Comment la beauté tente de se désintoxiquer du plastique

Pour réduire le plastique de leurs emballages, les industriels de la cosmétique misent sur l’éco-conception et la substitution par du papier, du verre et des matières recyclées.

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(Re)set. vise des emballages composés d’au moins 85 % de cellulose.

Le concept attire l’attention des majors de la beauté comme Chanel et L’Oréal. En 2022, la start-up française 900.care est passée de 6 000 à 50 000 clients en ligne, amateurs de ses produits d’hygiène vendus en recharge. Surfant sur les préoccupations environnementales, le pure player propose depuis 2021 une alternative aux produits sous emballage plastique à usage unique. Il fournit un contenant réemployable (avec 50 % de plastique recyclé en moyenne) et des cartouches de gel douche, shampoing ou eau micellaire conditionnées dans du papier et prêtes à l’emploi une fois dissoutes dans de l’eau.

«On économise du plastique et de l’eau et on divise par sept les émissions carbone par rapport à un produit équivalent vendu en grande surface», affirme Aymeric Grange, l’un des deux fondateurs. Selon 900.care, depuis janvier 2022, ses produits fabriqués en France ont évité la vente de 1,4 million de contenants en plastique et le transport de plus de 200 000 litres d’eau.

«C’est l’exemple absolu vers lequel on va probablement aller», indique Emmanuel Guichard, le délégué général de la Fédération des entreprises de la beauté (Febea). Il y a deux ans, les membres de l’organisation professionnelle se sont engagés à revoir leurs consommations de plastique. Contraints en France par la loi Agec, qui réclame d’ici à 2025 une réduction de 20 % des emballages en plastique à usage unique, les acteurs de la cosmétique se sont mis en branle après avoir longtemps traîné.

Flacons allégés

Leur feuille de route "Plastic act" détaille leurs engagements : 15 % de plastique en moins, 20 % d’emballages réemployés (par recharge, vrac ou consigne), entre 10 et 25 % de plastique réincorporé et des emballages entièrement recyclables. À mi-parcours, Emmanuel Guichard se montre confiant : «Sur la réduction de matière, on y arrivera. Tous les derniers lancements ont été réalisés soit après allégement, soit par intégration d’un système de recharge.»

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Le groupe Pierre Fabre, qui a engagé plusieurs chantiers dont celui de baisser de 20 % le poids de ses tubes, commence à recueillir le fruit de ses actions. «En 2022, nous avons réduit de 7 % notre empreinte plastique par rapport à 2019», indique Franck Legendre, le directeur packaging, innovation et développement du groupe pharmaceutique et dermo-cosmétique. «Nos nouveaux flacons sont conçus allégés de 15 à 20 %», assure de son côté Jacques Playe, le directeur emballage et développement produit de L’Oréal, rappelant l’objectif du groupe de réduire de 20 % le poids de l’ensemble de ses emballages à l’horizon 2030.

Parallèlement, avec le système de recharge, les flacons en verre reviennent sur la table. Après l’avoir jugé trop fragile et émetteur de CO2, Pierre Fabre réhabilite ce matériau car son impact carbone est plus faible s’il est réutilisé sur le long terme. Fin 2022, il a substitué le pot en plastique d’une crème de soin par une version rechargeable en verre. «À l’intérieur, le produit est contenu dans une capsule en plastique allégée, économisant 90 % de polymère par rapport à l’emballage initial», explique Emmanuel Guichard à propos de cette solution en plein essor.

La substitution est aussi en bonne voie grâce à la fibre de cellulose [lire l’encadré ci-dessus]. Mais le papier-carton ne réussira pas, à lui seul, à sauver le monde. «Cela ne pourra se faire que par l’activation de plusieurs solutions», estime Jacques Playe.Pour L’Oréal, qui consommait 140 000 tonnes de polymères en 2018, le plastique reste à considérer lorsqu’il est circulaire et livre un bilan environnemental favorable. «En 2030, tous nos emballages en plastique seront réutilisables, rechargeables, recyclables ou compostables», promet le responsable. En 2025, le groupe prévoit que 50 % de ses plastiques seront issus du recyclage, contre 26 % en 2022. Il utilise essentiellement de la matière provenant du recyclage mécanique, mais mise sur les futurs volumes de PET (la résine des bouteilles) et sur les technologies de recyclage chimique et enzymatique provenant de ses partenaires Eastman et Carbios.

