Quel est donc ce mystérieux contrat signé entre Safran et le Commandement de l’espace ?

Le Commandement de l’espace fait appel à Safran pour l’un de ses premiers contrats. L’entreprise française dévoile à L'Usine Nouvelle la technologie derrière cet accord qui porte sur la surveillance de l’orbite terrestre.

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Safran Data Systems WeTrack
Le réseau WeTrack de Safran permet de suivre des satellites à 36 000 kilomètres d’altitude avec une précision de 100 mètres.

Célèbre pour ses moteurs d’avion, Safran intervient aussi dans le secteur spatial. En octobre, le jeune Commandement de l’espace avait annoncé en toute discrétion la signature d’un contrat avec l’entreprise. Grâce à cet accord, l’armée française s’appuie sur une technologie de Safran Data Systems pour surveiller les satellites en orbite terrestre. Les applications de cette technologie récente pourraient toutefois largement dépasser le domaine de la défense.

Détecter les satellites au-delà des orbites basses

“Ce contrat de service offre au Commandement de l’espace de nombreuses données issues de la technologie de détection par radiofréquence depuis le 1er mai 2020”, écrit l’armée de l’Air et de l’Espace dans un court communiqué. Le gouvernement avait annoncé en juillet 2019 la création de cette unité pour préparer la France à la guerre des étoiles.

Les forces françaises s’intéressent à la surveillance de l’espace depuis quelques années. Installé sur le plateau d’Albion (Alpes-de-Haute-Provence) depuis 2005, le radar Graves (pour Grand réseau adapté à la veille spatiale) peut détecter des objets spatiaux évoluant de 400 à 1 000 kilomètres d’altitude. Mais un bon nombre de satellites actifs évoluent largement au-delà de ces orbites basses.

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Le contrat signé avec Safran va permettre de compléter les technologies d’observation par radar et télescope. Le montant n’a pas été dévoilé. Contacté par L’Usine Nouvelle, l’Armée de l’Air et de l’Espace n’a pas souhaité répondre à nos questions. En revanche Safran Data Systems nous a décrit le fonctionnement de sa technologie.

Un centre d’excellence dans le Calvados

La filiale du groupe Safran produit divers outils pour les centres de contrôle et les centres de réception des agences spatiales et des opérateurs de satellites. “Aujourd’hui, nous nous étendons dans le secteur défense avec les enjeux de plus en plus stratégiques vis à vis de la souveraineté nationale. C’est dans ce cadre que nous avons ce premier contrat avec le Commandement de l’Espace”, explique Jean-Marie Bétermier, président de Safran Data Systems, à L’Usine Nouvelle.

Au coeur de ce contrat, il y a le réseau WeTrack détenu et opéré par Safran. “WeTrack permet de faire une localisation à partir de l’écoute des communications radiofréquences des satellites. Nous interceptons les communications de manière totalement passive. À partir de ces signaux réceptionnés sur une base au sol, nous sommes capables de remonter à la position exacte des satellites”, développe Jean-Marie Bétermier.

La production de ce service a débuté en 2016. Il permet de surveiller quasiment en temps réel et de détecter les manoeuvres des satellites qui évoluent sur des orbites géostationnaires, c’est-à-dire à environ 36 000 kilomètres d’altitude. Malgré cette distance, la précision de WeTrack s’élève à 100 mètres.

Sur chaque continent, cinq à dix antennes de réception alimentent en données un centre d’excellence et d’expertise installé à Colombelles (Calvados). “Elles reçoivent les signaux des communications descendantes de manière totalement passive, explique le président de Safran Data Systems. Les capteurs au sol étant synchronisés, ils vont être capables de mesurer des différences de temps de trajet entre un signal émis par le satellite et la transmission au sol. Avec ces différences de temps de trajet, nous sommes capables de calculer un positionnement.”

Des discussions avec les opérateurs de constellation

Le premier contrat avec le Commandement de l’espace devrait durer trois à cinq ans. Mais ces technologies intéressent aussi des acteurs étrangers. “Nous sommes très actifs avec l’US Air Force et le Department of Commerce sur cette problématique de tester, valider et mettre au point les technologies de demain qui permettront d’avoir les bons capteurs pour suivre l’activité spatiale au sens large”, glisse le dirigeant qui évoque aussi des “discussions avancées avec des grands opérateurs de constellations”.

Au-delà du secteur défense, ce type de technologies concerne effectivement tous les acteurs qui travaillent dans l’orbite terrestre. Avec le nombre croissant de satellites, les États s’inquiètent de plus en plus du risque d’embouteillage et de collisions. Plutôt que des solutions réglementaires, les agences spatiales comptent sur des outils technologiques. “Quand on parle de 1 000, 10 000 ou 40 000 satellites comme la constellation projetée par Elon Musk [patron de SpaceX, ndlr], il y a un vrai besoin d’avoir des systèmes automatisés”, plaide Jean-Marie Bétermier.

Le patron de Safran Data Systems voit donc WeTrack comme une solution pour le “space trafic management” (ou gestion du trafic spatial). Les équipes de l’entreprise française travaillent sur leur technologie pour surveiller également les orbites basses dites “LEO”, jusqu’à 2 000 kilomètres d’altitude. “Si elle paraît infinie depuis le sol, la ressource spatiale est quand même assez limitée. Surtout si nous voulons faire cohabiter des constellations avec des applications et des fréquences différentes sans perturbations”, conclut Jean-Marie Bétermier.

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