En reprenant des activités clés de Thales, Safran se pose en champion de l’aviation électrique

Safran est sur le point d’acquérir l’activité systèmes électriques de Thales, dont le chiffre d’affaires s’élève à 124 millions d’euros. L’opération s’inscrit dans la volonté du groupe de maîtriser l’ensemble de la chaîne propulsive électrique. Un centre d'ingénierie électrique va être inauguré à Créteil le 23 septembre.

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Safran Engineus
Safran compte faire des étincelles dans l'électrification de l'aviation. Alors que le groupe s'apprête à acquérir les activités de systèmes électriques de Thales, il assure la montée en puissance de la production des moteurs ENGINeUS.

Brique après brique, Safran prend de l’envergure dans l’aviation électrique. Et le motoriste et équipementier aéronautique s’apprête à prendre encore un peu plus de poids en la matière : le groupe est entré en négociations exclusives avec Thales pour acquérir son activité de systèmes électriques, ont fait savoir les deux entreprises, lundi 5 septembre, dans un communiqué de presse commun. L’opération, qui devrait être finalisée courant 2023, renforce les ambitions de Safran dans l’électrification des aéronefs, un enjeu clé de la décarbonation du transport aérien.

Que représente l’activité de Thales ? Elle emploie au total 600 personnes et a généré en 2021 un chiffre d’affaires de 124 millions d’euros. Le montant de la prochaine opération n’a quant à lui pas été précisé. En France, l’acquisition concerne Thales Avionics Electrical Systems et Thales Avionics Electrical Motors, des divisions implantées à Chatou (Yvelines), Meru (Oise), et Conflans-Sainte Honorine (Yvelines). L’activité possède aussi une assise à l’international, à Orlando (Etats-Unis) et à Singapour, assurant le support, la maintenance et la production d’équipements électriques.

Safran complète son portefeuille produits dans la conversion électrique

Safran Electrical & Power aura bientôt dans son escarcelle toute une panoplie de produits adaptés en particulier à la défense et aux hélicoptères, qui lui faisaient jusque-là défaut. Dans la génération de puissance électrique, l’activité de Thales possède des sources d’alimentation couvrant une gamme allant de quelques kW à des centaines de kVA (kilovoltampère). Mais Safran lorgne avant tout deux autres sous-segments. A savoir : les solutions de Thales dans la conversion électrique – reliant les différents systèmes d’un avion – permettant de convertir des puissances de plusieurs kW à plusieurs dizaines de kW, ainsi que sa gamme de petits moteurs électriques destinés non pas à la propulsion mais à l’alimentation des actionneurs.

Avec l’acquisition des systèmes électriques de Thales, qui cherche pour sa part à se concentrer sur l’avionique critique, Safran complète son portefeuille dans la propulsion électrique et hybride. Si l’intérêt du groupe pour l’électrification ne date pas d’hier, comme en témoigne notamment son intérêt pour le roulage électrique des avions dès le début des années 2010 (avec Honeywell puis en cavalier seul) et l'acquisition de Goodrich Electrical Power en 2012, la nécessité de réduire l’empreinte carbone de l’aviation le conduit à s’y investir encore davantage.

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Des moteurs électriques qui séduisent les projets d'aéronefs bas carbone

L’acquisition de Zodiac (comprenant nombre d’activités liées aux équipements électriques), effective en 2018, aura servi de catalyseur : l’année suivante, Safran a dévoilé une ambitieuse feuille de route, visant aussi bien l’assistance dans certaines phases de vol pour les avions commerciaux que la propulsion 100% électrique pour les drones et taxis volants. Du drone logistique à l’avion commercial de plus de 100 places, en passant par l’aéronef à atterrissage et décollage vertical ou bien encore la navette de 10 sièges, le groupe y détaillait déjà jusqu’en 2050 la voie à suivre pour électrifier le ciel.

Cette ambition affichée n’est pas restée lettre morte, désormais pilotée par Stéphane Cueille, président depuis un an de Safran Electrical & Power et ex-directeur de l'innovation et de la R&T du groupe. Depuis, Safran a multiplié initiatives et investissements, persuadé que l’électrification sera complémentaire aux carburants aériens durables et à l’hydrogène. C’est le cas en particulier de la production de moteurs électriques, dénommés Engineus (de 50 à 500 kW) : l’industriel équipe les aéronefs des français Aura Aero et VoltAero, et de l’américain Bye Aerospace. D’autres annonces pourraient intervenir dans les prochains mois.

Un nouveau centre d'ingénierie bientôt inauguré

Alors que Safran table sur une centaine de moteurs assemblés cette année, contre une cinquantaine en 2021, la production devrait prochainement être transférée du site historique de Villaroche (Seine-et-Marne), où sont assemblés tous les moteurs du groupe (Leap, M88...) vers une nouvelle usine dont l’emplacement n’a pas été défini. Seule certitude : pour garantir la compétitivité-prix de ces moteurs, bien moins complexes et coûteux que les moteurs thermiques, la future installation sera ultra-automatisée.

Safran, qui croise le fer avec des groupes comme Rolls-Royce et Collins Aerospace (Raytheon), ne se cantonne pas à la production de moteurs. Co-investissement avec Boeing au sein de la société de batteries électriques Electric Power Systems (EPS), participation de premier plan dans le projet de démonstrateur à propulsion hybride EcoPulse aux côtés d’Airbus et de Daher, travaux pour hybrider le futur moteur non caréné CFM Rise lancé en 2021… Pour se muscler encore davantage, le groupe va aussi inaugurer le 23 septembre prochain un centre dédié à l’ingénierie électrique à Créteil (Val-de-Marne).

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