10% de matière réincorporée

Si le géant de la beauté et ses concurrents, comme LVMH Beauty, Estée Lauder Companies, Clarins, Procter & Gamble…, peuvent compter sur les nouvelles technologies pour espérer relever leurs objectifs environnementaux, la réincorporation de matières premières de recyclage reste encore un défi pour bon nombre d’entreprises ne disposant pas des mêmes moyens financiers. «Les accès à la matière ne sont pas énormes», admet Emmanuel Guichard, qui prévoit d’atteindre la fourchette basse de l’objectif, environ 10 % de matière réincorporée.

Le recyclage des emballages à usage unique que la France aimerait voir atteindre 100 % en 2025 n’est pas non plus gagné. Nonobstant les efforts d’éco-conception visant à supprimer les résines non recyclables comme l’ABS et à privilégier les monomatériaux, les palettes de maquillage restent un problème majeur. «C’est le sujet le plus difficile, car ces petits déchets composés de verre, de métal et de plastique terminent rarement dans la poubelle jaune», reconnaît le délégué général. Pas de quoi inquiéter les professionnels pour autant. Le règlement européen sur les emballages et déchets d’emballages qui sera dévoilé l’an prochain et s’imposera aux États laisse jusqu’à 2030 pour atteindre l’objectif. 

Les promesses de la cellulose

La fibre de cellulose succédera-t-elle au plastique ? Les membres du consortium Pulp in action y croient, pour une partie du moins. Réunis en 2022 sous la houlette du cabinet (Re)set, spécialiste de la transition environnementale et économique, une quinzaine de majors de la cosmétique (LVMH, L’Oréal, Pierre Fabre, Chanel, Mustela, L’Occitane...) et une quarantaine de sociétés innovantes ont fait cause commune. Leur objectif : codévelopper l’innovation pour substituer rapidement un maximum d’emballages en plastique par des équivalents contenant au moins 85 % de papier-carton. « Collectivement, nous sommes plus forts pour intéresser les innovateurs et créer des ruptures technologiques », assure Franck Legendre, le directeur packaging, innovation et développement du groupe Pierre Fabre. Le collectif vise aussi à accompagner le consommateur dans la transition. Un an après sa création, deux pilotes confidentiels ont vu le jour. « C’est un challenge complexe qui doit, pour réussir, conjuguer différentes technologies, insiste Sophie Lanternier, la responsable des opérations de (Re)set. Il faut trouver le bon substrat et savoir comment le fonctionnaliser. Aux traditionnelles barrières utilisées dans l’emballage alimentaire se greffent celles de l’eau et de la déperlance. C’est un défi. » Tube, échantillon, recharge sont quelques-unes des premières applications recherchées. Il faudra toutefois patienter pour les voir dans les rayons. « Nous créerons des objets quand nous aurons trouvé le moyen de rendre la fibre de cellulose compatible avec nos formules », explique Franck Legendre. 

 

Multidisciplinarité chez L’oréal

À Clichy (Hauts-de-Seine), au Pack Lab de L’Oréal, ingénieurs et designers collaborent pour faire mieux avec moins. « Il y a trois ans, nous avons fait basculer le packaging vers le monde de la science des matériaux et du design », rappelle Jacques Playe, le directeur emballage et développement produit. Auparavant, le département était surtout occupé par des ingénieurs mécaniciens. Son évolution a suivi les besoins grandissants d’allégement des contenants. Parallèlement, le mode opératoire a changé. Fini le travail en séquences selon les métiers, toutes les compétences sont désormais réunies dès l’amont des projets. « L’innovation vient de la friction entre les disciplines », assure Jacques Playe, dont l’objectif est de combiner « performance, désirabilité et durabilité ».

 

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