Safran, un fabricant de moteurs d’avions et de fusées… Oui, mais pas seulement. Le groupe veut aussi être perçu comme un équipementier du secteur spatial. A la veille du Congrès international aéronautique, l’IAC, qui fait étape à Paris cette année du 18 au 22 septembre, le groupe aéronautique a affiché ses ambitions dans ce domaine (hors activité lanceurs, au sein d'ArianeGroup), après la création en 2021 d’une direction spatiale. Etablie au sein de sa division Electronics & Defense, cette nouvelle direction représente environ 1 200 personnes, réparties sur neuf sites de production en France et trois filiales internationales (Etats-Unis, en Norvège et en Inde).
Safran Espace détient un savoir-faire de haute technologie reconnu et des références de premier plan. Via sa filiale Reosc, située à Saint-Pierre-du-Perray dans l’Essonne, Safran a fourni des miroirs du télescope spatial James Webb avec une précision de polissage avec une précision au milliardième de mètre. Via sa filiale Data Systems, située à La Teste-de-Buch en Gironde, il fournit des stations sol pour le suivi des satellites de la Nasa. Et l’armée de l’Air et de l’espace fait appel à son service Wetrack pour protéger ses satellites des nouvelles menaces spatiales (débris, approche intentionnelle, brouillage, cyberattaque, interférence, etc.).
Doper le service de surveillance de l'espace WeTrack
La direction spatiale reste toutefois modeste par rapport au reste du groupe. Elle représente environ 2% de l’activité du groupe, soit toute de même environ 300 millions de chiffre d’affaires. Mais le groupe voit un double intérêt à renforcer sa présence en orbite. «L’espace est synonyme pour Safran de souveraineté, ce qui est très important pour le groupe. C’est également un secteur en croissance. Dans 10, 20 ans ou 30 ans, nos activités spatiales seront plus significatives qu’elles ne le sont aujourd’hui en comparaison des activités aéronautiques et de défense du groupe», explique le nouveau patron de la direction spatiale, Jean-Marie Bétermier.
Cette croissance proviendra des nouvelles synergies commerciales promises par le regroupement des activités. Avec l’ensemble des produits et services réunis sous un même catalogue, Safran espère cibler plus efficacement ses grands clients: les fabricants de satellites et de lanceurs (Northrop Gruman, Airbus D&S, Boeing, Thales Alenia Space, OHB, etc.), les agences spatiales (Cnes, Nasa, ESA, Jaxa au Japon, etc.), mais également la pléiade de nouveaux acteurs du newspace (Virgin Orbit, Rocket Lab, Kineis, etc.).

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La croissance visée viendra également de nouveaux investissements. Safran compte par exemple doper son service de surveillance de l’espace WeTrack. Aujourd’hui limité à la surveillance de l’orbite géostationnaire (36 000 kilomètres d’altitude), ce service sera étendu à la surveillance des orbites dites moyennes (entre 5 000 et 20 000 kilomètres d’altitude) et basse (entre 500 et 1 200 kilomètres). « Pour cela, nous visons au moins un triplement de nos antennes au sol», précise Jean-Marie Bertémier.
200 recrutements dans le spatial pour Safran en 2022
Cette croissance peut également venir du succès inattendu de certaines de ses activités, comme celle des moteurs électriques pour les satellites, fournis par la division Aircraft Engines. Cette activité bénéficie d’un afflux de commandes de ses grands clients qui ne veulent plus se fournir auprès de son principal concurrent, leur ancien fournisseur russe Fakel, qui détenait les deux tiers du marché mondial. «Nous pouvons répondre favorablement à la demande de nos clients. Notre principal défi est de livrer en temps et en qualité», explique le dirigeant de Safran.
Cette réorganisation devrait également bénéficier du boom du secteur spatial, nourri par la multiplication des projets de constellations de satellites, le projet de retour sur la Lune avec la mission américaine Artemis et le développement des activités militaires dans l’espace. La direction spatial de Safran vise une croissance de son activité de 8% par an et a prévu de recruter 200 personnes sur l’année 2022.



