L’Usine Nouvelle - Comment prenez-vous en compte l’évolution du climat dans votre activité ?
Renaud Blondeau - C’est un sujet de préoccupation. On a forcément en tête les augmentations moyennes de températures. Aujourd’hui, des conditions que l’on pourrait imaginer comme désertiques ou très chaudes sont déjà supportées, sur la planète, par le bois dans les bâtiments. A l’échelle du bâtiment, toutefois, c’est un vrai problème puisque la conception d’un bâtiment doit être pensée pour ne pas créer de surchauffe intérieure. En construction bois, le matériau bois, en tant que matériau de structure, est protégé par une façade, donc pas exposé à l’extérieur. En isolant par l’extérieur, les températures extrêmes sont un moins grand défi, de fait, pour le bois.
Qu’est ce qui peut affecter le bois à terme ?
Le bois est assez peu sensible à la température, il se dilate ou se rétracte peu. Si on essaie de se projeter assez loin dans les évolutions climatiques pour imaginer les futures contraintes, le bois est déjà utilisé dans des zones humides, très froides ou très sèches. C’est plutôt l’humidité qui est un challenge pour le bois. Il faut donc protéger davantage le matériau. Sur certains projets, la structure bois va être plus exposée aux variations de température, mais même dans des environnements très chauds, l’amplitude est faible.
Quels sont les challenges attendus sur la construction bois ?
Jusqu’à il y a peu de temps, le matériau bois a vécu dans sa niche. Si celle-ci double de volume, c’est un challenge pour une filière qui s’est industrialisée depuis une vingtaine d’années. Il faut raisonner davantage en mètres carrés et moins en mètres cubes, c’est-à-dire viser le fait de consommer moins de matériaux pour les mêmes surfaces. Il faut pour cela aller vers une meilleure performance industrielle, et aussi vers des conceptions différentes. Cela passe par aussi par des réponses thermiques, hygrométriques et feu face aux attentes techniques, et exigences de sécurité incendie. Aujourd’hui, on fait du monitoring de structures, c'est-à-dire qu’on positionne des capteurs pour surveiller l’hygrométrie des matériaux dans le temps. Les données collectées permettront une meilleure modélisation des futurs comportements.
De quelle manière la réglementation RE2020 favorise-t-elle ce matériau ?
Le bois est l’un des matériaux dont l’inertie est l'une des plus faibles, c’est-à-dire qu’il chauffe ou se refroidit vite ; cela permet de ventiler et de relâcher l’énergie dès que les températures sont un peu plus faibles. Pour construire un bâtiment vertueux, qui maintient une température interne agréable, il faut une bonne conception, et un matériau à faible inertie. Donc le bois est un bon matériau qui peut permettre à un bâtiment d’être conforme à la RE2020.



