Le Plan eau l'a rappelé : tous les secteurs sont concernés par la sobriété. Y compris l’industrie qui ne consomme pourtant que 4% de l’eau douce et n’en prélève que 8% (hors énergie), dont plus de la moitié pour les secteurs de la chimie et la pétrochimie. Nombre d’industriels ont déjà engagé des actions pour en réduire l’usage dans leurs usines.
Au cours des deux dernières décennies, la consommation des industriels a diminué d’environ 30%. Un effet de la désindustrialisation, mais aussi des efforts engagés par les entreprises, avec l'appui des spécialistes de la gestion de l’eau – Veolia, Saur, Séché et Suez – intéressés par ce secteur alors que le marché des réseaux d’eau potable leur échappe toujours plus.
À l’Office international de l’eau (OiEau), on constate une demande des industriels pour «une aide à une meilleure utilisation de la ressource, explique Marc-Yvan Laroye, le directeur du marketing et de la communication. Il y a le risque industriel lié à la sécheresse qui peut aller jusqu’à l’arrêt de la production. Mais l’industriel perçoit aussi un élément important, le coût complet de l’eau. Jusqu’ici, dans son process, ce n’était pas un souci car elle n’était pas chère. Là, ce sont des coûts plus importants avec traitement».
Source : ministère de la Transition écologique Source : ministère de la Transition écologique
Pour ne pas fragiliser les industriels et enclencher une véritable politique de sobriété, il existe toute une batterie d’actions à mener. La première consiste à cartographier l’usage de l’eau dans son process, à le décomposer en installant des compteurs pour détecter les surconsommations. Séché s'appuie sur son expérience pour faire adopter de bonnes pratiques à ses clients. La consommation totale atteint 3 millions de mètres cubes pour le groupe.
«Notre plan sobriété défini en 2022 vise une baisse des prélèvements de 10% dès 2025, explique Pierre-Yves Burlot, le directeur du développement durable de Séché. Nous avons demandé aux 40 sites consommant plus de 1000 m3 de proposer 140 actions. Avec la pose de compteurs sur les principaux postes de consommation, nous détectons les fuites, ce qui permet d’obtenir une réduction rapide de la consommation, jusqu’à 5%.»
Optimisation des process
Ensuite, sont examinées les eaux consommées dans les procédés et réintégrées. «Une bonne part de l’eau prélevée par les industriels n’est pas consommée par l’industrie, précise Cyril Fraissinet, le vice-président chargé de l’industrie chez Veolia France. On parle de typologies différentes de l’eau selon les usages et les industries. Dans l’agroalimentaire, la qualité est celle de l’eau potable, tandis que dans la microélectronique, il s’agit d’une qualité ultrapure.»
Une bonne part de l’eau prélevée par les industriels n’est pas consommée par l’industrie.
— Cyril Fraissinet, vice-président chargé de l’industrie chez Veolia France
Des solutions relativement simples réduisent l’utilisation d’eau douce : remplacer des pompes qui fonctionnent avec de l’eau par des pompes électriques et sans eau pour faire baisser la consommation des stations de lavage, ou remplacer les buses classiques par des buses rotatives qui consomment cinq fois moins d’eau pour le nettoyage des cuves et des canalisations... Un exemple chez le fabricant de sirops Monin pourrait faire école dans l’agroalimentaire. «Nous avons optimisé le process pour ne pas devoir laver à chaque changement de production, explique Marc-Yvan Laroye. Nous participons au projet européen Life Zeus avec le premier zéro rejet liquide dans l’industrie agroalimentaire en Europe.»
La deuxième étape est la Réutilisation des eaux usées traitées (REUT), qui doit faciliter les usages secondaires comme le lavage des sols, et même primaires. Toute une palette de technologies est disponible. «Nous avons adjoint beaucoup d’équipements innovants (presse à vis pour les boues, flottateurs, systèmes de membranes...). Et nous en sortons la solution la plus adaptée», explique Stéphane Barrault, le directeur général délégué de Saur Industry France et Europe du sud.
Réutilisation de l’eau en circuit fermé
La levée des restrictions sur la réutilisation des eaux usées retraitées va surtout être importante pour la pharmacie et l’agroalimentaire. L'expérience d’autres pays a démontré qu'il n'y avait pas de risques, mais il faut être certain de maintenir une qualité permanente. «Nous constatons une dynamique nouvelle depuis la sécheresse de l’été dernier, indique-t-on chez Veolia. Il existe une accélération de la demande de REUT. Aujourd’hui, en France, Veolia travaille sur une centaine de projets avec la réutilisation de l’eau en circuit fermé pour un usage secondaire comme le lavage des sols, et une vingtaine en circuit fermé pour un usage premier.»
Mais la REUT ne sera pas toujours la solution, car cela signifie aussi moins d’eau qui retrouve les rivières. Des solutions temporaires existent aussi. Lors de la sécheresse de l’été dernier, Saur a accompagné les industriels avec des solutions mobiles de REUT durant deux ou trois mois, une activité rachetée à Veolia.
Le gouvernement compte bien encourager les bons élèves en période de stress hydrique. Un arrêté sur les mesures de restriction en période de sécheresse est en préparation. Les exploitants des établissements ayant réduit leur consommation d’eau de 15 à 20% durant les cinq dernières années et les exploitants des établissements recyclant plus de 20% de leurs eaux usées pourraient être épargnés.

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3719 - Juin 2023



