. «Sur le financement, les pays riches se ridiculisent en ne tenant pas leurs engagements, dénonce Jean Jouzel. Ce ne sont pas des sommes exorbitantes par rapport à celles qui ont été dépensées pour la crise de la Covid-19. Maintenant, les pays pauvres demandent de réparations pour les dommages subis et ils ne vont pas abandonner, ce qui est légitime.»

Plus globalement Jean Jouzel analyse cette COP comme «celle des avancées ponctuelles avec des trous dans la raquette sur les ambitions et les financements. On n’y arrive pas vraiment». Mais il note un point positif : «le changement de vocabulaire. A Paris on parlait de +2°C, là on garde la possibilité de ne pas dépasser +1,5°C».

Un changement largement mis en avant par la présidence britannique, mais ces annonces non contraignantes ne permettront pas d’y arriver. Les ambitions actuelles permettront après la COP d’être un peu en dessous des +3°C alors qu'on était légèrement au-dessus avant ce grand raout. Si les engagements d’environ 80 pays vers une neutralité carbone en 2050, et même 2060 pour la Chine et 2070 pour l’Inde sont un pas en avant, l’horizon plus proche ne laisse pas beaucoup d’espoir. Actuellement, la trajectoire tend vers une hausse des émissions de gaz à effet de serre de 15% d’ici à 2030. Dans ce cas, nous serons déjà à 1,5°C en 2029. A partir de cette date, il ne faudrait plus émettre de CO2 et de méthane.

"Un aveu d’impuissance"

Membre de la Convention citoyenne pour le climat, Grégoire Fraty qui a rejoint LREM, fait un constat d’échec mais «je n’en attendais pas grand-chose», confie-t-il. «Même si on n’est jamais à l’abri d’une bonne nouvelle, c’est un aveu d’impuissance qui prédomine. Si la COP21 marquait un grand élan, la COP26 illustre tous les freins». Et même «si l’Europe est sur la bonne trajectoire on peut toujours en faire plus». Il mise aujourd’hui sur les entreprises pour faire bouger les choses. Il s’est d’ailleurs engagé dans la Convention des entreprises pour le climat. 

«C’est ma vingtième COP, c’est un peu lassant, constate Jean Jouzel, un peu désabusé, avant de se reprendre. Je suis fier du rôle joué par les scientifiques. Il y a une reconnaissance très claire du travail du GIEC, dont le rapport sera présent dans le communiqué final.»

Les négociations se poursuivent vendredi 12 novembre au soir et continueront sans doute une partie du week-end. Dans son projet présenté ce 12 novembre au matin, les Britanniques ont exhorté les Etats à renforcer leurs objectifs climatiques pour 2030 afin de s’aligner sur les Accords de Paris, la fin progressive du charbon et des subventions aux énergies fossiles. Jeudi 11 novembre, douze Etats et régions, dont la France, se sont engagés sur la fin du pétrole et du gaz au sein de la coalition Beyond Oil and Gas Alliance. Un premier pas mais qui reste insuffisant. Et ces avancées ne seront tangibles que si le texte devient contraignant. Mais c’est une autre histoire.

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